Affaire Aubut: le COC savait depuis 2011 et élargit maintenant son enquête

Le Comité olympique canadien (COC) était au courant depuis 2011 que Marcel Aubut avait commis des gestes déplacés à l’endroit de certaines employées. Il élargit maintenant son enquête interne à « toute plainte, formelle ou non ».

Mercredi, on apprenait que le président du COC, M. Aubut, se retirait de ses fonctions en raison du déclenchement d’une enquête interne qui concerne une plainte pour harcèlement sexuel à l’endroit d’une employée de la Fondation olympique canadienne.

Deux autres femmes ont dénoncé des comportements de même nature dans les médias québécois au cours des derniers jours. Elles ont amené le Comité à déclarer par voie de communiqué vendredi que ces nouvelles allégations sont « extrêmement dérangeantes ». Le COC invite maintenant toute personne ayant une préoccupation à communiquer, pour éventuellement contribuer au processus d’enquête indépendante mené par François Rolland, ancien juge en chef de la Cour supérieure du Québec.

Dans une lettre en date du 13 juin 2011 adressée à M. Aubut et obtenue par La Presse, le COC lui demande de faire cesser ses « allusions sexuelles », de ne pas « toucher les gens » ou de les embrasser, hormis les bises en guise de salutation. Le secrétaire général et chef de la direction du COC à l’époque, Jean R. Dupré, avait à l’époque accepté de ne pas porter plainte contre lui après avoir obtenu l’assurance que de tels comportements cesseraient sur-le-champ.

La double médaillée olympique Sylvie Fréchette espère que le COC ira « au fond des choses ». En entrevue au Devoir, elle souligne « le malaise incroyable dans la communauté olympique » de voir un « homme qui a fait autant pour le sport » être dénoncé pour ses comportements, tout en précisant qu’elle n’a été ni victime ni témoin de ceux-ci. L’athlète ne se dit pourtant pas surprise — « il est un personnage très coloré, qui s’exprime sans filtre » —, mais si les allégations se révélaientvéridiques, « il faut appliquer la tolérance zéro », conclut-elle.

La présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, s’est dite « troublée de penser que la situation était connue depuis plusieurs années ». Elle rappelle que les dispositions de la Loi sur les normes du travail relatives au harcèlement psychologique, entrées en vigueur en 2004, font porter à l’employeur « la responsabilité de s’assurer que le milieu de travail est sain », sans vouloir commenter davantage les allégations contre M. Aubut. La Commission des normes du travail aurait traité près de 23 000 plaintes en dix ans pour harcèlement psychologique, dont environ 7 % spécifiquement à caractère sexuel.

« Il faut changer les mentalités et arrêter de dire que c’est une affaire entre deux personnes », insiste Mme Miville-Dechêne. Le harcèlement sexuel est à son avis « l’exercice du pouvoir, plus fréquent de la part d’un homme hiérarchiquement supérieur », un trait mentionné par Mme Fréchette également.