Le Comité olympique fait son «mea culpa»

Marcel Aubut a présenté publiquement ses excuses le 9 octobre dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Marcel Aubut a présenté publiquement ses excuses le 9 octobre dernier.

Le harcèlement personnel et sexuel faisait partie du quotidien des employés et collaborateurs du Comité olympique canadien (COC), et la direction était au courant des agissements problématiques de Marcel Aubut depuis au moins 2008, révèle un examen indépendant présenté aux médias mercredi par la présidente du COC, Tricia Smith.

Le rapport — sommaire — de la firme Rubin Thomlinson est sans équivoque : la majorité des 100 employés du COC rencontrés dans le cadre de l’examen « rapportent avoir été victimes ou témoins de harcèlement (personnel et sexuel) durant la période couverte par le mandat [à la présidence de Marcel Aubut], tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des bureaux du COC ». Membre du COC depuis 2000, Marcel Aubut a été élu président en 2009, pour entrer en fonction en 2010. À la suite d’une plainte pour harcèlement sexuel, il a remis sa démission le 3 octobre 2015.

Or, les comportements problématiques de l’avocat de formation ont commencé avant son ascension à la présidence, apprend-on en lisant le document, préparé par l’avocate Christine Thomlinson. Ainsi, quand Me Aubut a dû signer une lettre dans laquelle il s’engageait à cesser de « toucher ses employées », en juin 2011, ce n’était pas seulement parce qu’une employée s’était manifestée deux mois plus tôt. « Des informations dans le dossier RH [des ressources humaines] du COC remontant à 2008 quant à des préoccupations sur le comportement du président ont aussi contribué à cette prise de décision », dévoile le rapport.

Fait à noter, la plainte pour harcèlement visant Marcel Aubut n’a éclaté au grand jour qu’en septembre 2015, quand le Globe and Mail a révélé le dépôt d’une plainte officielle au COC, quelques jours plus tôt.

Avertissement en 2008

Pourtant, M. Aubut avait reçu un premier « avertissement » des années avant,en 2008,lors d’un dîner avec le p.-d.g. du COC de l’époque, Michael Chambers. Le message, cependant, « était vague », souligne l’examen de Me Thomlinson. Il est peut-être devenu plus clair en 2011, quand le nouveau président a été rencontré par ses collègues Jean R. Dupré, Jolan Storch et Chris Overholt afin qu’il signe une lettre qui le sommait notamment de mettre fin aux baisers, allusions sexuelles et autres compliments envoyés à son entourage.

À ce moment, « de très sérieuses allégations » à propos d’une fin de semaine à Moncton pesaient sur Marcel Aubut. « L’alerte Marcel », lancée par des employés du COC qui s’envoyaient courriels et messages textes pour s’alerter mutuellement de l’arrivée du président au bureau, faisait déjà partie des habitudes du personnel depuis 2009.

« Les femmes du COC ont été à la merci de cet homme aux mains baladeuses, et personne n’a rien fait, s’est désolée en entrevue la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, après avoir pris connaissance du rapport. C’est difficile de croire qu’à cette époque, personne ne sait qu’il s’agit d’un geste illégal. Ça nous montre que tous ces gens-là ont choisi de protéger le président au détriment de toutes les femmes qui travaillaient au comité. »

Au fil des ans, aucune surveillance du président n’a été effectuée, et le conseil d’administration n’a pas été avisé de l’existence de la lettre signée par Me Aubut en 2011, indique Me Thomlinson dans le rapport.

Elle note aussi que plusieurs gestionnaires ou membres de la direction ont admis avoir eu connaissance d’informations suggérant que certains employés du COC étaient victimes de harcèlement, mais qu’ils n’ont entrepris « aucune mesure significative » pour remédier à la situation.

« Ainsi, plusieurs employés du COC croient que le conseil d’administrationet [le p.-d.g., le chef du marketing, le chef du sport et les directeurs exécutifs du COC] ont manqué à leur obligation de leur garantir un environnement sécuritaire », conclut l’examen.

À la présentation du rapport, la successeure de Me Aubut, Tricia Smith, s’est engagée au nom du COC à « apporter des améliorations profondes à son lieu de travail et sa gouvernance ».

« Il est évident que nous aurions pu faire davantage, a reconnu l’ex-athlète olympique. Je tiens à dire à tous nos employés et toutes les personnes qui ont été affectées que j’en suis profondément désolée. Nous vous avons laissé tomber. »

 

Une réforme menée par la même direction

Le Comité s’engage à donner suite aux huit recommandations du rapport. Ainsi, en guise de réforme, le conseil d’administration a approuvé la création d’un poste de direction affecté spécifiquement aux ressources humaines, convenu de mettre en oeuvre un examen complet de la gouvernance et choisi de créer un poste de secrétaire spécialisé en matière de gouvernance.

