Amnesty adopte une position en faveur de la décriminalisation

Les 70 sections nationales de l’ONG Amnesty International ont voté ce mardi un texte commun soutenant la dépénalisation de la prostitution.
Photo: Nicolas Asfouri Agence France-Presse Les 70 sections nationales de l’ONG Amnesty International ont voté ce mardi un texte commun soutenant la dépénalisation de la prostitution.

Malgré l’opposition de groupes de femmes, de vedettes et même de l’ancien président Jimmy Carter, Amnesty International a adopté mardi une position controversée. Les 400 délégués présents à Dublin pour le Conseil international ont voté en faveur d’une résolution appelant à la mise en place d’« un cadre légal dans lequel tous les éléments du travail du sexe seraient dépénalisés ».

Un « jour historique » malgré une décision « qui ne fut pas facile à prendre », selon les mots de la secrétaire générale de l’organisation, Salil Shetty. Amnesty International ne précise pas le décompte du vote ayant mené à l’adoption. La présidente de la section francophone au Canada, Karine Gentelet, assure toutefois que la position du mouvement est représentative de celle canadienne. « C’est un sujet complexe et très délicat, il fallait que ce soit soumis au débat », souligne-t-elle. Maintenant que les 70 sections nationales se sont mises d’accord sur des principes généraux après trois jours de discussions, Amnesty élaborera une politique pour guider l’évaluation des législations respectives.

Le groupe montréalais Stella s’est vivement réjoui de cette annonce. « Nous sommes très contentes, nous avions fait part de notre position au début de leur consultation il y a deux ans », a expliqué au Devoir Jenn Clamen, l’une des porte-parole de Stella. Pour l’organisme, Amnesty prend le parti des personnes qui travaillent dans l’industrie du sexe, au-delà d’une position morale.

Mme Gentelet rappelle que son organisation continue à condamner la traite à des fins d’exploitation sexuelle. Elle souhaite maintenant braquer la lumière sur les atteintes aux droits de la personne auxquelles les « travailleuses du sexe » sont exposées, telles que la violence physique et sexuelle, les arrestations et détentions arbitraires, l’extorsion et le harcèlement.

Recul et perte de crédibilité

Pour les groupes de femmes qui se sont soulevés contre la décriminalisation complète ces dernières semaines, Amnesty fait fausse route et promeut l’impunité des proxénètes, propriétaires de bordel et acheteurs de sexe. Dans une lettre adressée aux délégués, CAP International a notamment tenté in extremis de les faire changer d’idée.

Diane Matte, coordonnatrice de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), est bien sûr d’accord sur la nécessité de mieux protéger les prostituées, mais perçoit la nouvelle position comme un recul pour les droits des femmes. « Comme si l’on devait permettre à de plus en plus d’hommes d’avoir accès à des actes sexuels tarifés pour protéger les hommes et les femmes en prostitution », dénonce-t-elle.

Les hommes sont les seuls gagnants de l’exploitation des femmes, selon Mme Matte. L’Allemagne, qui a opté pour une décriminalisation complète contrairement au Canada, a vu la traite et la violence augmenter. « La stigmatisation des femmes vient du fait qu’on ne reconnaît pas la prostitution comme une violence envers les femmes, un rapport inégalitaire ancré dans le sexisme », affirme la porte-parole de la CLES.

La présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, s’est elle aussi élevée contre la résolution d’Amnesty, la qualifiant de décevante.

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