Les robots en campagne électorale

De nombreux robots participent aux courses électorales, comme le logiciel Democratik, qui propose une liste d’électeurs modifiable à l’aide d’un téléphone intelligent.
Photo: Getty Images De nombreux robots participent aux courses électorales, comme le logiciel Democratik, qui propose une liste d’électeurs modifiable à l’aide d’un téléphone intelligent.

Vous patientez à l’arrêt d’autobus lorsque votre téléphone vibre. Un message personnalisé vous demande si vous savez pour qui vous allez voter. Très convaincant, votre « interlocuteur » semble bien vous connaître utilisant des arguments proches de vos intérêts politiques et vos préoccupations sociales.

Rassurez-vous, vous n’êtes pas sa seule cible, il vise des milliers d’électeurs potentiels et leur réseau d’influence. « Plus vous donnerez de réponses, plus le robot en apprendra sur vous et adaptera son message », explique le chercheur au département de communication de l’Université Concordia, Fenwick Mckelvey.

Selon lui, les actuelles élections fédérales canadiennes forment un terrain d’expérimentation en or pour ces technologies numériques. Dans un récent article publié dans la récente édition de The Monitor, le chercheur révèle que chaque parti politique possède son infrastructure technologique destinée à améliorer la communication, à mesurer les impacts des messages et à mobiliser les électeurs.

De nombreux robots participent aux courses électorales. Par exemple, le logiciel de gestion de campagne électorale Democratik comprend une liste d’électeurs modifiable à l’aide d’un simple doigt sur un téléphone intelligent. Ce logiciel a été utilisé notamment par les équipes de Denis Coderre et d’Option Laval et un gestionnaire de dons.

Cette technologie permet aux partis de vous joindre 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Nous sommes bien loin du porte-à-porte d’autrefois. « Il est devenu difficile de rejoindre les gens chez eux, mais tout le monde a un cellulaire ou un ordinateur connecté », relève le spécialiste de la gouvernance numérique et de la communication politique liée aux médias sociaux.

Et comme les gens sont de plus en plus transparents sur les réseaux sociaux, « il est possible d’en savoir beaucoup sur vos opinions et votre groupe d’influence. C’est une mine d’or pour les partis », soutient-il.

Gagner la cyberélection

Le chercheur compare même l’actuelle campagne à la défunte émission télévisée Robot Wars, où de véritables compétitions de robots étaient retransmises et commentées. Les gagnants seront les champions du ciblage individualisé des électeurs et donc ceux qui posséderont le meilleur robot. Comme les libéraux en Colombie-Britannique, les gagnants de 2013.

« C’est comme une course de chevaux, quelques électeurs peuvent faire la différence pour sortir le vote », assure le chercheur, citant aussi la dernière campagne américaine d’Obama.

Si les détails de tout ce que peut faire précisément cette technologie restent assez flous (secret oblige), les robots sont connus. Les conservateurs utilisent une interface mobile nommée CIMS To Go, délaissant le système C-Vote qui ne fonctionnait pas bien, tandis que les libéraux possèdent le NGPVAN, de l’équipe d’Obama. Le NPD a lui aussi un produit issu de l’équipe d’Obama, le Blue State Digital.

Le Bloc québécois et les petits partis sont-ils eux aussi dans la course ? « Ils sont présents sur les médias sociaux, mais j’ignore ce qu’ils utilisent, ce serait intéressant à fouiller », convient le chercheur. D’ici au 19 octobre, gageons que vous considérerez ces messages d’un autre oeil…