Les assistés sociaux suscitent la méfiance

Près de 68 % des Québécois disent avoir une opinion positive des gens ayant une autre religion.
Photo: Getty Images Près de 68 % des Québécois disent avoir une opinion positive des gens ayant une autre religion.

Les Québécois ont une opinion bien moins favorable des prestataires de l’aide sociale que des personnes ayant une autre religion ou une autre origine ethnique, révèle un sondage réalisé pour le compte de la Commission des droits de la personne.

Ils sont ainsi 88 % à avoir une opinion favorable des personnes de couleur, 84 % à avoir une opinion favorable des homosexuels, 77 % des autochtones, 76 % des personnes d’une autre origine ethnique et 68 % des personnes d’une autre religion.

Mais la proportion d’opinion positive tombe à 51 % pour les assistés sociaux.

« Ça nous a surpris, honnêtement. Ce n’est pas là-dessus au départ qu’on s’interrogeait », a commenté jeudi au cours d’une rencontre avec la presse Pierre Noreau, du Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal. « Avoir su au départ qu’on tomberait sur cette donnée-là, on aurait peut-être pu sonder plus. Mais les quelques données qu’on a vont toutes dans le même sens : ça révèle que c’est le groupe qui est le moins bien perçu », a-t-il ajouté.

Joint au téléphone, le Collectif pour un Québec sans pauvreté s’est dit « déçu, mais pas étonné » de ces chiffres sur la perception des personnes assistées sociales.

En entrevue, son porte-parole Serge Petitclerc a soutenu que même les ministres responsables du dossier tiennent un discours qui discrédite les personnes assistées sociales comme si elles refusaient de travailler ou de s’en sortir.

« Quand on parle des homosexuels, des immigrants, des femmes, il y a toujours une petite retenue. Mais quand on parle des personnes assistées sociales, c’est le bar ouvert : on peut les insulter, dire n’importe quoi sans tenir compte de la réalité », a commenté M. Petitclerc.

À l’occasion du 40e anniversaire de la Charte des droits et libertés de la personne, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a voulu prendre le pouls de la population face aux différents droits. C’est le Centre de recherche en droit public qui a réalisé l’enquête, avec des chercheurs de quatre universités québécoises.

Religions

Le sondage confirme aussi un certain malaise par rapport aux accommodements pour motif religieux et quant à l’expression en public de ses convictions religieuses.

Ainsi, bien que 68 % des Québécois disent avoir une opinion positive des gens ayant une autre religion, ils sont seulement 38 % à appuyer l’attribution d’espaces de prière dans les collèges et universités. Et ils sont 43 % à appuyer la prise en compte d’exigences alimentaires pour raison religieuse à la cafétéria des écoles.

« Ces trucs-là, il y a de la résistance là-dessus de façon importante. Et on avait des chiffres équivalents en 2006 et 2007 quand ces questions-là ont commencé à être posées. Ça n’a pratiquement pas bougé depuis 10 ans. Il y a donc une immense résistance sur ces questions-là, beaucoup plus grande que pour tous les autres types d’accommodements. Et ça montre que ça accroche sur les questions religieuses », a résumé M. Noreau. De même, 43 % des répondants ont dit se méfier des personnes qui affirment trop clairement leur religion.

Aux yeux de M. Noreau, c’est l’expression en public de sa religion qui incommode les répondants. Ils sont ainsi 25 % à trouver dérangeant le port de la kippa, 30,5 % à trouver dérangeant le port du turban et 49 % à trouver dérangeant le port du voile. Mais ils ne sont que 5,5 % à trouver dérangeant le port d’une croix dans le cou.

Le sondage a été réalisé auprès de 1501 répondants, entre avril et juin 2015. Il comporte une marge d’erreur de 2,4 %, 19 fois sur 20.

51 %
Proportion des Québécois affirmant avoir une opinion positive des assistés sociaux

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