La chiropratique est entre de bonnes mains

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
C’est une déformation professionnelle, tous les chiropraticiens vous le diront : « Vaut mieux prévenir que guérir ». Cette préoccupation est au cœur de la chiropratique, une discipline qui mise sur la capacité du corps humain à se maintenir en bonne santé.
Photo: David De Lossy Thinkstock C’est une déformation professionnelle, tous les chiropraticiens vous le diront : « Vaut mieux prévenir que guérir ». Cette préoccupation est au cœur de la chiropratique, une discipline qui mise sur la capacité du corps humain à se maintenir en bonne santé.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ils sont docteurs chiropraticiens, ils sont jeunes, l’un est président de son ordre professionnel et l’autre en est la deuxième vice-présidente. Jean-François Henry et Danica Brousseau veulent faire connaître la profession au public et se tailler une place auprès des autres professionnels de la santé dans les équipes de soins.

Il y a encore une vingtaine d’années, on devait s’exiler au Canada, aux États-Unis ou ailleurs pour faire des études de chiropratique. En effet, pour exercer la chiropratique au Québec, tous les chiropraticiens doivent avoir terminé avec succès leurs études de doctorat de premier cycle. Il aura fallu attendre 1993 pour que soit créé un tel programme à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Et, encore aujourd’hui, c’est le seul endroit au Québec où l’on dispense cet enseignement ; on imagine donc le nombre important de demandes d’inscription pour cette formation contingentée. Standardisé de façon internationale, le programme de l’UQTR, comme tous les autres doctorats en chiropratique, est d’une durée de cinq ans et comprend 4969 heures de cours. L’obtention de ce diplôme est la première étape vers l’exercice de la chiropratique, puisqu’il est indispensable pour obtenir le permis d’exercice délivré par l’Ordre des chiropraticiens du Québec. Mais, au fait, qu’est-ce que la chiropratique ?

Parce qu’il vaut mieux prévenir

C’est une déformation professionnelle, tous les chiropraticiens vous le diront : « Vaut mieux prévenir que guérir ». Cette préoccupation est au coeur de la chiropratique, une discipline qui mise sur la capacité du corps humain à se maintenir en bonne santé. L’approche est à la fois préventive et curative, ayant pour objectif non seulement d’apporter un soulagement, mais aussi d’éviter de développer de la douleur liée à un mauvais fonctionnement de la colonne vertébrale. Le chiropraticien travaille à l’aide de manipulations articulaires spécialisées et d’ajustements chiropratiques. Au Québec, la profession compte plus de 1300 membres, dont Jean-François Henry et Danica Brousseau.

Démarrer une carrière

On peut dire que Jean-François Henry, docteur chiropraticien et président de l’Ordre des chiropraticiens du Québec, est tombé dedans quand il était petit et que la chiropratique fait partie de son ADN : « Mon parcours vers la chiropratique a commencé lorsque j’étais très, très jeune, pour la simple et bonne raison que mon père est chiropraticien et qu’il a gradué aux États-Unis en même temps que son frère et sa soeur. J’ai grandi avec la chiropratique et j’ai vu ses bienfaits. » Plus jeune, Jean-François Henry a quand même voulu prendre ses distances par rapport à la famille et s’est intéressé à autre chose. Il y a eu l’optométrie et les sciences physiques qui, pendant un bout de temps, l’ont intéressé, « mais je revenais toujours à la chiropratique ». C’est ainsi qu’en 1997 il obtient un diplôme de la même université que son père, le Cleveland Chiropractic College de l’Université de Kansas City.

Pour Danica Brousseau, docteure chiropraticienne et deuxième vice-présidente de l’Ordre, son parcours n’était pas tracé d’avance : « La chiropratique est ma deuxième carrière. Ça fait presque 10 ans que j’ai terminé mes études. J’ai commencé mes études universitaires en biologie médicale, à l’Université de Montréal, à l’époque où ça s’appelait encore sciences biologiques avec une orientation en sciences biomédicales. J’ai terminé en 1998, pour ensuite entamer des études de maîtrise en pharmacologie, que j’ai terminées en même temps que je commençais mon programme en chiropratique à l’UQTR, de 2000 à 2005. »

Malgré des parcours différents, les deux chiropraticiens vont exercer en clinique dès l’obtention de leur diplôme. Dans le cas de Jean-François Henry, il s’est tout naturellement joint à l’équipe de la clinique paternelle. L’aventure durera six ans. De son côté, Danica Brousseau s’est lancée tête première dans l’aventure, puisque, dès sa graduation, elle a ouvert une clinique avec un collègue de classe : « Nouvelle clinique avec deux nouveaux chiropraticiens, une clientèle à monter : c’était un beau défi d’affaires ! »

