Deux journalistes abattus en direct: le tireur est mort

L'homme qui a froidement abattu mercredi aux États-Unis deux journalistes d'une chaîne de télévision locale en plein direct a succombé à une blessure par balle qu'il s'est lui-même infligée, ont indiqué les autorités locales.

«Le suspect dans cette fusillade est mort à l'hôpital de Fairfax Inova dans le nord de la Virginie des conséquences d'une blessure par balle qu'il s'est lui-même infligée», a déclaré le shérif du comté de Franklin (est) lors d'une conférence de presse.

L'homme a froidement abattu mercredi en direct deux journalistes d’une chaîne de télévision locale américaine et a filmé lui-même la scène dont il a publié les vidéos sur les réseaux sociaux.

Le tueur, qui avait travaillé auparavant pour cette chaîne, a par la suite été pris en chasse et arrêté par la police.

Ce drame, qui relance l’éternel débat sur l’accès aux armes à feu aux États-Unis, a été évoqué par la Maison-Blanche, qui a une nouvelle fois appelé le Congrès à légiférer pour mieux encadrer leur vente et leur utilisation.

Déplorant une «fusillade tragique», Josh Earnest, porte-parole de Barack Obama, a souligné que le Congrès pouvait prendre des mesures «de bon sens» pour limiter ce genre de drames, «trop fréquents» aux États-Unis.

La reporter Alison Parker, 24 ans, et le caméraman Adam Ward, 27 ans, de la chaîne WDBJ7, ont été abattus alors qu’ils interviewaient une femme sur le balcon d’un immeuble, au bord d’un lac non loin de Roanoke en Virginie (est), à environ 385 kilomètres de la capitale Washington.

On voit la journaliste crier lorsque des tirs sont entendus puis la caméra tombe au sol pendant que les coups de feu retentissent encore. La caméra continue de filmer les jambes du tireur. Un arrêt sur image montre le suspect vêtu de couleur sombre, pointant l’arme vers le sol en direction de la caméra. On ne voit pas de sang.

Sur le plateau, la présentatrice de l’émission en direct réagit avec stupeur. «Je ne suis pas sûre de ce qui est arrivé là, nous vous informerons dès que nous saurons d’où ces sons venaient», dit-elle.

Un employé mécontent

Un peu plus tard, poursuivi sur une autoroute, le tireur pris en chasse a eu un accident. Les policiers se sont approchés de sa voiture et l’ont trouvé blessé par balle. Il a été transporté à l’hôpital et «son pronostic vital est engagé», a précisé sur Facebook la police de l’État.

Identifié comme étant Vester Lee Flanagan, 41 ans, qui travaillait aussi sous le nom de Bryce Williams, le meurtrier a non seulement commis son meurtre en direct, mais a aussi filmé lui-même la scène dont il a diffusé des vidéos sur ses comptes Twitter et Facebook.

Sur son compte Twitter @bryce_williams7, le tueur a accusé Alison Parker d’avoir «tenu des propos racistes».

Il indique aussi avoir «filmé la fusillade, allez voir sur Facebook». Sur sa dernière vidéo, on peut le voir brandir un pistolet visant la journaliste qui, souriante, est en train d’interviewer une autre femme en veste blanche.

Visiblement personne ne remarque l’arme tenue par le tireur, le caméraman lui tournant le dos pour filmer le paysage et la journaliste étant absorbée par son interview.

Le tueur abaisse ensuite brièvement sa caméra ou son téléphone portable vers le sol, avant de tirer huit coups de feu en direction de la reporter qui tente de fuir. Les images montrent clairement la main du tueur vêtu d’une chemise bleue à carreaux, tenant le pistolet.

Son compte Twitter a depuis été suspendu.

«Nous pensons qu’il s’agit d’un employé mécontent de la chaîne», avait plus tôt indiqué le gouverneur de Virginie, Terry McAuliffe. «Il a apparemment appelé un ami ou quelque chose, il était bouleversé.»

«Ils faisaient leur travail»

Les deux journalistes «faisaient juste leur travail aujourd’hui», en l’occurrence un reportage sur le tourisme local, a déclaré le directeur de la chaîne Jeffrey Marks peu après le drame, précisant qu’ils étaient décédés «peu après 6h45 quand les tirs ont été entendus».

