La moitié des jeunes en foyer d’accueil est autochtone

Les conditions de vie des autochtones canadiens contribuent aux taux élevé de prise en charge. Une vingtaine de personnes vivent dans cette maison de la communauté d’Attawapiskat, en Ontario.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Les conditions de vie des autochtones canadiens contribuent aux taux élevé de prise en charge. Une vingtaine de personnes vivent dans cette maison de la communauté d’Attawapiskat, en Ontario.

Les provinces et les territoires se préoccupent de la surreprésentation des enfants autochtones dans les services de protection de l’enfance au Canada.

Près de la moitié (48 %) des 30 000 enfants et adolescents en foyer d’accueil au pays est issue des communautés autochtones. Pourtant, les Premières Nations, les métis et les Inuits — tous confondus — ne forment que 4,3 % de la population canadienne, selon Statistique Canada. Une situation qui n’est pas étrangère à l’épisode douloureux des pensionnats autochtones.

Au Québec, les enfants autochtones confiés au Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) sont cinq fois plus nombreux que les non-autochtones, considérant leur poids démographique. En effet, 10 % des enfants confiés aux services sociaux sont autochtones. Cependant, à peine 2 % des enfants québécois sont autochtones.

Interpellés par ces statistiques alarmantes, les chefs de gouvernement provinciaux et territoriaux ont commandé il y a près d’un an un rapport consistant à identifier les causes profondes de la négligence et de la violence faites aux enfants dans les communautés autochtones en plus d’esquisser des stratégies de prévention et d’intervention. Le document « Bien-être des enfants autochtones » a été dévoilé lors du Conseil de la fédération, qui s’est tenu la semaine dernière à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador.

La négligence — le défaut d’agir dans l’intérêt premier de l’enfant et posant un risque de préjudice au fil du temps — est le principal motif de prise en charge des enfants autochtones par les services sociaux, soit plus que les sévices — des actes délibérés et violents qui s’accompagnent d’un risque immédiat pour le bien-être de l’enfant, précise-t-on d’emblée dans le document de 60 pages.

Les cas de négligence sont plus nombreux dans des familles engluées dans la pauvreté, l’abus d’alcool et de drogues, l’isolement social et la violence conjugale. « [Ces facteurs] peuvent affecter la capacité de ces personnes à répondre aux besoins physiques et psychosociaux de base des enfants dont elles ont la charge », souligne l’Assemblée des Premières Nations (APN) dans le rapport « Kiskisik Awasisak : n’oublions pas les enfants » cité par le Groupe de travail sur le bien-être des enfants autochtones.

Selon les auteurs du document « Bien-être des enfants autochtones », « les familles autochtones courent plus de risques de vivre dans des logements en deçà des normes d’habitation, de combattre des problèmes de toxicomanie, de connaître de l’insécurité alimentaire, de former une famille monoparentale, de manquer de soutien familial et de soutien d’autres sources et de ne pas avoir suffisamment de compétences, d’instruction et de possibilités de développement économique pour devenir autosuffisantes ».

Parents sans repères

Cela dit, les problèmes auxquels sont confrontées les familles autochtones sont « intimement liés » au « déracinement » de dizaines et de dizaines de milliers d’enfants autochtones sur plus d’un siècle, font-ils valoir, ayant sans doute en tête les conclusions de la Commission de vérité et réconciliation (CVR). En juin, la CVR avait conclu que le Canada « a participé à un génocide culturel » en mettant de force pas moins de 150 000 jeunes autochtones dans des pensionnats pour « sortir l’Indien » d’eux.

En effet, la surreprésentation des enfants autochtones dans les services de protection de l’enfance est ni plus ni moins qu’« un prolongement d’un modèle historique de retrait des enfants des Premières Nations de leur milieu de vie », indique l’APN. L’envoi systématique d’enfants autochtones dans des pensionnats ou en adoption dans des familles non autochtones a privé les exilés de force de l’influence des traditions et de la culture de leur communauté, tout en provoquant à la longue le démembrement de ces mêmes communautés autochtones.

Le groupe de travail esquisse quelques pistes d’intervention, notamment l’intensification de la lutte contre la pauvreté affligeant les Premières Nations, les métis et les Inuits, le renforcement des programmes de réadaptation pour alcooliques et toxicomanes ou encore des programmes visant à réduire la violence familiale. « Il est essentiel de s’attaquer aux “ causes profondes ” de la négligence afin de réduire le nombre d’enfants autochtones pris en charge par les systèmes de protection de l’enfance », plaide-t-il.

