Près de 63% des locataires d’OSBL sont issus de l’itinérance

Une majorité de résidents ont trouvé un toit après avoir vécu en situation d’itinérance.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Une majorité de résidents ont trouvé un toit après avoir vécu en situation d’itinérance.

Une enquête menée par la Fédération des OSBL d’habitation de Montréal (FOHM) révèle que 63 % des locataires qui y résident ont pu sortir de l’itinérance pour au moins cinq ans, un résultat que viennent mettre en péril le retrait et la réduction des subventions au logement social opérés par les gouvernements d’Ottawa et de Québec.

Le coup de sonde mené auprès de 1777 locataires logés dans 64 projets des OSBL d’habitation de la région de Montréal démontre que près de quatre locataires sur dix proviennent directement de la rue, alors que le quart y a trouvé un logis après avoir transité dans un centre de jour ou un refuge. Des chiffres qui démontrent qu’une forte majorité de ces résidents y ont trouvé une certaine stabilité et un toit après avoir vécu en situation d’itinérance. Environ 25 % des résidents de ces OSBL d’habitation y logent depuis 5 à 10 ans et 33 % depuis plus de 10 ans.

Selon la directrice générale de la FOHM, Claudine Laurin, le taux de rétention après cinq ans, de près de 53 %, a fait la preuve que le logement social est une solution durable aux problèmes d’itinérance. « Depuis le rapport Kirby sur la santé, le gouvernement fédéral prétend que le logement social n’a pas rempli sa mission et fait fausse route. Or, si on regarde les résultats de notre enquête, la majorité de nos résidents qui viennent de la rue sont encore là depuis plus de cinq ans », affirme-t-elle.

Lors du récent forum tenu sur le logement et la santé à Montréal, plusieurs acteurs ont rappelé l’importance de maintenir la construction de logements sociaux, alors que le désengagement des gouvernements dans ce domaine s’accroît d’année en année. Le gouvernement fédéral investit désormais dans le programme Housing First, qui prévoit l’octroi de logements aux personnes dans le besoin en louant des appartements de propriétaires privés. Le gouvernement du Québec réduira lui aussi de moitié ses subventions aux logements sociaux cette année, et prévoit plutôt d’octroyer 5000 suppléments au loyer d’ici cinq ans.

Plus qu’un toit

Or, l’enquête menée auprès des locataires d’OSBL de la région de Montréal révèle que plusieurs d’entre eux trouvent dans ces logements communautaires plus qu’un toit : 92 % y bénéficient de services de soutien dans la communauté, dont des repas, des cuisines collectives, des sorties et des activités avec le voisinage.

« Le gouvernement fédéral plaide en faveur du supplément au loyer. Or, c’est une réponse partielle à l’itinérance qui ne devrait pas être exploitée à fond. Les propriétaires privés n’ont pas l’ensemble des ressources pour répondre aux besoins des personnes à risque d’itinérance », soutient Mme Laurin. « Dans le privé, les gens sont aussi isolés, et marginalisés. Ce sont des conditions propices à un retour vers l’itinérance », affirme la directrice de la FOHM.

Le gouvernement du Québec a réduit de moitié ses subventions au logement depuis l’an dernier, et prévoit lui aussi octroyer 5000 suppléments au loyer d’ici cinq ans. L’approche de la Stratégie sur les partenariats pour la lutte contre l’itinérance, récemment abandonnée par Ottawa, misait quant à elle sur un florilège de moyens pour aider les personnes sans-abri à sortir de la rue. Le désengagement de l’État dans la construction de logements sociaux se fait d’ailleurs durement sentir. La FOHM, qui chapeaute un parc de 200 logements, enregistre des délais de trois ans pour obtenir l’accès à un studio, et d’au moins trois ans pour une chambre.

« Si le désinvestissement se poursuit. On va se retrouver avec un plus gros bassin d’itinérants, au fil des années », déplore la porte-parole de la FOHM.

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