Les réfugiés atterrissent dans leur nouvelle vie

Les familles étaient heureuses et émues de se retrouver, samedi soir. Samer Beylouneh essuie ses larmes tandis que sa fille, Laila, est accueillie par sa tante Marie Belona.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les familles étaient heureuses et émues de se retrouver, samedi soir. Samer Beylouneh essuie ses larmes tandis que sa fille, Laila, est accueillie par sa tante Marie Belona.

Pour de nombreux réfugiés syriens qui ont débarqué samedi soir à l’aéroport Montréal-Trudeau, ce fut des retrouvailles émouvantes avec des membres de leur famille venus les accueillir. Ces Syriens qui provenaient d’un camp de réfugiés de Beyrouth, au Liban, faisaient partie d’un premier contingent de 161 réfugiés à atteindre Montréal à bord d’un avion nolisé par le gouvernement.

Le premier ministre Philippe Couillard, le ministre des Affaires municipales et ministre de la Sécurité publique suppléant, Pierre Moreau, la ministre de l’Immigration du Québec, Kathleen Weil, son homologue fédéral, John McCallum, et le maire de Montréal, Denis Coderre, étaient également venus leur souhaiter la bienvenue.

Des 161 réfugiés qui ont mis le pied à Montréal samedi soir vers 20 h 15, tous étaient parrainés par le secteur privé, c’est-à-dire par un membre de la famille déjà établi au Québec ou par une organisation, communautaire ou religieuse. Tous s’établiront au Québec à l’exception d’un seul, qui se rendait à l’Île-du-Prince-Édouard. Tous ont quitté le centre de bienvenue, certains au petit matin, avec leur parrain qui les attendait dans une salle attenante.

Numéros, manteaux et peluches

À leur descente d’avion, ils ont dû se soumettre aux procédures d’immigration et de sécurité avant de rejoindre un centre de bienvenue situé à proximité de l’aéroport. L’organisation de ce centre a grandement impressionné M. Couillard qui l’a décrite comme étant « excessivement bien préparée ». Chaque réfugié y a reçu un numéro d’assurance sociale et une carte provisoire d’assurance maladie, de même que des vêtements d’hiver.

En plus des représentants des services d’immigration, des services sociaux et de la santé, étaient également présents pour accueillir les réfugiés une équipe médicale prête à apporter un soutien psychosocial et médical, des interprètes, ainsi que des bénévoles de la Croix-Rouge canadienne. « Souvent, les réfugiés auront croisé la Croix-Rouge à plusieurs étapes de leur parcours, en zone de guerre ou dans les camps de réfugiés. La présence de la Croix-Rouge ici à leur arrivée est donc importante en raison du symbole humanitaire et de sécurité qu’elle représente », souligne Pascal Mathieu, vice-président de la Croix-Rouge au Québec.

« Nos bénévoles étaient là pour accueillir les réfugiés et les informer des différents services offerts. Ils ont aussi distribué de la nourriture, des couvertures, des couches, des biberons, du lait maternisé, des trousses d’hygiène personnelle, voire des peluches aux enfants. Nous avons également mis à la disposition des nouveaux arrivants des services de communication (téléphone, connexion Internet et texto) afin de leur permettre d’informer leurs proches restés au Moyen-Orient qu’ils étaient arrivés à bon port. »

Les gens qui sont arrivés samedi soir étaient « tous très fatigués en raison des nombreuses heures de voyage et de leur passage à l’immigration, mais aussi parce qu’ils ont vécu la guerre et passé beaucoup de temps dans des camps de réfugiés. Malgré cela, tous étaient très heureux d’être ici », ajoute M. Mathieu.

Présence politique

Anas Francis, qui vit au Canada depuis 2008, était venu chercher sa grand-mère âgée de 70 ans — originaire de la ville d’Alep —, son oncle, sa tante et ses deux filles qui attendaient dans le camp de réfugiés depuis environ un an et demi. Tous étaient émus aux larmes de se retrouver après huit années de séparation. Laila, la cousine d’Anas qui est âgée de 13 ans, se réjouissait de ce « nouvel avenir » pour elle et sa famille. « J’espère que tous mes rêves se réaliseront », a-t-elle dit en anglais. Lauren Lallemand, coordonnatrice d’Action réfugiés Montréal, qui a aidé cette famille, a confirmé que le processus avait été accéléré par le gouvernement Trudeau. Le petit Raffi Der Kaspar, 10 ans a reçu l’aide du maire Coderre pour se trouver des bottes, tandis que l’épouse de M. Couillard aidait ses parents à enfiler leur manteau d’hiver.

