Google Chrome sur la sellette

Le géant américain Google se défend de pratiquer l’espionnage passif de sa clientèle.
Photo: Jeff Chiu Associated Press Le géant américain Google se défend de pratiquer l’espionnage passif de sa clientèle.

Naviguer et se faire écouter. Le géant du numérique Google est pointé du doigt par une poignée de programmeurs informatiques et défenseurs de la vie privée qui auraient découvert une faille dans un module de reconnaissance de la parole intégré à son célèbre navigateur Chrome. Cette fonction permettrait en effet à la multinationale d’écouter les conversations privées se jouant devant l’écran d’un ordinateur, et ce, à l’insu des internautes, estiment-ils. Une accusation rejetée du revers de la main par la compagnie américaine, qui s’est défendue mercredi de pratiquer l’espionnage passif de sa clientèle.

« Vous serez soulagés d’apprendre que nous n’écoutons pas vos conversations — et que nous ne souhaitons pas le faire non plus, a indiqué une porte-parole de Google au quotidien britannique The Guardian. Nous voulons seulement donner la possibilité aux usagers de Chrome de faire des recherches avec des commandes vocales. »

Petite pause technique : le service a été baptisé « OK, Google ». Il permet d’effectuer des recherches en ligne en nommant des mots à voix haute plutôt qu’en les tapant sur un clavier. Les lignes de code pour cette reconnaissance vocale s’installent dans les récentes versions du navigateur et s’activeraient sans le consentement des internautes.

« Sans autorisation, le code de Google a téléchargé une “boîte noire” contenant du code qui — aux dires de l’entreprise — active le micro de l’ordinateur et peut écouter en direct ce qui se dit dans la pièce, écrit sur son blogue le fondateur du parti Pirate et entrepreneur suédois Rickard Falkvinge, un fervent défenseur des libertés individuelles dans les univers numériques. Cela signifie que votre ordinateur se fait alors furtivement configurer pour envoyer ce qui est dit dans la pièce à une tierce personne — une compagnie privée à l’extérieur du pays —, sans consentement ni connaissance de cette transcription audio déclenchée par une configuration inconnue et non détectable. »

M. Falkvinge dénonce au passage que cette installation se fait « par défaut » dans le navigateur et repose sur une « boîte noire » dont « on ne sait pas et ne peut pas savoir ce qu’elle fait ».
 

Un geste pour donner sa parole

Interpellé dans les univers numériques sur cette faille, Google a répondu en indiquant que la fonction de reconnaissance de la parole ne s’active pas sur le navigateur tant et aussi longtemps que l’internaute n’a pas indiqué dans les préférences qu’il le souhaitait, a indiqué un certain « mgiuca » sur l’espace en ligne de la multinationale consacré aux conversations portant sur la programmation et le code de ces applications. Une activation est nécessaire avant la mise en fonction du système de reconnaissance de la parole, confirme la porte-parole de Google au Guardian. « Pour utiliser la fonction “OK, Google” [et s’exposer par le fait même à une possible surveillance de ses conversations],  il faut choisir d’activer le module », a-t-elle indiqué.

En février dernier, la compagnie Samsung a fait face à des critiques similaires de la part des défenseurs de la vie privée. Dans la ligne de mire : sa Smart TV, téléviseur connecté à Internet, dont le système de reconnaissance de la parole permettait également d’écouter et de transmettre à la compagnie le détail de conversations privées tenues près de l’appareil. Une intrusion dont ne se cache pas Samsung. Sa politique de confidentialité précisait en effet : « Sachez que si vos paroles [lors de l’utilisation de ce service] contiennent des informations sensibles et personnelles, ces informations peuvent faire partie de celles enregistrées et transmises à un service tiers par le service de reconnaissance de la parole. »

L’entreprise coréenne s’était alors défendue d’encourager l’espionnage de sa clientèle et a rappelé que le service de commande vocale pouvait être désactivé par les personnes craignant de faire entrer des oreilles indiscrètes dans leur salon.

3 commentaires
  • Réal Desranleau - Abonné 25 juin 2015 06 h 38

    Big Brother

    Nous y sommes totalement

  • Yves Rousseau - Abonné 25 juin 2015 09 h 15

    Vie privée vs vice caché

    Avant, on «écoutait» la télé.
    Maintenant, la télé nous écoute, littéralement.

  • Pascal Barrette - Abonné 25 juin 2015 11 h 15

    La voix et la vue

    Au moins trois fois par semaine à exactement 2:00 h, mon enregistreur vidéo personnel (EVP) se gèle complétement. À chaque fois que je fais part à Rogers de ma frustration de ne pas pouvoir regarder en paix mes émissions enregistrées, on me répond que la désactivation de mon EVP sert à mettre à jour des logiciels et le guide des émissions. Mettre à jour des logiciels trois fois par semaine signifierait que les programmeurs sont pourris. Mettre à jour le guide des émissions trois fois par semaine est également peu probable. Les émissions ne changent pas à ce rythme. D'autant que lorsque j'appelle Rogers pour lui signaler des problèmes techniques, je lui rappelle à chaque fois que le titre du bulletin de 18:00 h de Radio-Canada n'est pas «Le Téléjournal Ontario» comme ne cesse d'afficher son guide, mais devrait être «Le téléjournal/Ottawa-Gatineau».

    Conclusion: Les téléchargements trois nuits par semaine servent à relever mes habitudes d'écoute. Je ne serais pas surpris d'apprendre un jour, comme ce semble le cas pour «la voix» de Google Chrome, que derrière la fenêtre teintée de mon EVP, dont le disque enextinguible tourne 24/24, se cache une caméra qui enregistre «la vue» de toutes mes allées et venues, de toutes mes tenues.

    Pascal Barrette, Ottawa