Il a noté qu’il pouvait y avoir des inquiétudes quand des reporters étaient envoyés en zone de guerre, mais quand «on envoie quelqu’un sur une histoire de tourisme, […] on ne s’attend pas à ça».

Les deux journalistes tués étaient «chacun amoureux d’autres membres de l’équipe de WDBJ», selon le patron de la chaîne.

Un présentateur de la chaîne, Chris Hurst, a confié sur Twitter peu après les faits que lui et Alison Parker étaient «très amoureux». Sur une photo de lui et de la victime, il écrit qu’ils venaient «d’emménager ensemble» et voulaient se marier. «Je suis anéanti.»

«Elle travaillait avec Adam tous les jours. Ils formaient une équipe. J’ai le cœur brisé pour sa fiancée», a encore témoigné Chris Hurst, qui a envoyé quatre longs tweets peu après l’incident.

La femme interviewée, Vicki Gardner, une responsable de la chambre de commerce locale, a été «gravement blessée», selon le sénateur de Virginie Tim Kaine.

Ce drame, qui a eu lieu non loin d’une autre tuerie en 2007, quand un homme avait abattu 32 personnes sur le campus de Virginia Tech avant de se suicider, a relancé le débat sur les armes à feu, qu’il est très facile de se procurer en Virginie.

«Deux journalistes tués en direct en Virginie aux États-Unis, c’est une scène tragique très rare dans un pays où des milliers de personnes sont tuées chaque année par armes à feu», a souligné Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF) dans un communiqué.

La candidate démocrate à la Maison-Blanche Hillary Clinton s’est dite «en colère» sur Twitter. «Nous devons agir pour arrêter la violence par armes à feu et nous ne pouvons plus attendre.»

 
9 commentaires
  • Sylvain Rivest - Abonné 26 août 2015 09 h 49

    vive les armes à feu?

    les vendeurs ont encore gagnés.

  • Gilles Théberge - Abonné 26 août 2015 11 h 12

    Bien sûr que non

    Le contrôle des armes à feu ça ne sert à rien. Ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont les gens qui les tiennent.

    N'est-ce pas braves gens...?

    • Jean Duchesneau - Inscrit 26 août 2015 15 h 13

      Pas fort votre commentaire monsieur! En contrôlant l'accès aux armes et au port de ceux-ci, on s'adresse à une culture et une mentalité qui trouvent racines dans le deuxième amendement de la constitution américaine. C'est le droit de se défendre qui est au coeur de la problématique. La facilité de l'accessibilité aux USA est aussi responsable de nombreuses tueries perpétrées par des mineurs et des personnes mentalement dérangées. Obama lui-même prone le contrôle des armes car dit-t-il: "de pareilles tueries ne surviennent nul part ailleurs qu'aux USA avec une telle fréquence". Oui le contrôle des armes sert à quelque chose!

    • Michel Thériault - Inscrit 26 août 2015 18 h 51

      M. Duchesneau, je crois que vous n'avez pas saisi que le propos de M. Théberge était ironique...

    • Jean Duchesneau - Inscrit 26 août 2015 22 h 10

      Vous connaissez personnellement ce monsieur, pas moi! Bien des personnes sont de son opinion sans ironie!

  • Éric Alvarez - Inscrit 26 août 2015 11 h 25

    La nation la plus puissante...

    ... et la plus malade.

  • Pierre Marcotte - Inscrit 26 août 2015 13 h 16

    Comment éviter cela?

    <sarcasme>Si tous les membres de l'équipe et du public étaient armés eux aussi, sûrement que ce drame ne serait pas arrivé, voyons donc. </sarcasme>

    C'est surprenant qu'une nation aussi moderne technologiquement peut avoir autant de difficulté à comprendre la base de la paix sociale. Au contraire, plusieurs veulent intégrer ces armes à la technologie la plus avancée afin de tuer plus efficacement.

    Triste.

  • Colette Pagé - Inscrite 26 août 2015 18 h 51

    Un pays rongé par l'insécurité intérieure !

    Désespérant pays rongé par l'insécurité de ses citoyens obligés de vivre armés dans des collectivités entouré de mur avec garde de sécurité dans les guérites. Pendant ce temps la National Rifle Association gonfle son nombre de membres et les républicains défendent l'accès aux armes à feu.

    Le plus malheureux c'est que ces évènements médiatisés se répétent et que les réseaux sociaux contribuent à cette démesure.