Le premier ministre Couillard s’est dit « excessivement fier qu’on soit capable comme peuple de retourner une situation horrible comme celle que ces gens fuient, et de leur montrer le visage de la liberté, le visage de l’accueil, le véritable visage de la liberté ». M. Coderre a salué pour sa part l’esprit de collaboration entre les trois ordres de gouvernement.

Les prochains contingents de réfugiés qui devraient rejoindre le Québec d’ici la fin février compteront des individus qui seront cette fois parrainés par l’État. Ceux-là devront séjourner dans des centres d’hébergement temporaire, comme celui mis sur pied à Valcartier. Le Québec doit accueillir environ 3650 réfugiés d’ici le 31 décembre et d’autres encore suivront en début d’année 2016. Au total, plus de 25 000 réfugiés syriens arriveront au Canada d’ici la fin février.

Appel à l’aide pour les sans-papiers

Le gouvernement canadien doit ouvrir ses frontières aux réfugiés de partout dans le monde et en faire plus les sans-papiers qui résident déjà sur son territoire, ont martelé les organisateurs d’un rassemblement populaire qui a réuni, dimanche après-midi, quelques dizaines de personnes aux abords du bureau du premier ministre Justin Trudeau, dans sa circonscription de Papineau, à Montréal.

Munis de banderoles et de trompettes claironnantes, ils ont bravé le froid, marchant du métro Jarry au marché Jean-Talon, pour souhaiter la bienvenue aux réfugiés syriens qui commencent à arriver en sol canadien. Ils ont toutefois souligné le fait que le gouvernement pourrait en faire plus pour ces nouveaux arrivants. « L’Allemagne accueillera près d’un million de personnes, a souligné le militant Jaggi Singh, de Solidarité sans frontières. Pourtant, le Canada est un pays bien plus grand. »

« Il y a 40 ans, le Canada a ouvert ses frontières à près de 100 000 boat people, a renchéri, sous les regards approbateurs de la foule, Mohamed Mahmoud, un militant syrien. Il leur a donné la chance de se refaire une vie. Il doit faire pareil aujourd’hui ! »

Les militants réunis ont également profité de l’occasion pour demander au gouvernement canadien d’accorder aux sans-papiers qui résident déjà sur son territoire — parfois depuis de nombreuses années — les mêmes droits que ceux qu’ils accordent aux réfugiés tout juste arrivés. « Nous saluons ce que le gouvernement fait pour les Syriens qui vivent une grande crise aujourd’hui, mais il ne doit pas oublier les autres, a expliqué Jaggi Singh. Ils sont des dizaines de milliers à attendre d’avoir leurs papiers pour vraiment commencer à vivre. »
Florence Sara G. Ferraris

[Ils étaient] tous très fatigués en raison des nombreuses heures de voyage et de leur passage à l'immigration, mais aussi parce qu'ils ont vécu la guerre.

6 commentaires
  • Gaétan Ouellette - Inscrit 14 décembre 2015 08 h 14

    la democratie de guerre

    le vrai probleme avec les refugiés cest de savoir que ce sont les etats unis qui ont tout fait avec la benediction de la france et dautre pays de fournir des armes a certains groupes et de devloper la guerre civile disons que ce president assad etait un dictateur mais au moins la vie y etait plus paisible que les 5 dernieres annees la meme affaire en irak et en lybie quel sont les vrais motifs de ces colonialistes imperialistes si cest pour une democratie ils peuvent repasser

