Isolés ensemble

Noah Sheshamush. Cri.
Photo: Renaud Philippe / Hans Lucas Noah Sheshamush. Cri.

Il existe au Nunavik un lieu où deux villages limitrophes se distinguent par leurs habitants et leur culture respective. Les Cris de Whapmagoostui et les Inuits de Kuujjuarapik cohabitent dans un petit espace confiné à la lisière de la taïga et de la toundra, non loin de la baie d’Hudson. Cet état des choses est unique au Canada.

La situation géographique de ces deux peuples est singulière, mais surtout fascinante. Kuujjuarapik, qui signifie « petite grande rivière » en inuktitut, est le plus méridional de 14 villages nordiques du Nunavik. Whapmagoostui, « rivière du béluga » en cri, est quant à lui le plus septentrional du territoire Eeyou Istchee. La route ne s’y rend pas et mis à part le bateau en été, le seul moyen de s’y déplacer est l’avion.

Bien que ces municipalités vivent côte à côte, elles ont chacune leurs façons d’opérer. Du côté cri, les routes sont en gravier, de l’autre, en béton. Les Inuits ont un maire, les Cris, un chef. Au CLSC de Kuujjuarapik, il y a une entrée pour les Cris et une autre pour les Inuits. Deux systèmes, et peut-être deux manières de voir le monde.


Un rapide bond dans le temps nous permet d’apprendre que les deux communautés se fréquentent depuis 2800 ans entre Petite rivière de la Baleine et Grande rivière de la Baleine. Ils ont pêché la baleine dans les mêmes cours d’eau, et se sont croisés sur les mêmes territoires de chasse, en prenant soin de se tenir à distance les uns des autres. Leurs relations se sont considérablement modifiées avec l’arrivée des premiers postes de traite de la fourrure la Compagnie de la Baie d’Hudson (autour de 1750). La présence européenne, canadienne et même américaine a laissé des traces indélébiles sur leur mode de vie au fil des générations.  


Leurs rapports sont aujourd’hui plus cordiaux. Des membres des communautés crie et inuite se marient, partagent des services et fréquentent les mêmes lieux. Whapmagoostui compte même un club social, qui a ouvert ses portes à une époque où l’endroit était occupé par une base militaire américaine lors de la guerre froide. Il est aujourd’hui un lieu de rassemblement pour les deux communautés, un lieu de rencontre et d’échange avec l’autre.

Au Nord, la lumière

Ce photoreportage signé Jean-Baptiste Hervé et Renaud Philippe s’est déroulé en mars 2014. Dès leur arrivée sur place, ils ont été frappés par la lumière du Nord « trop crue » et « trop vive » et ses « ciels dramatiques », comme les décrivait le peintre automatiste québécois Fernand Leduc. Mais surtout, ils ont été fascinés par ces hommes, ces femmes et ces enfants du Nord habitant un territoire isolé et vivant au rythme d’une culture méconnue, loin des références sociale et culturelle du Sud. Dans le cadre de ce photoreportage, il y avait une envie de voir, d’observer, de regarder et d’échanger avec les membres de ces communautés. Il y avait un goût de découvrir l’autre. Le choix du noir et blanc pour les portraits en est un esthétique, mais aussi réfléchi. Il permet de mettre l’accent sur les traits du visage sans que l’attention soit détournée par l’effet des couleurs. Il réduit aussi la différence entre les Cris et les Inuits. Les sujets ont été photographiés face à la lumière afin de refléter l’intensité des lieux et l’impact de la lumière nordique sur les gens.
923
habitants à Whapmagoostui (2014)
696
habitants à Kuujjuarapik (2014)
1128
kilomètres séparent Montréal de Kuujjuarapik et Whapmagoostui
1 commentaire
  • Pierre Lavallée - Inscrit 1 août 2015 15 h 43

    Photo ambigue

    La photo publiée dans la Journal qui prétend montrer l'isolement du village ("aucune route terrestre ne se rend aux deux villages de Kuujjuarapik et Whapmagoostui") gagnerait à être plus explicite. Que voit-on exactement ?
    Je comprends que le photographe puisse trouver amusant de jouer avec certaines effets graphiques mais pour une fois qu'on présente un village nordique, il aurait pû montrer le village dépouillé de tout artifice photographique inutile.