L’ASSÉ regarde vers l’avant

Maxence L. Valade, attaché de presse intérimaire de l’ASSÉ, en compagnie de la porte-parole intérimaire de l’association étudiante, Hind Fazazi. Un conseil exécutif intérimaire sera élu jeudi et un tout nouvel exécutif entrera à la fin du mois.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Maxence L. Valade, attaché de presse intérimaire de l’ASSÉ, en compagnie de la porte-parole intérimaire de l’association étudiante, Hind Fazazi. Un conseil exécutif intérimaire sera élu jeudi et un tout nouvel exécutif entrera à la fin du mois.

La démission retentissante, cette fin de semaine, des membres de son exécutif n’ébranle pas la confiance de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), qui appelle à poursuivre la lutte contre l’« austérité ». Une lutte qui pourrait s’échelonner jusqu’à l’automne, soutient la porte-parole intérimaire de l’association lors d’une entrevue avec Le Devoir.

« Je pense que l’ASSÉ sort plus forte. À l’interne, il y a un sentiment d’union rarement vu récemment. Je suis triste qu’on dise qu’il y a eu des chicanes internes, comme si c’était négatif », affirme Hind Fazazi, au terme du congrès mouvementé de l’association étudiante qui s’est déroulé ce week-end à Salaberry-de-Valleyfield.

Les tiraillements internes ont débuté la semaine dernière, lorsque l’exécutif de l’association a publié un texte de réflexion proposant un « repli stratégique ». Les signataires de la lettre ont soulevé la possibilité de suspendre le mouvement de grève en cours pour poursuivre la lutte à l’automne prochain, aux côtés des syndicats de la fonction publique.

Cette prise de position a suscité la grogne de plusieurs militants, qui auraient préféré que cette idée soit débattue au sein des instances de l’ASSÉ avant de surgir sur la place publique. Samedi, tous les membres de l’exécutif ont choisi de démissionner, y compris la porte-parole de l’ASSÉ, Camille Godbout. Les militants réunis en congrès ont malgré tout choisi de les destituer « symboliquement » par la suite.

« C’était pas trop une lettre de réflexion. Ça sonnait appel, ça sonnait mot d’ordre. Ça n’a pas du tout été apprécié par les assos, qui voulaient choisir ce qu’elles allaient faire le 4 et le 5 [avril] », raconte Mme Fazazi, une étudiante en philosophie à l’Université de Montréal, qui a été nommée temporairement pour remplacer Mme Godbout à titre de porte-parole. Elle quittera ce poste dès mardi.

Dans le plan d’action adopté lors du congrès, l’association souligne que « la diversité d’opinions et une conflictualité constructive sont valorisées au sein de l’ASSÉ. […] Toutefois, le ton et le momentum de publication du dernier texte n’ont pas été appréciés. » Les membres ont d’ailleurs adopté une motion condamnant ce qu’ils qualifient d’agissements « contraires aux structures de démocratie directe ».

La porte-parole, Hind Fazazi, refuse toutefois de parler d’une crise au sein de l’ASSÉ. « Je ne pense pas que c’est une bonne analyse de dire qu’il y avait une chicane à l’interne. Il y avait une saine dissension et je pense que c’est important de souligner que l’ASSÉ est unie, même si elle n’est pas homogène. »

Sur sa page Facebook, l’ancienne secrétaire aux relations internes du conseil exécutif, Virginie Mikaelian, a pourtant dénoncé la teneur des échanges qui ont précédé son départ. Dans un long message, elle déplore « cette mauvaise foi qui déshumanise complètement ceux et celles qui se donnent corps et âme au sein des structures de l’ASSÉ. Celle qui invisibilise notre travail. Celle qui nourrit la haine que j’ai lue toute la semaine dans vos différentes conversations Facebook. »

Un conseil exécutif intérimaire sera élu jeudi, lors d’un conseil central extraordinaire, et un tout nouvel exécutif entrera en poste à la suite du congrès annuel, les 25 et 26 avril prochains.