La protection de l’enfance au Canada est de compétence provinciale et territoriale, conviennent les premiers ministres des provinces et des territoires. Néanmoins, le gouvernement fédéral a la responsabilité fiduciaire d’offrir un « large éventail de services » aux Canadiens autochtones, rappellent-ils, jugeant « préoccupant que le gouvernement fédéral n’ait pas donné de réponse officielle à l’invitation à participer à [leurs] travaux ». Le manque d’engagement du gouvernement fédéral à respecter ses obligations envers les peuples autochtones qui ne vivent pas dans les réserves, ajouté aux problèmes associés aux formules de financement variées pour les services dans les réserves, demeure préoccupant, soutiennent-ils à moins de trois mois de l’élection fédérale.

Perspectives d’avenir troubles

Les jeunes élevés en foyer d’accueil gagnent environ 326 000 $ de moins au cours de leur vie que le Canadien moyen, révèle un récent rapport du Conference Board du Canada sur les perspectives d’avenir des adolescents autochtones. Cette disparité est due en grande partie à un taux de diplomation moins élevé et à une prépondérance de « problèmes de santé mentale ou de maladies mentales mal prises en charge » dans les communautés autochtones.
4 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 23 juillet 2015 02 h 35

    Questions...

    Avoir largement ses enfants en situation d'accueil institutionnel, voici où en sont les familles de ces Nations qui ont aidé elles-mêmes les Européens à s'installer sur leur continent, celui de La Grande Tortue...
    N'est-ce pas la démonstration la plus indiscutable de l'incapacité, véritable et factuelle, de la société canadienne à assurer une répartition juste et équitable des richesses pourtant gigantesques du Canada ?
    Et celle aussi d'une dérive sociale où d'être tenu depuis des siècles à l'écart des lieux politiques de décisions, justifie pour nombre de nous l'absurdité que certains groupes y soient perçus comme irrécupérables en civilisation ?
    Jugement rempli autant de cette ignorance des choses et de ces préjugés faciles qui sont essentiels à justifier et rendre confortable la capacité des Hommes à regarder ailleurs que là où il faut agir ?
    Et de cette indifférence que plusieurs veulent généraliser, pour continuer à se gaver de manière follement consumériste ?

    Continuons de remettre la gestion de notre pays dans les mains de gens qui n'ont comme idée que le profit et le succès des puissants, maquillant les choses pour nous les faire avaler en douceur, mais ne nous étonnons pas alors de voir nos diverses populations se paupériser sans cesse un peu plus.
    En commençant bien sûr par celles qui sont déjà les plus en difficulté, puisqu'il est si facile ainsi d'en convaincre la masse des électeurs qu'au fond, les individus et les groupes n'ont jamais que ce qu'ils méritent.
    Ce qui se transformera par "ce que nous méritons", lorsque le temps arrivera que dans ce pays pourtant riche, nous en soyons frappé à notre tour...

    Merci de m'avoir lu.

  • André Nadon - Abonné 23 juillet 2015 02 h 50

    Quels intérêts?

    Les autochtones du Québec sont majoritairement contre la souveraineté du Québec, alors que les statistiques démontrent sans équivoque, qu'ils sont mieux traités au Québec que dans les autres provinces, même si c'est de juridiction fédérale.
    Les chefs autochtones sont-ils tous des parvenus qui ne pensent qu'à conserver leurs privilèges sur le dos de leur population, comme le font nos ''élites'' depuis 1763?
    Le patronage n'est-il pas l'arme de prédilection des colonialistes pour contrôler le peuple indigène?

  • Hélène Gervais - Abonnée 23 juillet 2015 08 h 00

    Excellent texte ...

    Qui ne blâme personne comme tel, mais qui montre bien du doigt les lacunes vécues depuis très longtemps par les communautés autochtones. Les provinces qui ont participé à cet échange entre elles, avec les représentants des Premières nations, vont donner la chance aux enfants et aux familles en difficulté de s'en sortir et que dans, espérons-le, peu de décennies, nous serons vraiment tous ensemble, à parler d'autre chose.

    Djiwan H.

  • Sylvain Deschênes - Abonné 23 juillet 2015 08 h 30

    résumé

    Autochtones en foyer d'accueil:

    Un enfant sur deux au Canada, un sur 10 au Québec.