Julie Snyder se dit victime d’une vendetta

Julie Snyder est persuadée qu’on s’attaque à elle en raison de ses liens personnels avec Pierre Karl Péladeau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Julie Snyder est persuadée qu’on s’attaque à elle en raison de ses liens personnels avec Pierre Karl Péladeau.

« Moi aussi, j’ai le droit de gagner ma vie. » Julie Snyder, la productrice, est blanche de colère. Des changements proposés au crédit d’impôt pour la production télévisuelle dans le plus récent budget Leitão menacent carrément la survie de « sa » compagnie, les Productions J, affirme-t-elle. Si bien qu’elle envisage de poursuivre le gouvernement du Québec pour faire annuler cette mesure « discriminatoire », voire « sexiste ».

« Ça, c’est une formule anti-Julie Snyder », lâche-t-elle en entrevue au Devoir.

« Ça », ce sont les changements apportés au Crédit d’impôt remboursable pour la production cinématographique et télévisuelle, le 26 mars dernier, dans le budget. Une mesure passée inaperçue alors que le gouvernement Couillard se targuait d’avoir bonifié de nombreux crédits destinés à l’industrie culturelle. Une mesure qui a pour effet de retirer aux Productions J de précieux crédits d’impôt, au motif que l’entreprise n’est pas « indépendante », une bonne partie de ses productions allant à un seul et même client, soit TVA.

Le gouvernement libéral a supprimé des changements apportés dans les derniers jours du gouvernement de Pauline Marois, en 2014, et pour lesquels tant TVA que Productions J auraient longuement exercé des pressions, selon La Presse. Ces changements, effectués contre l’avis des fonctionnaires du ministère de la Culture, visaient à clarifier l’admissibilité de certaines compagnies de productions « liées » à des télédiffuseurs à ces crédits destinés aux producteurs indépendants. N’étant pas une filiale de TVA, Productions J maintient qu’elle devrait être considérée comme indépendante, et bénéficier de ce crédit. Mais les libéraux perçoivent les choses autrement, jugeant que l’entreprise productrice de La voix et de Star Académie jouit d’un certain avantage en raison de son « lien » avec TVA.

La compagne de quelquun dautre

Julie Snyder y voit une vendetta. Elle est persuadée qu’on s’attaque à elle non pas en raison de la position de chef de file des Productions J dans l’industrie — le crédit ayant été introduit pour créer et consolider une industrie de la production indépendante des télédiffuseurs —, mais en raison de ses liens personnels avec Pierre Karl Péladeau. Car elle a également d’autres clients. Pas plus tard que lundi soir, l’une de ses productions, un documentaire sur les 75 ans du droit de vote des Québécoises, était diffusée en première sur Télé-Québec, fait-elle valoir.

« Ce que fait le gouvernement, c’est d’insinuer que je ne suis que la conjointe de quelqu’un. Que si j’ai des contrats, c’est parce que je suis la compagne de quelqu’un d’autre. C’est super discriminatoire », dit-elle, larmes aux yeux.

L’entreprise n’a pas voulu dévoiler quel impact financier réel les changements annoncés pourraient avoir sur sa situation financière. À en croire Julie Snyder, il s’agit d’une question de vie ou de mort. Ces crédits représenteraient, au minimum, « plusieurs » centaines de milliers de dollars, a pour sa part laissé entendre Benoît Clermont, vice-président aux affaires juridiques et commerciales de l’entreprise.

Sans ces crédits d’impôt, les émissions produites par l’entreprise de Mme Snyder verraient leur facture enfler considérablement, perdant ainsi de leur avantage concurrentiel par rapport à celles d’autres compagnies de production aux yeux des télédiffuseurs.

« S’il faut que j’aille devant les tribunaux pour démontrer mon statut de productrice indépendante, je vais y aller. Si je veux que mon entreprise survive, je n’aurai pas le choix. Car elle est bel et bien indépendante. […] [Sinon] c’est quoi ? Soit je ferme ma compagnie, soit je me sépare de Pierre Karl. »

Définir l’indépendance

« Peu importe ce qui va m’arriver dans ma vie de femme, je suis et je serai toujours une productrice indépendante. […] Je suis considérée comme productrice indépendante par mon Association, par mes pairs. Tout le monde le reconnaît. »

Dans une lettre préparée en février 2014 — soit quelques semaines avant que le ministre péquiste des Finances Nicolas Marceau apporte les changements à la loi —, l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) affirmait en effet considérer les Productions J comme une entreprise « indépendante au sens des statuts et règlements de l’AQPM ». La directrice générale de l’organisme, Claire Samson, précisait toutefois que l’AQPM ne s’est jamais prononcée sur l’admissibilité des Productions J au programme du crédit à la production télévisuelle québécoise. « Il n’appartient pas à l’AQPM d’interpréter les lois fiscales », écrivait-elle.