Nouvel appel à la mobilisation

Entre-temps, l’ASSÉ entend poursuivre la lutte de plus belle. Au cours de la fin de semaine, elle a réitéré son appel à la grève, tout en précisant que sont les associations membres qui décideront de la suite des choses. Plusieurs d’entre elles devront décider ce mardi si elles reconduisent ou non leur mandat de grève.

Plusieurs rassemblements sont prévus au cours des prochaines semaines, à commencer par une manifestation « action-climat » le 11 avril et une « grève sociale » le 1er mai. D’autres événements visant à mettre de l’avant plusieurs revendications différentes sont prévus jusqu’au mois d’août. L’ASSÉ a également annoncé son intention de perturber le congrès du Parti libéral du Québec en juin. Sur le fond, toutefois, rien ne change. La lutte contre les mesures d’« austérité » du gouvernement Couillard, notamment en santé et en éducation, et l’exploitation des hydrocarbures sont toujours dans la mire des étudiants.

« La lutte contre les mesures d’austérité, ça nous étonnerait que ce soit une lutte de courte durée, souligne Mme Fazazi.On pense que c’est une lutte qui va s’échelonner dans le temps. […] C’est sûr qu’à l’automne on va être encore là. »

Mais comment espérer des gains concrets avec une liste de revendications aussi longue ? « Dites-vous bien que l’esprit de cette grève-ci n’est pas celui d’une grève étudiante. C’est tout à fait différent de ce qui s’est passé en 2012. C’est une grève qui se veut sociale, insiste la porte-parole. Ce n’est pas de réclamer l’abolition de la hausse des droits de scolarité de 1625 $ [comme en 2012], d’atteindre l’objectif et d’arrêter de faire la grève. C’est quelque chose de dynamique. Nous sommes attentifs aux négociations des syndicats et nous sommes sensibles au pouls. Nous ne sommes pas aveugles. »

Grève générale illimitée en sciences humaines à l’UQAM

Piqués au vif par les menaces d’expulsion qui pèsent contre neuf étudiants de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les membres de l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH) de l’établissement ont déclenché lundi une grève générale d’une durée illimitée.

Près de 700 des 5200 membres en règle de l’AFESH ont participé à l’assemblée générale de grève qui s’est tenue lundi dans une église du Plateau-Mont-Royal. Le vote tenu lundi a pour effet de prolonger pour une durée « illimitée » le mandat de grève que détenait déjà l’AFESH. Outre les menaces d’expulsion prononcées par le conseil exécutif de l’établissement envers neuf étudiants au cours des dernières semaines, les étudiants dénoncent l’austérité, les hydrocarbures et le recours aux injonctions. L’AFESH souhaite aussi limiter les pouvoirs des gardiens de sécurité de l’établissement en les empêchant de séquestrer, toucher et menotter des étudiants.

Les étudiants en sciences humaines invitent maintenant leurs collègues des autres facultés à leur emboîter le pas.

Peu après la fin de l’assemblée, vers 20 h, une manifestation ayant rassemblé plusieurs dizaines de personnes a eu lieu au centre-ville. La police a fait usage d’irritants chimiques aux environs de 20 h 45 pour disperser la foule.

 
Philippe Orfali
13 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 7 avril 2015 00 h 12

    Excellent!

    Ca fait un bien énorme de voir les jeunes se mobiliser pour une cause qui leur tiens à coeur! Ils montrent déjà beaucoup plus d'enclin, selon moi, à se mobiliser contre le démantèlement de l'État imposer par Couillard et le PLQ (qui n'en a pas dit un seul mots en campagne électorale en passant) que la plupart des gens. Il faut cesser le statu-quo, la stagnation et rétablir un rapport de force en faveur du peuple! Vous n'êtes pas tanné de payer pendant que l'or dors bien à l'abrit dans des abris fiscaux au chaud?

