Une courte manifestation, 300 000 $ en salaires

Le 15 mars 2013, la manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière a été interrompue dès le départ par le SPVM.
Photo: François Pesant Le Devoir Le 15 mars 2013, la manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière a été interrompue dès le départ par le SPVM.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne ménage pas les dépenses pour encadrer la traditionnelle manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), qui se conclut généralement par de nombreuses arrestations. Des données obtenues par Le Devoir indiquent que le déploiement de 669 agents lors de la seule manifestation du 15 mars 2013 a coûté près de 300 000 $ en salaires.

Le collectif en question y voit un symptôme du profilage politique et social dont sont victimes les manifestants. Au fil des années, la manifestation annuelle du COBP est devenue un lieu d’affrontement entre les manifestants et les forces de l’ordre. Et ces documents obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information permettent de constater une nouvelle fois que le SPVM ne ménage pas les sommes consacrées à cette journée.

Chaque année depuis 2011, plus de 550 agents du SPVM ont été affectés à l’encadrement de la manifestation, 2013 atteignant un sommet de 669 policiers. À titre de comparaison, la manifestation de soir du 19 mars 2013 a nécessité le déploiement de 290 agents et celle organisée au parc Émilie-Gamelin le 22 mars de la même année s’est déroulée en présence de 327 policiers. La manifestation du COBP s’est soldée par 240 arrestations au total.

Le SPVM a déjà fait savoir que les nombreuses manifestations organisées au cours des dernières années lui ont coûté cher, mais la facture associée à celle du 15 mars 2013 est particulièrement salée : la dépense est estimée à 293 344 $, soit 192 214 $ en salaire à temps régulier et 101 129 $ en heures supplémentaires.

Ces chiffres représentent des prévisions de dépenses, et non les coûts réels, non dévoilés par le SPVM. Son porte-parole Ian Lafrenière a affirmé au Devoir que la décision d’envoyer de si grands effectifs avait été prise « sur la base des expériences précédentes et des manifestations du même printemps qui démontraient un haut niveau de tension ». En 2012, une voiture avait été renversée lors de la même manifestation, rappelle-t-il.

Les manifestants présents le 15 mars 2013 se souviennent d’un rassemblement rapidement tué dans l’oeuf. « Simon », membre du COBP qui préfère taire son vrai nom par crainte de représailles, a vu la police interpeller des marcheurs avant même leur arrivée au point de départ. Seules quelques centaines de personnes se sont rassemblées ce jour-là dans un parc du Quartier des spectacles, une foule bien plus modeste que les quelque 2000 manifestants qui avaient répondu à l’appel l’année précédente.

Il y avait donc près de deux policiers pour chaque personne présente. Le professeur de philosophie au Collège de Maisonneuve Julien Villeneuve y était. « Je n’avais jamais vu autant de policiers dans un même lieu », se souvient cet habitué des manifestations depuis le printemps érable de 2012.

« Nous ne savions pas d’où ils partaient, ni quel était leur parcours. Il arrive que nous soyons trop, mais si nous n’étions pas assez nombreux, nous serions responsables aussi de ce qui arrive », justifie M. Lafrenière.

Les policiers n’ont pas tardé à intervenir pour diviser les manifestants. Deux groupes ont finalement été encerclés. L’article du règlement municipal P-6 qui oblige la divulgation préalable de l’itinéraire d’une manifestation a servi à distribuer des constats d’infraction à 180 personnes. Au total, la police a procédé à 240 arrestations.

Pas de violence

« On continue encore aujourd’hui d’utiliser l’argument de la violence des manifestants pour essayer d’interdire ou de réprimer cette manifestation-là, alors qu’en pratique, elle n’a pas pu avoir lieu depuis 2013. Donc je ne sais pas de quelle manif violente les policiers parlent, parce qu’ils ne nous laissent plus la faire. »

M. Villeneuve reconnaît que des casseurs peuvent infiltrer les manifestations du COBP, mais il estime que le travail des policiers est d’arrêter uniquement les individus qui commettent des infractions, et non tout le groupe. Simon, du COBP, rapporte aussi que des bavures ont été commises par des policiers.

Le déploiement « excessif » de policiers observé le 15 mars 2013 constitue selon lui une preuve du profilage politique et social exercé à l’encontre des manifestants. « On met en place les conditions pour qu’il y ait de la casse. On met en place les conditions pour que les gens, dans un excès de frustration, […] commettent des actes qui viennent ensuite justifier la répression et les dépenses », affirme M. Villeneuve, sympathisant du Collectif.

Le manifestant juge que c’est avant tout la provocation par les forces de l’ordre qui cause les débordements. « Il faut le voir pour le comprendre », ajoute-t-il, en invitant les sceptiques à venir observer une telle manifestation de leurs propres yeux.

La surveillance dont fait l’objet ce groupe ne date pas d’hier. Dans des documents à usage interne du SPVM, le COBP était directement cité dans l’historique ayant mené à la création du projet GAMMA (« Guet des activités des mouvements marginaux et anarchistes »).

Par ailleurs, les manifestations organisées en 2015 contre l’austérité (entre le 23 mars et le 9 mai) ont coûté 2,3 millions en salaires au SPVM, comparativement à 4,4 millions lors du printemps érable de 2012 (entre le 1er février et le 27 avril), a confirmé Ian Lafrenière.

11 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 19 août 2015 05 h 26

    Arrêtez de nous faire brailler!