Au moment de cette déclaration, Julie Snyder était séparée de M. Péladeau. Il s’est depuis lancé en politique québécoise, ils ont renoué et prévoient se marier prochainement.

Aujourd’hui devenue députée de la Coalition avenir Québec, l’ex-directrice générale de l’AQPM ne partage pas le point de vue de Mme Snyder. « Je ne crois pas qu’on s’attaque à elle personnellement avec ces changements […]. La situation présente entre Productions J et TVA est particulière. »

Du côté du gouvernement de Philippe Couillard, on se défend bien d’avoir ciblé spécifiquement l’entreprise de Mme Snyder, même s’il s’agirait de la seule à subir les impacts de ces changements. Québec a procédé à ces modifications pour « assurer l’équilibre qui existait auparavant, afin de protéger les producteurs indépendants », a indiqué une porte-parole du ministre Leitão, Andrée-Lyne Hallé.

De son côté, le Parti québécois soutient que Productions J devrait demeurer admissible au crédit d’impôt. « L’admissibilité de l’entreprise doit être déterminée par des critères objectifs. Pas selon qui sort avec qui », a affirmé une porte-parole du caucus péquiste, Antonine Yaccarini.

Julie Snyder, elle, promet d’aller jusqu’au bout pour assurer le rétablissement de ces précieux crédits.

«Ce que fait le gouvernement, c’est d’insinuer que je ne suis que la conjointe de quelqu’un. Que si j’ai des contrats, c’est parce que je suis la compagne de quelqu’un d’autre. C’est super discriminatoire.»

La productrice Julie Snyder
29 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 28 avril 2015 02 h 13

    On dirait quasiment que c'est ça

    Ça ressemble bien à la mentalité des libéraux. On savait qu'ils allaient faire flèche de tout bois pour empêcher PKP d'avancer par ce qu'ils savent qu'il a le potentiel pour mener le Québec à l'indépendance.

    Ils vont tout faire pour y arriver, prendre tous les moyens, la fin le justifiant à leurs yeux. Et ici c'est clair, s'attaquer à Julie...

    Vous êtes bien bas les libéraux. Bien bas...

    • Robert Beauchamp - Abonné 28 avril 2015 19 h 49

      Coullard prend la peine d'annoncer qu'il a tenu compte de l'opinion des autres producteurs. Allons donc! Ce faisant il s'est immiscé en favorisant les plaignants concurrents.
      Bien bas en effet. Je pense qu'on n'a pas tout vu.

  • Yves Côté - Abonné 28 avril 2015 02 h 30

    Préparez-vous au pire, Madame.

    Mais rien n'arrête les Canadiens anti-Québec, Madame Snyder...
    Ce que d'autres ont connu est maintenant à votre porte.
    Dans votre lutte, préparez-vous donc au pire, Madame.
    Et surtout, bon courage !

    • Jacques Boulanger - Inscrit 30 avril 2015 11 h 44

      « Mais rien n'arrête les Canadiens anti-Québec », je dirais plutôt : les Québécois anti-Québec puisque le fédéral reconnaît les productions J.

  • Gaston Bourdages - Abonné 28 avril 2015 03 h 43

    Sommes-nous, payeurs.euses de taxes et d'impôts....

    ...du Québec devant une flagrante et si éloquente situation de justice sociale et de justice fiscale ? Je suis porté à croire que «si». Et si la question était posée à madame Snyder, une fois les émotions passées ? Enfant, j'entendais assez souvent que nous devions nous abstenir de «gros mots». À 71 grisonnants printemps, je trouve «gros» les quatre mots: «justice sociale, justice fiscale». Et si nous prenions le temps nécessaire pour savoir ce qu'ils veulent dire, veulent exprimer ?
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 avril 2015 04 h 59

    … Julie !

    « Julie Snyder, elle, promet d’aller jusqu’au bout pour assurer le rétablissement de ces précieux crédits. » (Philippe Orfali, Le Devoir, Le Devoir)

    Bien que la fiscalité soit un monde mécompréhensible, et compte tenu de ce qui est décrit dans cet article, la seule chose qui puisse être dite, c’est de souhaiter bonne chance à Julie dans ses démarches de réappropriation de crédits d’impôt pour son entreprise qui mérite de sur-vivre !

    Du Québec, on t’aime …

    … Julie ! - 28 avril 2015 -

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 28 avril 2015 05 h 06

    Mi-Figue, Mi-Raisin...

    Je comprends la frustration de mlle Snyder de se faire dire entre les lignes du budget que son succès est entièrement tributaire de celui de son conjoint. Julie bosse très fort pour produire des shows dont se régale la masse.

    Or, ma "devil twin sister" à un autre discours. Ça l'a tjs franchement écœurée que prod. J soit considérée "indépendante" de Québécor, depuis que PKP brigue le poste d'Empereur du Qc. Lorsqu'elle a reçu Subban au banquier, elle y allait de gags du genre: "moi aussi j'ai mon PK, heu! Heu! Heu!" ou " je peux en parler au député de St-Jérôme heu! Heu! Heu! ". Ce sont les seules 12 min que j'ai vu de son show ricain tape à l'oeil.

