Des parcs en pleine rue

Une portion de la rue Villeray, à l’intersection de la rue Lajeunesse, est désormais occupée par une place publique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une portion de la rue Villeray, à l’intersection de la rue Lajeunesse, est désormais occupée par une place publique.

Au premier coup d’oeil, on se demande de quoi il s’agit : une portion de la rue Villeray a été fermée à la circulation et transformée en parc public. De la peinture colorée recouvre l’asphalte. Une balançoire, une table de pique-nique et une piste de skateboard ont pris possession de la chaussée.

Oui, c’est bel et bien cela : une jolie place publique a été aménagée en pleine rue dans le quartier Villeray, à Montréal. Cet espace temporaire sera inauguré jeudi à l’angle des rues Villeray et Lajeunesse. Les voitures doivent faire un petit détour pour tourner à droite sur la rue Lajeunesse, mais les résidants du coin ont gagné un endroit paisible où se rencontrer pour jaser, pour lire, pour s’amuser et même pour prendre leur déjeuner.

« La rue n’appartient pas qu’aux voitures. Des villes de partout dans le monde ferment de grandes portions de l’espace public à la circulation pour faire davantage de place aux piétons », dit Elsie Lefebvre, la conseillère municipale du quartier, qui a piloté le dossier.

L’aménagement de la place Villeray — et de la place De Castelnau, qui sera inaugurée ce mercredi, un kilomètre plus loin — s’inscrit dans un mouvement nommé « urbanisme tactique », qui prend de l’ampleur dans les grandes villes. New York, Berlin, Moscou, Prague et Hamilton, pour ne nommer que celles-là, ont toutes sacrifié des bouts de chaussée pour aménager des espaces publics conviviaux. Le but : rendre la ville plus sûre pour les piétons. Diminuer le niveau de bruit. Offrir un lieu de rendez-vous pour les résidants. Améliorer ce qu’on appelle la « qualité de vie », en somme.

Volonté citoyenne

La beauté de la chose, c’est que les citoyens eux-mêmes proposent les changements. La Ville les accompagne, leur facilite la tâche. Ce sont les propriétaires du restaurant Tapeo, situé de l’autre côté de la rue, qui ont eu l’idée d’aménager cette place publique pour célébrer le 10e anniversaire de leur établissement. Ils ont même payé 10 000 $ pour la réalisation du projet. L’arrondissement paie le reste de la facture.

« L’idée derrière l’urbanisme tactique, c’est de faire bouger les choses », dit Rocio H. Venegas, une architecte résidante du secteur qui a dessiné gratuitement la place Villeray. Pour améliorer son quartier, tout simplement.

« On n’a pas attendu que la Ville arrive avec l’idée. Il ne faut pas attendre d’avoir un gros projet et un gros budget pour agir. On a tout de suite senti une volonté de l’arrondissement de soutenir les bonnes idées qui viennent des citoyens », ajoute la propriétaire de la firme Rocioarchitecture.

Un mouvement qui fait des petits

L’urbanisme tactique s’implante tranquillement à Montréal et à Québec. Signe des temps, un espace presque identique à la place Villeray a pris naissance au même moment dans le quartier Limoilou à Québec. La plaza Limoilou est située dans la 6e Rue, à l’angle de la 3e Avenue et du chemin de la Canardière. Parasols, tables, bancs et même ambiance colorée, sur un bout de rue où les voitures ne roulent plus jusqu’au mois d’octobre. Des spectacles sont présentés régulièrement durant tout l’été.

L’an dernier, une autre place publique a poussé dans une petite rue entre le marché Jean-Talon et la Petite-Italie, à Montréal. La place Shamrock, c’est son nom, comporte des bancs, des balançoires, des tables, une piste cyclable et même un carrousel. C’est joli, avec la peinture rouge qui recouvre la chaussée.

Une autre place du même genre sera inaugurée ce mercredi, rue De Castelnau, toujours dans le quartier Villeray, à deux pas du marché Jean-Talon. Ici, un programme de la ville centre a permis de transformer le visage de ce petit bout de rue sympathique.

La circulation est désormais à sens unique. La voie de circulation condamnée est devenue une piste cyclable. Des plates-bandes remplies de fleurs et de fines herbes garnissent les trottoirs. Les gens peuvent se prélasser sur les terrasses qui ont poussé le long de la chaussée.

La place De Castelnau vise non seulement à embellir le secteur, mais à le rendre plus sûr : deux garderies, une école primaire et un terrain de jeu se trouvent dans le quadrilatère. Les parents ont milité pour faciliter les déplacements à vélo et réduire la présence des voitures. Les commerçants ont aussi embarqué. La conseillère Elsie Lefebvre les a appuyés sans relâche, parfois contre vents et marées. Elle tenait à réaliser cet engagement électoral. Comme dans toute initiative du genre, il y a eu de la résistance de citoyens, même si la majorité applaudit la transformation du quartier.

« On sent une volonté citoyenne d’apaiser la circulation et d’aménager des lieux publics où les gens peuvent se rencontrer », explique Elsie Lefebvre.

Les places Villeray et De Castelnau sont conçues pour être temporaires, uniquement durant l’été, mais reviendront chaque année. « On va consulter la population pour améliorer le projet, mais le but est de le pérenniser après deux ou trois ans », dit-elle.

On n’a pas attendu que la Ville arrive avec l’idée. Il ne faut pas attendre d’avoir un gros projet et un gros budget pour agir. On a tout de suite senti une volonté de l’arrondissement de soutenir les bonnes idées qui viennent des citoyens.



À voir en vidéo