Le jeune pape du sourcing

Martine Letarte Collaboration spéciale
Sébastien Savard, spécialiste du sourcing
Photo: Annik MH De Carufel Sébastien Savard, spécialiste du sourcing

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Quel employeur ne rêverait pas d’avoir, pour ses postes-clés, quelques candidats prêts à tout quitter afin de venir travailler pour lui ? Pour y arriver, il faut opter pour le sourcing : dépister des talents de façon proactive, principalement dans les médias sociaux. C’est encore peu développé au Québec. Il n’a pas encore soufflé ses 30 bougies, mais Sébastien Savard, conseiller en ressources humaines agréé (CRHA), a fait du sourcing sa spécialité. Après quelques années dans de grandes entreprises, il vient de démarrer la compagnie Sourcinc avec son mentor, Pierre Leroux. Portrait d’un jeune entrepreneur qui a le vent dans les voiles.

Une fois son baccalauréat en relations industrielles en poche, Sébastien Savard s’est déniché un emploi de recruteur pour les magasins et les opérations chez Rona, à Boucherville. Un peu plus d’un an après son entrée en poste, le Cirque du Soleil est venu le chercher pour qu’il se joigne à son équipe de sourcing. Du jour au lendemain, il a dû commencer à dépister des talents aux quatre coins du monde pour les postes-clés du Cirque dans les domaines artistiques, techniques et administratifs. « Lorsque j’ai commencé à travailler, j’ai tout de suite été actif sur les médias sociaux, j’avais un intérêt pour le sourcing, mais je n’en avais pas fait énormément chez Rona, indique Sébastien Savard. Le Cirque était très avancé dans le domaine et m’a vraiment permis de développer mon expertise. »

Le sourcing est composé de deux grands volets : les méthodes de recherche et l’art de l’approche. « Il faut cibler les meilleures personnes pour des postes précis, puis les convertir en candidats », explique-t-il. Lorsque Sébastien Savard était au Cirque du Soleil, 40 % des embauches étaient réalisées par cette stratégie.

Il a joint les rangs de Keurig en 2013 pour créer une stratégie de sourcing et implanter les bassins de candidats prêts à venir pourvoir les postes-clés. Il l’a fait au Canada, puis il a ensuite développé l’équipe aux États-Unis.


Démarrage d’entreprise

Dans son expérience de travail à l’international, Sébastien Savard a compris que les firmes spécialisées en sourcing étaient de grands atouts. Or il n’y en avait pas au Québec.

« La grande différence avec les chasseurs de têtes, c’est que nous n’intervenons pas nécessairement pour pourvoir un poste, même si nous pouvons aussi réaliser le processus complet d’embauche, qui inclut la recherche, les premières approches, les entrevues et la sélection, explique M. Savard. Souvent, les gens des ressources humaines dans les entreprises ont besoin d’aide, particulièrement pour l’aspect recherche. C’est notre spécialité. Nous remettons des rapports complets à nos clients sur les personnes qui occupent le genre de poste visé dans une région donnée, leur profil, leur expérience, leur salaire, etc. »

Il voyait déjà le potentiel de se lancer en affaires lorsque Pierre Leroux, également CRHA, ex-vice-président ressources humaines chez Saputo, lui a dit qu’il souhaitait lancer avec lui une entreprise de sourcing. Il a plongé.

En quelques mois d’existence, Sourcinc a déjà des contrats à l’international.

« Nous avons l’intention de faire croître l’entreprise ; il y a un gros potentiel, affirme Sébastien Savard. Nous voulons faire de Sourcinc une firme différente de ce qui existe aussi en matière d’environnement et de conditions de travail pour aller chercher les meilleurs joueurs. Notre travail de recherche, nous pouvons le faire à toute heure du jour et de la nuit dans différents endroits, alors nous voulons offrir de la flexibilité. »

Profession en évolution

Sébastien Savard s’active aussi à l’Ordre des CRHA : il donne des conférences, rédige des articles et participe à des vidéos pour partager son expertise. « C’est important pour moi de travailler à amener la profession plus loin, de faire de la recherche et développement, d’être dans un processus d’amélioration continue », dit-il.

On parle de pénurie de talents depuis des années, mais, à ses yeux, on commence à la sentir, et cela ira de mal en pis. « Les ressources humaines deviendront vraiment un enjeu d’affaires comme le sont les finances et les ventes, croit-il. Comme professionnels, nous devons prendre le virage pour être de plus en plus impliqués dans les décisions d’affaires. Nous devons faire en sorte que les dirigeants d’entreprise nous considèrent comme de vrais partenaires. »

Sébastien Savard

29 ans

2009 Baccalauréat en relations industrielles à l’Université de Montréal

2009-2015 Employé chez Rona, le Cirque du Soleil et Keurig

2015 Lancement de l’entreprise Sourcinc avec Pierre Leroux