L’enseignement, une passion

« C’est toujours une chose qui mène à une autre, on ne planifie pas, et si vous m’aviez demandé, il y a dix ans, si j’allais être à l’université à temps plein, je vous aurais dit : “ jamais de la vie !  » Et c’est pourtant ce qui arrive aujourd’hui à Danica Brousseau, dont l’intérêt pour l’enseignement s’est manifesté dès son admission en chiropratique : « Je m’attendais à faire de l’enseignement à temps partiel et de la supervision clinique. C’est ce que j’ai fait au tout début : de 2006 à 2011, j’ai été chargée de cours à l’UQTR dans le programme de chiropratique, mais pas nécessairement au Département de chiropratique. Au départ, j’ai été embauchée par le Département de chimie-biologie directement en lien avec ma maîtrise. Graduellement, il y a eu des ouvertures dans le Département de chiropratique, où j’ai commencé à donner quelques charges de cours. Puis, en 2011, il y a eu l’ouverture d’un poste de professeur et je me suis dit : “ pourquoi pas ? ”. J’ai obtenu le poste et je suis donc à temps plein comme professeure clinicienne à l’UQTR. »

Après son expérience en clinique, Jean-François Henry souhaite se rapprocher du milieu universitaire. C’est alors qu’il retourne s’asseoir sur les bancs d’école pour faire une maîtrise en nutrition à l’Université de Montréal : « J’avais besoin de faire plus que seulement pratiquer, pour moi, la pratique, c’était bien, mais ce n’était pas encore l’atteinte de l’équilibre professionnel, et, pour moi, la nutrition constituait un volet tout à fait complémentaire de la chiropratique. Je me disais qu’avec ces deux outils j’étais en bonne position pour contribuer à la santé de la population. »

Toujours dans le but d’atteindre son équilibre professionnel, Jean-François Henry devient lui aussi chargé de cours à l’UQTR dans le Département de chiropratique et de chimie-biologie. « Pendant quatre ans, j’ai enseigné la nutrition clinique ainsi que les méthodes de recherche. »

Des chiropraticiens engagés

Danica Brousseau possède un don, celui de prendre au vol les occasions qui se présentent à elle. Sa nature entière la pousse à s’activer partout où elle passe, et voilà pourquoi on la retrouve aujourd’hui directrice du comité de programme de premier cycle au Département de chiropratique de l’UQTR : « Dans le fond, le comité de programme, c’est le comité académique qui assure le curriculum et le suivi du cheminement des étudiants. C’est un défi que j’aime bien parce que j’ai été membre du comité académique à trois reprises ; d’abord en tant qu’étudiante, en tant que chargée de cours et aujourd’hui comme professeure. J’ai baigné dans ce comité depuis presque 15 ans ! »

Pour ce qui est de son activité à l’Ordre des chiropraticiens du Québec, celle-ci remonte à ses années d’études dans l’association étudiante : « Pendant mes cinq ans à l’UQTR, j’ai été, pendant deux, trois ans, représentante aux affaires internes, donc la représentante des étudiants en chiropratique au sein de l’association générale des étudiants. C’est après que j’ai assumé la présidence de l’association pendant un an. » Voilà comment tout commence pour Danica Brousseau, qui n’attendra que deux ans avant de replonger : « Je ne pensais pas nécessairement m’impliquer si rapidement, mais c’est encore un concours de circonstances qui a fait qu’en 2007 j’ai tenté ma chance, stimulée par l’idée de la protection du public, de la rigueur d’exercice et aussi par la volonté de faire connaître la profession, étant donné que moi-même, quelques années auparavant, je n’avais aucune idée de ce que faisait un chiropraticien. » En 2007, elle est élue administratrice, puis, depuis 2009, elle occupe le poste de deuxième vice-présidente.

Danica Brousseau croit que la profession a de beaux jours devant elle : « Le mot-clé, c’est vraiment une meilleure connaissance de ce qu’on fait. On ne fait pas que dispenser des traitements contre les maux de dos, il y a aussi le volet préventif, la chiropratique sportive, familiale et aussi une chiropratique qui évolue du côté de la pédiatrie. Avec une plus grande visibilité, une définition claire de ce qu’est la profession et le vieillissement de la population, je vois un rôle de plus en plus important du chiropraticien au sein d’une équipe de soins. »

Pour sa part, Jean-François Henry a fait ses premiers pas au sein du CA de l’Ordre en 2008 et « ç’a été la catastrophe… dans le bon sens ! C’est là que j’ai trouvé la composante professionnelle qui me manquait et que je n’arrivais pas complètement à cerner jusqu’à ce moment-là, le volet d’administration et le volet de protection du public. Je me rends compte aujourd’hui que je peux intervenir sur deux plans auprès de la population. D’abord, sur le plan individuel, parce que j’exerce toujours comme chiropraticien dans le secteur privé, et sur le plan collectif, parce que maintenant j’ai un levier fantastique en tant que président de l’Ordre pour voir à la protection du public. » Pour lui, c’est cet impact collectif qui est le plus gratifiant : « Le rôle d’un président, c’est de voir à développer la stratégie de l’organisation et à optimiser les mécanismes de protection du public avec lesquels on peut contribuer à augmenter la confiance de la population envers les professionnels. »

Grâce à ces deux professionnels engagés, on peut affirmer que la chiropratique est entre de bonnes mains.