    • Yves Côté - Abonné 14 décembre 2015 10 h 25

      "assad etait un dictateur mais au moins la vie y etait plus paisible que les 5 dernieres annees"...
      Qu'est-ce donc que ce raisonnement ?
      Monsieur Ouellette, comment pouvez-vous défendre une préférence pour l'esclavage sur la liberté ?
      En toute occasion, la démocratie vaut mieux que la dictature.
      En ce qui concerne le colonialisme; vous devez le savoir, il n'a pas commencé il y a cinq ans... puisqu'il a commencé il y a plus d'un siècle.
      Alors, à quoi rime donc de le condamner en se servant de l'actualité alors que celui-ci se mérite de l'être depuis des décennies ?
      C'est une des raisons pour lesquelles les puissances européennes et nord-américaines qui ont bien profité des politiques colonialistes doivent aujourd'hui tout mettre en oeuvre pour accueillir les populations qui fuient la guerre et la dictature, ne peuvent pas se contenter de le faire pour se dédouaner de leurs responsabilités d'avoir enrichi les plus riches d'entre leurs populations par leurs actions. Et que ces pays, dont le Canada, ont l'obligation morale non-seulement d'intervenir militairement pour briser les dictatures en question, mais d'aider aussi les peuples qui souffrent de cela. Tout en s'obligeant à continuer de les aider, une fois les tyrans éliminés du pouvoir.
      Monsieur, une partie non-négligeable du confort dans lequel nous vivons vous et moi, vient de l'exploitation honteuse de pays autres, faite par un Occident coupable. Une partie seulement, parce que la plus grande part de cette exploitation sert à accroître les désiquilibres de revenus dans nos propres contrées, pour le plus grand bénéfice des puissants qui y habitent (et y règnent).
      Et vous me le pardonnerez peut-être ?, c'est bien ce qui selon moi est le vrai problème durable des gens qui fuient la guerre et la misère au Moyen-Orient.
      Merci Monsieur de m'avoir lu.

  • Yves Côté - Abonné 14 décembre 2015 09 h 18

    Effet de communication...

    Il fallait bien que tout ce monde se déplace pour s'assurer qu'aucune faille ne puisse apparaître dans le processus canadien précoce, habile mais évident, d'anglicisation de ces nouveaux arrivants.
    Quelle manipulation pour ces réfugiés qui de leurs souffrances méritent certainement mieux que de devenir la caution morale bien organisée de quelque politique que ce soit !
    Et quel mépris pour mon peuple !
    Lui rendu toujours plus minoritaire dans un Canada que ses propres ancêtres, Français et Amérindiens confondus, ont bâtis en luttant pour les générations à venir pendant les deux siècles et demi qui ont précédés le Canada britannique.
    Autrefois, à l'école secondaire Christophe-Colomb, j'ai eu un excellent professeur de chimie Syriens qui pratiquait mieux le français que ce que nous faisions nous-mêmes.
    Si j'ai bien peur que cela soit dorénavant chose définitivement devenue impossible à voir se reproduire, j'ai bien peur que ce ne soit pas en raison de l'amélioration de la pratique de notre langue dans ce pays...
    Moi, je veux que mon pays, le Québec, de sa richesse et de son dynamisme propres, donne refuge au plus grand nombre possible d'opprimés de la Terre.
    Mais je réfute le droit du Canada à se servir de notre générosité, elle si bien connue partout dans le monde, pour continuer d'anéantir notre existence collective, comme il l'a si longtemps fait avant, en organisant les choses pour que le français ne cesse d'y régresser et cela, jusqu'au Québec même.
    Comment ces manipulateurs d'image sans vergogne que sont les élus du gouvernement Couillard, font-ils donc pour dormir tranquille la nuit ?
    N'ont-ils pas non-plus des enfants indociles et grandement capables de leur dire leurs quatre vérités sur cet avenir de colonisés chroniques qui leur est préparé ?
    J'en reste pantois...

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 14 décembre 2015 12 h 48

      J'aimerais, quant à moi, que les réfugiés se souviennent à l'avenir que ce sont tous les Québécois qui les reçoivent et non pas le gouvernement libéral de P. Couillard...

    • Yves Côté - Abonné 15 décembre 2015 02 h 53

      Madame Rodrigue, ce que nous aimerions vous et moi ne suffira certainement pas. Les voeux pieux sont stériles lorsqu'ils ne sont pas suivis d'actions concrètes.
      Pour qu'ils puissent percevoir que ce sont les Québécois qui les accueillent, il faudrait deux choses.
      La première, qu'on leur permette de le comprendre. Ce que le dit-gouvernement et le Canada leur cacheront certainement autant qu'ils le pourront.
      Et la deuxième, que nous leur montrions notre capacité à agir enfin comme des gens politiquement responsables d'eux-mêmes...
      Ce que les mêmes complices de notre asservissement majoritaire n'aideront en rien.

      Merci de m'avoir lu, Madame.
      Et Vive le Québec libre !

  • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 14 décembre 2015 13 h 10

    Devoir humanitaire...

    L'acueil du Canada et du Québec répond à un devoir humanitaire.

    Toutefois, j'ai une question?
    Alors que nos réfugiés reçoivent une carte d'assurance santé effective immédiatement, peut-on m'expliquer pourquoi, après 5 ans d'études à Berlin, j'ai dû attendre 6 mois pour que ma carte d'assurance santé le soit?
    Pourtant, moi et tous les membres de ma famille payent des impôts depuis fort longtemps...???