Du marathon des glaces au hockey

À son ouverture en 1862, le Victoria Skating Rink, rue Drummond, à Montréal, accueille des matchs de hockey (ici en 1893). Il sera également le premier bâtiment électrifié du Canada.
Photo: Musée McCord À son ouverture en 1862, le Victoria Skating Rink, rue Drummond, à Montréal, accueille des matchs de hockey (ici en 1893). Il sera également le premier bâtiment électrifié du Canada.
Partez à la découverte des soleils du froid dans une histoire de la glace, du patin, de la réfrigération, de l’isolation et des lumières de l’hiver. Une série sur le froid pour se réchauffer l’âme.
 

Les versions varient, mais on retient d’ordinaire que Philippidès, messager grec, fit le trajet entre Marathon et Athènes, soit environ 42 km, avant de mourir à l’issue de ce trajet éprouvant. Nous sommes en 490 avant Jésus Christ, dans le cadre de la guerre des Athéniens contre les Perses. En 1760, à l’issue de la guerre en Amérique qui oppose le royaume de France au royaume d’Angleterre, les habits rouges contrôlent le territoire. L’historien-archiviste Pierre-Georges Roy rapporte qu’à l’hiver de cette année-là, le général Jeffery Amherst, installé à Montréal, souhaite communiquer avec son vis-à-vis le général Murray, lui à Québec. Que faire ?

Le patin est alors présent dans la colonie depuis longtemps. En 1669 déjà, on en trouve en Nouvelle-France. Le ski, lui, ne sera introduit que plus tard, bien plus tard. Pour se déplacer l’hiver, il y a les traîneaux montés sur patins. Et les hommes montés sur patins. Le fleuve gelé, ses affluents aussi, on peut s’en servir à certains moments de l’année pour les communications.

Amherst confie sa missive à deux individus qui ont la réputation de faire de grandes distances en patins. Ces courriers montés sur patins parcourent la distance entre Montréal et Québec en 18 heures. L’histoire raconte que l’un des deux hommes mourut à son arrivée. De froid ? D’épuisement ? L’histoire ne le dit pas. Amherst, lui, n’endurera pas l’hiver encore longtemps. Il part, dès l’année suivante, poursuivre sa carrière militaire au chaud, dans les Caraïbes. On le trouvera à la Dominique, en Martinique et à Cuba, menant les soldats du Roi.

Le patin fut longtemps lié non seulement aux déplacements, mais aussi aux plaisirs de la séduction. Les patinoires pour hommes et femmes ne sont pas populaires. À New York, à Central Park, on ferme vite la patinoire destinée seulement aux femmes, selon les normes de la ségrégation à l’époque : personne ne la fréquente. Le patin consiste en une représentation sociale de soi. Voilà pourquoi dans les capitales du froid il est vite associé à un intermédiaire précieux dans les jeux de séduction.

Le patin militaire

Au XIXe siècle, on pratique des styles de patin très différents de ceux que l’on connaît aujourd’hui. D’abord, le style dit militaire ou anglais. Il est difficile d’imaginer de quoi cela avait l’air exactement, sauf si on est à même de s’imaginer le croisement improbable d’une relève de la garde à Buckingham Palace avec la grâce des mouvements d’un robot plongé dans l’eau glacée.

Ce style de patin anglais est basé sur une pratique militaire de la marche forcée et de la parade. Ce sont des démonstrations très tendues. Elles visent à produire une suite de figures parfaitement ordonnées. Ce style était certainement plus agréable à regarder qu’à pratiquer. Chaussés de patins, ceux qui y participent éloignent ce rapport à soi que favorise l’hiver en le moulant ainsi de force dans une forme collective.

Il existe par ailleurs le style dit « international », l’ancêtre direct de celui que nous connaissons aujourd’hui. Mais ce sont encore des lames longues, ajustées aux bottes par des lanières de cuir. On en trouve des représentations anciennes déjà dans les tableaux des vieux maîtres flamands.

Dans l’oeuvre de Brueghel l’Ancien, on trouve dans son Paysage d’hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux, réalisé en 1565, une idée des scènes d’hiver qui intègrent à ses joies la pratique du patin.

Les lames plus longues de ces patins d’autrefois, ancêtres des patins de vitesse, sont plus agréables pour parcourir de grandes distances sur les lacs ou les rivières gelées. De telles lames sont utilisées de nos jours en Hollande ou en Suède, mais restent peu courantes ici vu la prédominance du hockey et du patinage artistique, avec leurs patins à lames courtes destinés à tourner rapidement sur de petites surfaces.

Le Victoria Skating Rink

À Montréal, le Victoria Skating Rink, la plus célèbre patinoire de la ville, ouvre ses portes le 24 décembre 1862. Cette patinoire intérieure, fruit d’un effort architectural considérable pour l’époque, est située rue Drummond. Elle a été construite au coût de 20 000 $. Il s’agit du premier bâtiment du Canada alimenté en électricité. Cette patinoire est utilisée pour la pratique du hockey, mais elle sert aussi beaucoup au patinage et aux jeux de séduction auxquels il donne lieu. On y pratique aussi le patin de vitesse. Une galerie pour les curieux est ajoutée, avec un box de luxe pour accueillir les personnalités qui ne manquent pas de s’y retrouver. On y accueille notamment avec faste des membres de la famille royale britannique. Il s’y tient aussi de grands bals, où l’on se retrouve tous chaussés de patins. Inutile de dire que ce sont des gens aisés qui fréquentent les lieux. Le sport est d’abord une affaire de classe sociale. Ce sont des anglophones fortunés qui ont accès à cette structure.

La surface glacée du Victoria Skating Rink mesure 62 mètres de longueur sur 24 mères de largeur. Ce sont des dimensions comparables aux patinoires actuelles de la Ligue nationale de hockey. Le premier match codifié de hockey se déroule au Victoria Skating Rink le 3 mars 1875. La surface glacée est utilisée par l’Association de hockey amateur dès 1886. Tous les joueurs ou presque portent de longues moustaches et des vêtements de laine ajustés au corps. Cette patinoire baptisée en l’honneur de la reine Victoria va également servir pour la première vraie finale de la coupe Stanley. C’était en 1894.

1 commentaire
  • Daniel Le Blanc - Inscrit 4 janvier 2016 07 h 26

    Murray, Gouverneur de la Province of Quebec

    Murray endurra l'hiver encore 6 ans. En 1760, il fut Gouverneur de Québec durant le Régime militaire et il fut nommé Gouverneur général de la Province of Quebec en 1763. I resta à ce poste jusqu'en 1766. Il fut rappelé à Londres suite aux nomreuses plaintes d'officers et des marchands arrivés dans la Vallée du Saint-Laurent après la Conquête. Il avait serrvi au soleil comme vous dites avant la Guerre de Sept ans.