La Commission publie son rapport final

Au moins 3200 enfants sont morts au cours du dernier siècle dans les pensionnats indiens, et plusieurs milliers ont été abusés.
Photo: Archives Des Châtelets Au moins 3200 enfants sont morts au cours du dernier siècle dans les pensionnats indiens, et plusieurs milliers ont été abusés.

Les horreurs des pensionnats autochtones, un « moment tragique » de l’histoire du Canada, devront être racontées aux générations suivantes pour éviter que l’histoire se répète.

D’importants pans du volumineux rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada dévoilé mardi portent sur le devoir de mémoire.

Le juge Murray Sinclair estime que les Canadiens ne connaissent « pas grand-chose, voire rien du tout » aux pensionnats indiens, dans lesquels au moins 3200 enfants sont morts au cours du dernier siècle et plusieurs milliers ont été abusés.

« Dans cent ans, les enfants de nos enfants ainsi que leurs enfants doivent connaître et se souvenir de cette histoire, car ils hériteront de la responsabilité de veiller à ce que cela ne se reproduise pas », écrit-il.

En juin dernier, M. Sinclair avait publié dans son rapport préliminaire une liste de 94 recommandations, qui vont d’un plus grand financement pour l’éducation des Premières Nations, à une meilleure protection de leurs langues, en passant par de véritables enquêtes sur les femmes autochtones assassinées ou disparues.

En campagne électorale, le premier ministre Justin Trudeau a promis de toutes les appliquer, sans exception.

Les audiences pour ce travail colossal ont commencé en juin 2010 et se sont transportées dans pas moins de 300 communautés à travers le pays. Les témoignages de survivants ont été poignants, et M. Sinclair n’hésite pas à qualifier les petits gestes de résistance des enfants maltraités de « tout simplement héroïques ».

Sur une période de 130 ans, environ 150 000 enfants autochtones, inuits ou métis ont été arrachés à leur famille, transportés parfois sur des milliers de kilomètres et obligés à fréquenter ces écoles religieuses. Le dernier pensionnat autochtone, près de Regina, a fermé en 1996.

Les survivants ont raconté avoir été battus, abusés sexuellement, affamés et négligés.

Selon le juge Sinclair, ces pensionnats constituaient un élément central de la politique de « génocide culturel » exercée par Ottawa à l’époque.

Les séquelles engendrées par cette politique et la maltraitance vécue dans ces institutions se font sentir encore aujourd’hui, signale M. Sinclair.

« Cette réalité se reflète dans les disparités importantes observées entre les peuples autochtones et les autres Canadiens sur le plan de l’éducation, du revenu, de la santé et de la vie sociale », note le commissaire. Le racisme à leur égard et le fait que « la plupart des langues autochtones risquent sérieusement de disparaître » reflètent également ce passé.

Les problèmes sociaux vécus dans les réserves — la violence, l’abus de drogues et d’alcool — sont également des stigmates de cette période. « Les enfants qui ont été victimes de mauvais traitements dans les pensionnats ont parfois tendance à maltraiter les autres », écrit M. Sinclair.
 

4 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 15 décembre 2015 11 h 07

    J'en ai la nausée.

    Et tous ces ministres et Premiers Ministres qui pendant ce siècle honteux, se montraient néanmoins fiers d'être Canadiens...
    J'en ai la nausée.

    • Jacques Patenaude - Abonné 15 décembre 2015 13 h 12

      Comme québécois nous devrions être particulièrement sensible à cette histoire. Les enfants de Duplessis ont vécu aussi l'horreur des pensionnats.

    • Yves Corbeil - Inscrit 15 décembre 2015 14 h 38

      Moi aussi j'ai la nausée et honte d'être lier à ces génocides des Premières Nations et des enfants de Duplessis.

      J'espère que l'enquête National du gouvernement du Canada permettra de mettre un baume sur ces épisodes noires et permettre enfin que tous les gens qui habitent ce grand pays puissent avoir les mêmes droits et la même chance de s'épanouir dans un environnement sain et sécuritaire.

  • Clermont Domingue - Abonné 15 décembre 2015 11 h 16

    Autres temps, autres moeurs.

    Cette photo me rappelle ma petite école du rang Petit Saint-Marie où j'ai passé les hivers de mes deux premières années d'école avec la maîtresse parce que le chemin n'était pas ouvert.Elle me rappelle aussi les Filles de la Charité qui ont poursuivi mon éducation au couvent de Stratford.
    Je garde une reconnaissance infinie pour ces femmes qui ont choisi de rester célibataires pour prendre charge des enfants de celles qui étaient forcées d'en faire trieze à la douzaine.