Une première maison de soins palliatifs autorise l’aide médicale à mourir

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La Maison Aube-Lumière de Sherbrooke deviendra le premier établissement de soins palliatifs au pays à offrir l’aide médicale à mourir, et ce, à partir du 1er février.

Le centre de soins de fin de vie en a fait l’annonce mardi : les membres de son conseil d’administration ont décidé, à l’unanimité, de donner accès à l’aide médicale à mourir « à titre de mesure exceptionnelle » et « en dernier recours » aux personnes atteintes de cancer en fin de vie.

Était-ce là une décision courageuse ? « Non », a répondu la présidente de la Maison Aube-Lumière, Élisabeth Brière, dans un entretien avec Le Devoir. « On est rendus là, les choses changent. Les commentaires sont positifs depuis l’annonce, donc je me dis qu’on ne va pas à contre-courant », a-t-elle ajouté, sans cacher que le consensus social sur la question a influencé le choix du conseil d’administration.

Surtout, la décision n’a pas été prise à la légère. Elle a nécessité un processus rigoureux, sérieux et « vraiment bien documenté », a insisté Mme Brière. « Notre priorité et notre philosophie sont de mettre le patient au coeur de nos actions, de mettre ses intérêts en avant », a-t-elle souligné.

Des semaines de formation

La date du 1er février 2016 a été retenue, puisque le ministère de la Santé et des Services sociaux tiendra des formations durant les deux dernières semaines du mois de novembre. La Maison Aube-Lumière se donne ensuite les mois de décembre et de janvier pour « s’approprier les nouveaux protocoles inhérents à la mise en oeuvre de l’aide médicale à mourir, déployer la formation nécessaire auprès du personnel et des bénévoles et élaborer les politiques et outils de communication afin d’informer adéquatement la clientèle sur les critères d’admissibilité et les modalités d’application ».

La Loi sur les soins de fin de vie a été adoptée par l’Assemblée nationale en juin 2014 et doit entrer en vigueur le 10 décembre. Un peu moins de deux mois plus tard, des patients de l’Aube-Lumière qui répondront aux nombreux critères prévus par celle-ci pourront s’en prévaloir. « Mais ça va quand même rester une exception », a assuré Mme Brière. « Quand les patients sont bien informés à propos des soins palliatifs, ils se rendent compte que la ligne est bien mince entre les deux [approches]. »

Parfois, observe-t-elle, les patients de l’Aube-Lumière profitent de leurs dernières journées pour réfléchir, dire au revoir à leurs proches et se préparer, dans la mesure du possible, à la mort.

4 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 novembre 2015 05 h 33

    Débloquer

    Ça débloque. Ça commence souvent pas «un».

    PL

  • Robert Beauchamp - Abonné 4 novembre 2015 08 h 39

    Hypothèse

    Dans les derners moments de sa vie une personne décide de modifier son testament qui prêterait flanc à la contestation arguant par des opposants qu'elle n'avait peut-être plus toutes ses facultés. Simultanément, cette même personne décide d'accélérer sa fin que va-t-on invoquer?
    Peut-on imaginer les gentilles pression et les empathies calculées dans un pareil contexte? Voilà pourquoi à mon avis il y a contradiction dans ces services offerts sous un même toìt. La personne qui reçoit une validation médicale pour accélérer la fin devrait ètre acheminée (opération d'un jour) dans une chambre privée à l'hôpital dédiée à cette fin de sorte que la démarche serait claire et réfléchie par la demanderesse hors de tout pression et non en porte-à-faux avec une mission qui est toute autre.

  • Nicole Balvay-Haillot - Abonnée 4 novembre 2015 09 h 18

    Sage mise en place. Pareils gestes ne se font pas à la légère et si la douleur est bien contrôlée, ils seront peut-être évités. L'essentiel est que la possibilité du geste reste. Merci

  • Yvon Bureau - Abonné 4 novembre 2015 09 h 43

    Le 3 a fait le mois!

    C’est un grand jour pour la compassion et pour la solidarité dans la dignité de la fin de la vie et du mourir.

    Le CA de cette Maison a voté Oui à cette ouverture, à l’unanimité, avec prudence, avec sagesse, mettant «le patient au coeur de nos actions, ... ses intérêts en avant ».

    En ce Mois des morts, rien de mieux qu’une Bonne et compatissante nouvelle
    pour les personnes en fin de vie, leurs soignants et leurs proches.
    Même pour les œuvrants du quotidien des autres Maisons de Soins palliatifs.

    L’Ouverture et l’Inclusivité de la Maison Aube-Lumière vont permettre un mourir
    dans le plus grand des respects pour chaque personne vivante éclairée et libre lors de la fin de SA vie.

    Une plus grande sérénité émergera. Mieux, le nombre de suicides chez les finissants de la vie diminuera grandement; tout un impact positif sociétal !

    Enfin diminueront les malaises cliniques les impasses chez les professionnels de la santé et des services sociaux et chez les établissements de soins

    Fierté à cette Maison ! Gratitude aussi. Fierté à l'Estrie, là où ont eu lieux les premiers colloques sur le Mourir dans la dignité.

    Administrateurs et direction de cette Maison, prenez soin de vous, donnez vous du support, protégez-vous. De farouches opposants intégristes risquent de réagir fortement. J'en sais quelque chose !

    Les dogmes sont souvent allergiques à la compassion, à la solidarité et au respect.

    De Québec, j'espère que la Maison Michel-Sarrazin vous imitera dès la fin de cette année. Elle a le statut d'Établissement universitaire; l'ouverture et l'inclusivité et l'universalité devraient la caractériser au plus haut point. Je vous l'avoue, j'ai mal à ma Maison Michel-Sarrazin. Petit espoir : un nouveau directeur-général. Espérons que MMS se gardera davantage à une saine distance de ses fondateurs, de ses penseurs universitaires souffrant de fermeturite. Ce serait un tournant, après un passé remarquable, vers un présent et un futur prometteurs.