    Pire encore, on parle de vente de cartes de membres du PQ, et c'est une photo de Julie avec un inconscient que l'on voit. Elle fait la Femme Moderne Indépendante, mais est soudée à la carrière de son mari, ds les faits!

    En + que la loi à été modifiée qd ils étaient " séparés": " divise afin de mieux régner", tel disait Machiavel! PKP n'avait pas encore levé le poing, mais il flirtait au bout, au bout avec Pauline et j'avais moi-même proclamé son bond ds le PQ, qd il a dit remettre les renes de Quebecor, tout en en restant l'actionnaire principal, pour se livrer à la " philanthropie"!!! Snyder savait très bien ou allait son promis et Pauline s'est chargée de protéger l'entreprise de sa riche copine un peu "féminazie" ( "Toutes des Folles!!!"), alors que zéro langue sale pouvait médire, vue cette récente ( stratégique et temporaire) rupture.

    Pour notre Paysage Culturel, les Prod J en sont les sables bitumineux! Je suis aussi révoltée que si un 1 er ministre créait enfin une loi "Anti-Harper" nous privant de cette Lucrative Industrie dont tous profitent!

    Et, "question de vie ou de mort", des minis centaines de milliers de $, pour prod J; pousse, mais pousse égal! La hausse de l'Hydro me fait bp plus mal, mais c'est sur que ce n'est pas une mesure Anti-Catherine Bouchard et elle n'est pas "sexiste"!

    • Serge Morin - Inscrit 28 avril 2015 09 h 28

      Ceux là
      sont unanime dans leur haine
      et cette haine réjouit
      et démontre la grandeur de leur frayeur

    • Sylvain Rivest - Abonné 28 avril 2015 13 h 21

      @Catherine Bouchard
      Avez-vous déjà participé à une manifestation pour exprimer votre indignation pour les hausses de tarif qui vous font mal?

      Êtes-vous indigné d`être gouverné par des gens qui ont trempé dans des magouilles qui nous ont coûté des milliards de dollars pendant 10 ans?

      Ça ne vous dérange pas de voir que le PLQ détruire nos services publics pour nous livrer aux requins du privé?

      Pour la question de "vie ou de mort", la différence est peut-être due au fait qu'ELLE se tient debout contrairement à la majorité de la population qui s'écrase et se laisse intimider.

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 28 avril 2015 18 h 34

      M. Rivest, écrire des commentaires ds ce journal, et très souvent contre ces libéraux que je ne crois pas chérir plus que vous, est ma protestation.

      J'y mets beaucoup de temps, minimum 2 heures presque chaque jour.

      J'en écris autant que les lecteurs peuvent en supporter.

      Je crois que JE me tiens aussi debout même si j'écris ds un confortable divan et ne traine pas le gouvernement devant les tribunaux!

    • Sylvain Rivest - Abonné 28 avril 2015 21 h 37

      En fait madame Bouchard, ce qui m'agace le plus, dans le ton, de plusieurs est de faire comme si nous devions quémander.

      Pourquoi lorsque quelqu'un se lève pour les exiger des services, une subvention, un salaire descent, une rente, une éducation abordable, un toit... il y a toujours plein de gens pour lui dire de se la fermer?

      On dirait que les gens préfère engraisser une minorité au détriment de l'équité!!!!

      Il est temps qu'on évolue comme société.. ça presse.

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 29 avril 2015 14 h 04

      M. Rivest, je ne crois pas mériter d'etre l'objet de vos griefs.

      Premièrement, mme Snyder fait plutôt partie de cette minorité qui se fait engraisser au détriment de l'équité.

      Ensuite, je ne lui ai jamais dit de se la fermer. Relisez le premier paragraphe de mon commentaire d'ailleurs intitulé " mi-figue, mi-raisin", qui signifie, ni bon, ni mauvais au cas ou vous l'ignoriez.

      en espérant sincèrement que mon ton vous convienne cette fois.

      Joyeux Printemps et Bon Été!

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 29 avril 2015 14 h 21

      M. Morin, j'ai bien hâte de vous voir composer vous-même vos propres commentaires, plutôt que de sembler chercher les miens, même qd je fais exprès de les faire après tous pour espérer pouvoir dire enfin mon opinion sans qu'on me rabaisse ou qu'on me discrédite sauvagement, pour me répondre un petit épigramme facile et mal-à-propos, qui semble justement bp réjouir ceux qui me haïssent.

      Alors dites-moi, car je commence à me poser des questions sur votre fixation sur moi. Êtes- vous amoureux d'une drôle de manière, ou vous vous êtes donné comme mandat d'etre le Gengis Khan de toute la clique à qui, selon vos mantras, j'inspire une Grande Frayeur?