Le COC n’a pas cru bon, cependant, de revoir la composition de ses instances. Le conseil d’administration a notamment convenu, « à l’unanimité », de maintenir Chris Overholt — présent pour la signature de la lettre de Me Aubut en 2011 — en poste à titre de chef de la direction. Ce sera aussi M. Overholt qui assurera la mise en oeuvre des changements recommandés, avec l’appui de quatre autres collègues, dont Mme Smith. « Nous ferons mieux », s’est contentée de répondre cette dernière, quand on lui a demandé comment elle envisageait la mise en branle d’une réforme pilotée par la même administration qui est montrée du doigt dans le rapport.

Le COC s’est engagé à mettre en place huit recommandations

1. Améliorer la politique contre le harcèlement et l’intimidation

2. Former les employés sur le harcèlement proscrit (sexuel et personnel) en milieu de travail

3. Nommer d’une personne chargée de l’administration de la politique

4. Établir un système de tenue de dossiers

5. Garantir l’anonymat des personnes déposant une plainte

6. Envisager la révision du mandat du commissaire à l’éthique

7. Attribuer plus d’importance au respect et au bien-être à titre de valeurs fondamentales du Comité olympique canadien

8. Utiliser de façon continue des sondages et autres formes d’examen comme moyen de surveillance de la culture organisationnelle

Photo: Lionel Cironneau Associated Press
9 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 14 janvier 2016 00 h 41

    Des prédateurs complètement idiots

    Que ca fait du bien quand un prédateur se fait prendre, dommage que ca n'arrive pas plus souvent, il y en a tellement et ils nous sucent tellement d'énergie, ca commencé par les rois envieux de l'or rapporté par les espagnols et ca continu, depuis ce temps, il y a beaucoup d'adeptes, des vrais rapaces a l'affut de tous ce qui brille, ils sont en train de détruire le monde mais pas assez intelligents pour s'en rende compte, que c'est désespérant

  • François Dugal - Inscrit 14 janvier 2016 07 h 35

    Le mouvement olympique

    Athletes dopés, dirigeants corrompus; bienvenue dans le mouvement olympique dont la nouvelle devise doit être : "Foriius, Altius et faisons la passe."

  • Michel Lebel - Abonné 14 janvier 2016 08 h 47

    Démission requise


    Le culte du "cover-up" (cacher les choses") est assez fréquent dans les grandes entreprises. Le linge sale doit être lavé en famille ou dissimulé! C'est pour cela qu'il leur faut absolument des lanceurs d'alerte connus et vraiment indépendants, sans oublier évidemment le changement de culture requis. Il semble bien qu'il y en ("les lanceurs") avait pas dans ce COC. Les membres actifs de cet organisme olympique lors de ces inadmissibles événements, et toujours en poste, devraient au moins avoir la décence de remettre leur démission.


    Michel Lebel

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 14 janvier 2016 11 h 33

      Je suis en accord avec vous: les personnes en autorités et les complices doivent remettre leur démission ou être congédiés. Par leur silence ou leur aveuglement volontaire, ils ont, dans certains cas, facilité la commission d'actes criminels et, la plupart du temps, négligé de protéger des personnes avec lesquelles ils veulent continuer de travailler comme si rien ne s'était passé. C'est insultant pour elles, pour l'organisation et pour nous tous. En plus, ce sera inefficace.

    • François Dugal - Inscrit 14 janvier 2016 15 h 38

      @Michel Lebel
      Je ne suis pas sûr que la décence existe dans le mouvement olympique, monsieur Lebel.

  • Colette Pagé - Inscrite 14 janvier 2016 09 h 21

    Triomphe de l'indifférence !

    Durant huit longues années des femmes ont été harcelées, insultées et dénigrées alors que ses dirigeants se fermaient les yeux. Cette complicité démontre à l'évidence un aveuglement volontaire et une négligence d'un employeur dont la première responsabilité était de protéger ses employés et de faire de ce milieu de travail un lieu de qualité. Un beau gâchis !

  • Claude Richard - Abonné 14 janvier 2016 09 h 58

    Le CSF et "les" harcèlements

    Le Conseil du statut de la femme et son inénarrable présidente n'ont pas de mot pour vilipender le comportement de Marcel Aubut. Avec raison. Mais que dire de la bénédiction que donnent cet organisme et sa suave présidente au harcèlement perpétuel des femmes musulmanes par la tradition et par ses perpétuateurs contemporains? "La majorité des musulmanes sont d'accord pour porter le voile". Est-ce qu'un harcèlement est moins condamnable quand il est intégré par la majorité des femmes qui en fait l'objet? Julie, enlève tes oeillères, s'il te plaît!