    Par ailleurs ces chiffres sont inexactes, nous étions bien au dessus de 1100!

    Bonne journée à tous,

    G.Cyr

  • Gilles Théberge - Abonné 7 avril 2015 00 h 21

    On raconte...

    Qu'Alexandre Le Grand était en route pour conquérir ce qui restait à conquérir du monde connu de son époque. Sauf qu'à un moment donné les soldats lui ont dit on en a marre, on veut rentrer à la maison. ( Dans:Toute l'histoire du monde de Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot).

    Prenant conscience que ses troupes risquaient de faire défection, il se ravisa et retourna à Rome.

    Et comme le dit l'adage, on peut conduire le cheval à la rivière, mais on ne peut pas le forcer à boire.

    Je soutien l'engagement des étudiants. Mais je ne suis pas pour le suicide politique du mouvement par un jusqu'auboutisme stérile...

  • Denis Paquette - Abonné 7 avril 2015 00 h 45

    Plus ça change plus c'est pareille

    Si le gouvernement retarde par interets a donner aux étudiants un statut convenable, je les sais capables de se le donner eux memes, ce ne serait pas la premiere fois, j'ai en mémoire des texte du journal étudiant le campus Université de Montreal qui deja dénoncait ce laxique de la part du gouvernement, j'ai en souvenir des débat épiques qui se finissaient toujours a la Hutte suisse plus ca change plus c'est pareille

  • Gaétan Ouellette - Inscrit 7 avril 2015 04 h 51

    attentif aux negociation des syndicats

    ca veut tout dire attentif aux negociations syndicale
    allez au front pour nous
    ben plus facile de mobiliser les etudiants
    nous sommes pas aveugles ca jen suis pas certain

  • Michel Lebel - Abonné 7 avril 2015 07 h 42

    Vraiment!

    De quoi est la une de médias aujourd'hui même et durant le long congé de Pâques! Bien voyons, d'une nouvelle hyper-importante, soit la réunion du comité exécutif de l'ASSÉ!! L'accord sur le nucléaire iranien signé à Genève, le conflit au Yemen, le discours du pape pour Pâques, tout cela, c'est de la très petite bière comparée au nectar de l'ASSÉ! Provincialisme, quand tu me tiens!

    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 7 avril 2015 10 h 19

      Pour ce qui est du provincialisme... en quoi le discours d'un évêque a-t-il la moindre influence sur nos vies?
      Et je vous ferais remarquer que toues les autres sujets ont aussi droit à un article.

    • Gilles Théberge - Abonné 7 avril 2015 10 h 28

      Si c'est une information insignifiante, pourquoi vous donner la peine de la commenter?

    • Michel Lebel - Abonné 7 avril 2015 11 h 11


      Ce que je constate et critique, c'est l'importance tout à fait démesurée accordée à une réunion de l'exécutif d'une association étudiante. Tout de même! Ce qui dénote un provincialisme ou nombrilisme chez certains! Il faut garder un sens des proportions dans le traitement de l'information! Plusieurs médias semblent en manquer!


      Michel Lebel

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 7 avril 2015 11 h 21

      Provincialisme

      Monsieur Lebel a toujours le mot pour rire.

      Le discours du pape pour Pâques, ce n’est pas de petite bière, c’est du vin de messe.

      Ce n’est pas parce que les médias nous parlent de ce qui se passe dans notre propre cour qu’ils ne font pas preuve d’ouverture sur le reste du monde.

      C’est à se demander qui porte des œillères ici.

    • Michel Lebel - Abonné 7 avril 2015 12 h 45

      @ M.Chalifoux,

      Tant mieux si je vous faire rire! Rien de mieux pour sa journée qu'un pinte de bon sang! Puis-je vous recommander de porter très attention aux principales interventions du pape François. Je vous assure, c'est du très bon vin, et il ne coûte pas cher!

      M.L.