Une chaîne humaine pour ne pas laisser la poussière retomber sur les réfugiés

Nedal Alnajjar, au Canada depuis 15 ans, et sa fille Myriam ont participé à la chaîne humaine organisée mercredi à Montréal.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Nedal Alnajjar, au Canada depuis 15 ans, et sa fille Myriam ont participé à la chaîne humaine organisée mercredi à Montréal.

La soeur d’Anas Hariri a dormi nuit après nuit dans la salle de bain de leur appartement d’Alep, pour être le plus loin possible des fenêtres quand des bombes éclatent. « Chaque fois que je lui parlais au téléphone, j’entendais les explosions », relate-t-il. Le neveu de Nedal Alnajjar a dû fuir le pays pour la Turquie avec sa mère et ses deux frères après avoir déserté l’armée de Bachar al-Assad. « Il n’avait pas le choix, il serait mort sinon », dit M. Alnajjar, ses yeux bleus qui regardent vers le ciel menaçant de ses nuages gris foncé.

Ce sont leurs mains et celles de quelques centaines de personnes qui se sont liées mercredi sur l’esplanade de la Place des Arts pour démontrer leur solidarité envers les réfugiés. La longue chaîne humaine serpentant en plusieurs rangées a scandé « bienvenue aux réfugiés ».

Le temps d’un regard, les complets-veston accoudés à la terrasse de l’hôtel d’en face qui surplombe l’esplanade se sont retournés, avant de reprendre leur apéro.

« Vous avez été touchés par la photo du jeune Aylan Kurdi, retrouvé mort sur une plage. Mais il y a des milliers de photos d’enfants morts », a rappelé Faisal Alazem, du Conseil canado-syrien, devant les visages qui se crispaient à cette évocation.

Nedal Alnajjar, rencontré peu après que la chaîne humaine se soit brisée, confirme : « J’ai traduit [de l’arabe au français] des vidéos où l’on ne voyait que des horreurs. » L’homme souhaite que le flot continuel d’informations soit accessible aux francophones.

Anas Hariri tente quant à lui de faire ce qu’il peut pour sa famille immédiate. Il a parrainé son frère Feras, père de trois enfants, qui a passé 13 mois en attente au Liban après le bombardement de sa maison. « Quand je les ai vus arriver à l’aéroport en juin dernier, j’ai réalisé que c’était une grande responsabilité », souffle-t-il. Cet ingénieur informatique a dû prouver qu’il pouvait subvenir aux besoins de ces cinq personnes durant au moins un an. Cette charge ne l’empêche pas de tenter d’obtenir le même statut pour la famille de sa soeur, qui a finalement fui Alep, « cette grande ville de culture détruite à 60 % », regrette amèrement M. Hariri.

Un élan citoyen

Paul Clarke, directeur d’Action réfugiés Montréal, est débordé depuis que la crise des migrants a pris le devant de la scène de l’actualité. Son organisme, qui parraine habituellement une quinzaine de demandes de famille, a déjà élargi son action à une soixantaine depuis l’an dernier. « Et nous avons une liste d’attente de plus de 240 noms. Faites le calcul, le processus nous prendrait cinq ans », avoue-t-il.

C’est au moment même où il avoue ne pas savoir où donner de la tête, comme pour lui donner raison, que M. Alnajjar s’est approché pour lui demander comment faire venir sa soeur et ses trois neveux. « S’ils sont en Turquie, il n’y a rien à faire », répond-il en expliquant que les délais sont beaucoup plus longs qu’au Liban, par exemple.

« Le seul choix, c’est de prendre la mer, c’est le désespoir complet », dit en guise de réponse M. Alnajjar, sa fille Myriam à ses côtés. Il sourit nerveusement, pour faire disparaître l’inquiétude qui a creusé ses traits un instant. Ce Syrien d’origine, au Canada depuis 15 ans, n’a pas l’intention de déposer une demande pour sa soeur. Il n’a pas les moyens de la parrainer, et l’attente, qu’on lui prédit d’au moins 40 mois, lui paraît beaucoup trop longue.

Selon M. Clarke, il n’y a pourtant jamais eu autant de Québécois qui souhaitent parrainer de parfaits étrangers : « J’ai reçu l’appel par exemple jeudi dernier d’un M. Tremblay de Berthierville. Il voulait parrainer un Syrien. » Mais la complexité du processus et le refus du gouvernement Harper de prendre en charge davantage de Syriens fuyant la guerre ralentissent l’octroi du statut.

Le geste de mercredi au centre-ville de Montréal se voulait ainsi plus qu’un exercice de compassion, il s’agissait aussi de « rappeler au gouvernement canadien son devoir juridique d’accueil », a indiqué Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Amnistie internationale, coorganisatrice du rassemblement. Des représentants d’Oxfam-Québec, de Médecins du Monde, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) et d’Action réfugiés Montréal étaient également du nombre. Tous demandent au gouvernement fédéral de parrainer au moins 10 000 réfugiés.

Vous avez été touchés par la photo du jeune Aylan Kurdi, retrouvé mort sur une plage. Mais il y a des milliers de photos d’enfants morts.

1 commentaire
  • Jean-Paul Garnier - Inscrit 10 septembre 2015 15 h 15

    Amenez-en !

    Harper est nul ! Il devrait vite surfer sur cette vague tsunamiesque de compassion. Et participer au grand encan électoral des migrants:«10 000...Non, 25 000...qui dit mieux ?». À une condition: v'nez-vous en, oui, à condition que vous laissiez à la frontière, puis dans vos chambres à coucher canadiennes, vos sunnisme et chiistisme, vos hallals et vos voiles, vos polygamismes et tribunaux islamiques...toutes vos simagrées religieuses à cause desquelles vous avez fui et qu'on vous accueille aujourd'hui.
    JP Garnier