Le sort de Raïf Badawi incertain

Ensaf Haidar, la femme de Raïf Badawi
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Ensaf Haidar, la femme de Raïf Badawi

Le blogueur saoudien Raïf Badawi, toujours emprisonné en Arabie saoudite, aurait entamé une grève de la faim après avoir été transféré dans une prison où sont incarcérés les prisonniers dont le sort est scellé par la justice.

C’est du moins ce qu’affirme la Sherbrookoise Ensaf Haidar, dont le mari, condamné par le régime saoudien à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison pour ses opinions politiques, serait dorénavant incarcéré dans la prison centrale de Shabbat, à 87 km de Jeddah. L’établissement carcéral abriterait des détenus dont le verdict a été confirmé par un dernier jugement, a indiqué jeudi Mme Haidar sur sa propre page Facebook. Une information qui l’inquiète au plus haut point puisque le gouvernement saoudien a jusqu’ici assuré que le cas de son mari était toujours en examen.

Ensaf Haidar, qui recevait jeudi un des 40 prix décernés par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec en l’honneur des 40 de la Charte québécoise, s’est dite troublée de cette nouvelle puisque le 28 novembre dernier, le secrétaire d’État aux affaires étrangères suisse, Yves Rossier, affirmait qu’une grâce royale était en marche. Condamné à la flagellation pour avoir critiqué l’islam dans son blogue, M. Badawi a subi une première séance de coups de fouet en janvier 2015, après quoi sa punition a été suspendue en raison de son état de santé.

Amnistie internationale Québec n’a pas été en mesure de confirmer cette nouvelle auprès d’une autre source, ni celle concernant son transfert vers une prison, a indiqué jeudi Anne Sainte-Marie, responsable de communications pour Amnistie internationale Québec. L’organisme de défense des droits de la personne dit avoir appris de Mme Haidar que son mari avait amorcé une grève de la faim.

« Le seul fait que Raïf soit toujours emprisonné, toujours à risque d’être fouetté, que son avocat et beau-frère Waleed Abu al-Khair soit lui aussi emprisonné [comme de très nombreux défenseurs des droits de la personne], que le temps passe et que nos gouvernements tardent à poser des gestes fermes à l’égard de l’Arabie saoudite nous incite à continuer les pressions », a indiqué jeudi l’organisme, qui a tenu des vigiles pour la libération de Raïf Badawi à Montréal et à Sherbrooke.

Ottawa préoccupé

Par ailleurs, à Ottawa, le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a indiqué au Devoir qu’il n’était pas non plus en mesure de confirmer les rapports disant que M. Badawi avait entamé une grève de la faim après son transfert. « Le Canada est vivement préoccupé par la situation de M. Badawi, et nous continuons à lancer un appel à la clémence dans cette affaire. Le gouvernement du Canada encourage l’Arabie saoudite à respecter ses obligations internationales quant aux droits de la personne », a indiqué jeudi un responsable des relations avec les médias au ministère des Affaires étrangères.

Bien que M. Badawi ne soit pas un citoyen canadien, le ministère affirme suivre « sa situation avec attention et [nous] continuons à faire connaître notre point de vue sur son cas, de façon publique et par discussions diplomatiques ».

À l’occasion de la Journée mondiale des droits de la personne, Amnistie USA a par ailleurs réclamé à l’administration Obama de surseoir à une importante vente d’armes prévue à l’Arabie saoudite. Dans un rapport qui sera rendu public vendredi, l’organisme dénoncera les violations aux droits de la personne commises au Yémen par le royaume saoudien lors de frappes qui ont visé des civils, notamment des écoles.

2 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 11 décembre 2015 00 h 26

    Merci

    Merci au Devoir de nous tenir informé de la situation de Raïf Badawi, prisonnier de la dictature saoudienne.

    À ma connaissance, Raïf Badawi est diabétique. Une grève de la faim est une très mauvaise idée et conséquemment, très préoccupante.