    Les deux auteurs savent exactement ce qui se passent tous les ans lors de cette manifestation....je ne comprend absolument pas que tu doives casser quelque chose pour faire valoir ta vision.....sachant comment fonctionne la permission de manifester, si les participants se conformaient fidèlement aux dirctives, et cela tout le temps il y aurait moins de policiers, pas d'arrestations donc moins de dépenses.....pas compliqué à comprendre....

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 19 août 2015 13 h 11

      Il y a aussi le fait que ( lorsqu'un citoyen se fait arrêter arbitrairement alors qu'il se dirige vers le lieu de rencontre prévu pour la manifestation) vous errez complètement et entièrement dans votre commentaire cinglant et sans fondement.. Ce fut le cas pour plusieurs qui subirent le même sort et arrêtés cavalièrement cette journée-là.

      D'ailleurs, les forces policières agissent parfois de leur propre initiative et malheureusement commettent ainsi des bévues...
      D'ailleurs, un juge a d'ores et déjà déclaré que ces arrestations policières, cautionnées par les élus municipaux (Montréal), étaient sans fondement et injustifiables.

      Il est bon de se renseigner avant de ...dire, surtout quand le jupon dépasse.

    • Sylvain Rivest - Abonné 19 août 2015 14 h 06

      c'est pas parce que vous voulez faire le tapis qu'on est obligé de vous suivre!

    • Richard Bérubé - Inscrit 19 août 2015 16 h 19

      Madame Sévigny, Monsieur Rivest,
      dans la loi sur les manifestations, avant que des arrestations soient effectuées les autorités (policières dans ce cas-ci) doivent donner un avertissement de quelques 5 minutes avant d'agir. En plus les participants à la manifestations (organisateurs) se doivent de fournir l'itinéraire s'ils veulent qu'elle soit légale...quand j'ai suivi mes cours de contrôle de foule (riot control) (pour les policiers que j'étais) c'était la loi qui n'a probablement pas changée...et voyez-vous je n'ai jamais été arrêté pour avoir dérangé la paix publique, il y a peut-être des gens qui agissent de façon à s'attirer le trouble, et souvent toujours les mêmes....

  • Josée Duplessis - Abonnée 19 août 2015 07 h 16

    Ces coûts sont attribuables à l'injustice sociale causée par ce gouvernement qui nous prépare une belle répression à l'automne.

    • Richard Bérubé - Inscrit 19 août 2015 10 h 53

      Madame Duplessis c'est pour la manifestation de 2013...gouvernement au pouvoir n'était pas celui-ci mais celui de Pauline Marois septembre 2012 à Avril 2014....et de quelle injustice parlez-vous , tout le monde subit les décisions du gouvernement et ce n'est pas tout le monde qui casse tout....quand tu n'es pas capable de te comporter civilement en socièté, tu demandes qu'on t'enferme pour ta propre protection.....

    • Josée Duplessis - Abonnée 19 août 2015 12 h 56

      M. Bérubé je parlais des manifestations de 2015 auxquelles fait référence l'article dans son dernier paragraphe.
      De quelle injustice? Celle que subit le peuple avec cette austérité qui le touche lui seulement.
      Les primes ne lui sont pas faites.
      Les coupures en éducation font partie de cette injustice. Les coupures il y en a souvent eu je vous l'accorde mais de cette ampleur, c'est très couteux pour l'éducation des enfants.
      Du peu d'importance qu' a le milieu syndical de la fonction publique par rapport à la force de frappe des médecins et des policiers. Eux règlent plus facilement à la hausse leurs litiges monétaires.
      N'oublions pas que les creux dans les caisses du Québec ont été causés en partie par la corruption et la collusion dues à quel parti?
      C'est mon humble opinion.

  • Gilbert Turp - Abonné 19 août 2015 08 h 34

    Une expérience à tenter ?

    Je me demande ce que ça donnerait de ne pas avoir de policiers du tout l'an prochain lors de cette manif rituelle.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 19 août 2015 12 h 41

    «Donc je ne sais pas de quelle manif violente les policiers parlent, parce qu’ils ne nous laissent plus la faire»

    On se le demande en effet, mais de quel violence accuse t'on ces pauvres vitimes de répression et qu'on empêche de s'exprimer par le lancer de bloc de brique...

    http://www.lapresse.ca/actualites/montreal/201503/

  • Sylvain Rivest - Abonné 19 août 2015 14 h 09

    les fauteurs de trouble

    ...sont pas toujours du bon côté de la matraque.
    La police est devenu, ni plus ni moins, qu'un regroupement de criminel violent à la solde des riches.

    • Richard Bérubé - Inscrit 19 août 2015 16 h 27

      Monsieur Rivest je viens de comprendre vos commentaires à mon intervention....incroyable...d'après mon avis, les gens tranquilles, qui utilisent les moyens légaux pour faire entendre leur point de vue n'ont en tout cas dans le pays que j'habite pas de problèmes ni avec les autorités ni avec la police....pour votre information j'ai été policier pour plus de 35 ans et je n'ai jamais agi en criminel comme vous le dites, je n'ai jamais travaillé pour des riches (les québecois et les canadiens) en tout cas pas tous riches....et je suis très fière d'avoir pu aider le plus possible la population de notre pays et province....je ne connais pas votre expérience avec la police, ni votre chemin de vie, mais moi tous les gens que je connais non pas de haine vicérale envers les policiers....la manifestation anti-brutalité policière est souvent utilisée par une gang de voyoux pour tout brisé...aussi des biens appartenant à des gens bien...peut-être à des membres de votre famille Monsieur Rivestééé