La Fiducie, secouée par la restructuration gouvernementale

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La Fiducie s’affaire sur deux tableaux à la fois : elle offre du capital patient aux entreprises d’économie sociale dans un premier temps. Dans un deuxième temps, elle s’applique à travailler pour créer un environnement favorable pour les entreprises et s’engage dans la mise en place d’autres produits financiers qui répondent à des besoins spécifiques.
Photo: Fiducie du Chantier de l’économie sociale La Fiducie s’affaire sur deux tableaux à la fois : elle offre du capital patient aux entreprises d’économie sociale dans un premier temps. Dans un deuxième temps, elle s’applique à travailler pour créer un environnement favorable pour les entreprises et s’engage dans la mise en place d’autres produits financiers qui répondent à des besoins spécifiques.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Fiducie du Chantier de l’économie sociale travaille en étroite collaboration avec ses partenaires qui évoluent dans les différents milieux de vie du Québec. Elle fournit le coup de pouce financier utile et nécessaire, une fois que les centres locaux de développement (CLD) et les autres développeurs locaux ont cerné les priorités en matière d’essor socioéconomique. Mais voilà qu’elle doit revoir ses modes de fonctionnement dans une province chamboulée, en quête d’équilibre budgétaire.

Le gouvernement libéral a mis la hache dans certains mécanismes de gouvernance des régions administratives, ce qui complique actuellement la tâche des gestionnaires d’organismes comme la Fiducie, ce que laisse savoir son directeur général, Jacques Charest ; il pose ce regard sur l’économie sociale au Québec : « Elle se porte bien parce qu’on a de plus en plus de projets ; plusieurs de ceux-ci sont de plus grande envergure. On est paradoxalement face à un grand défi qui nous attend, qui est celui de toute la restructuration qui se passe présentement, notamment sur le plan des CLD. »

Il pose le constat que cette économie a obtenu une reconnaissance officielle par l’adoption de la loi 27 en 2013, ce qui raffermit son existence et sa croissance, mais il y a un maillon important de celle-ci qui est remis en question actuellement : « L’économie sociale est innovante ; elle se base sur le réseautage et sur la concertation, qui est la base du développement de notre propre réseau. Il va donc falloir qu’on se réorganise, et, dans le contexte politique actuel, on fait face à cette restructuration au même titre que l’économie sociale elle-même et que les entreprises privées. »

Il résume : « On est sur un élan, ça va bien, on a une loi qui nous reconnaît, mais on se retrouve avec une partie de notre écosystème qui est ébranlée ; il va falloir qu’on travaille là-dessus. »

Un prêteur, mais encore…

La Fiducie s’affaire sur deux tableaux à la fois : elle offre du capital patient aux entreprises d’économie sociale, dans un premier temps. Depuis 2007, elle a investi dans près de 130 d’entre elles sur l’ensemble du territoire québécois ; en 2013 seulement, elle a injecté 7,4 millions dans une vingtaine d’entreprises de ce type.

Dans un deuxième temps, elle s’applique maintenant à jouer un rôle plus complémentaire, comme le démontre M. Charest : « Celui-ci est aussi important et il est appelé à prendre de l’ampleur. Il consiste à travailler pour créer un environnement favorable pour les entreprises ; on ne s’arrête pas seulement à investir les fonds dont on dispose, mais, à la suite des consultations et des demandes qui nous sont adressées, on s’engage dans la mise en place d’autres produits financiers qui répondent à des besoins spécifiques. »

En fait, « on sert d’intermédiaire auprès des investisseurs, qui peuvent être des fonds de travailleurs, des fondations ou des investissements privés, pour être en mesure de déterminer le bon produit qui correspond à la situation réelle ». Il fait ressortir que, dans un contexte de croissance, « les demandes de financement deviennent de plus en plus complexes ; les montants sont plus importants et on doit attacher des fils plus nombreux. Encore une fois, je ne cacherai pas que c’est plus compliqué avec ce qui se passe présentement sur le plan de la restructuration. »

Il y a aussi le fait que la Fiducie est fréquemment engagée dans des dossiers spécifiques à une économie de ce type : ceux-ci requièrent que cinq ou six investisseurs ou pourvoyeurs de fonds soient assis autour de la table pour cerner tous les enjeux en présence : « C’est ce qui fait notre force. »

Les points majeurs à l’ordre du jour

La Fiducie se préoccupe présentement de décentralisation et de relève ou transfert d’entreprise. Jacques Charest cerne les priorités actuelles, outre celles déjà mentionnées : « On veut s’assurer qu’on sort des grands centres. Pour ce qui est de la relève, on a travaillé sur quelques cas qui étaient liés à des services de proximité dans les villages. On planche aussi sur d’autres projets de relance d’entreprises pour lesquelles le moment est venu d’envisager une remise en question de la mission ; on doit les voir différemment pour qu’elles continuent d’exister en harmonie avec leur milieu et leurs partenaires. » Ce type d’intervention est essentiel pour une région et il interpelle et intéresse particulièrement le directeur général.

Jacques Charest revient sur le dossier prioritaire qui figure actuellement dans les cartons de la Fiducie et qui est largement tributaire de la disparition des CLD : « On travaille beaucoup avec ceux-ci, on intervient sur l’écosystème avec tout un réseau de partenaires. De notre côté, on est une petite équipe qui ne peut pas recréer les choses mais qui doit compter sur le développement local. »

Il considère « qu’il ne faut pas voir le travail accompli par les CLD comme quelque chose de non pertinent parce que ce n’est pas de l’investissement : leur travail, c’est la base même, parce qu’il faut développer les projets avant d’en arriver à les financer ; le financement d’entreprise, ça ne se résume pas à émettre un chèque. »

Il se montre tout de même confiant devant la tournure des événements : « Il va y avoir une restructuration, parce que la volonté des gens de développer leur localité demeure. Il reste à voir comment on va travailler avec ces nouvelles structures qui seront mises en place, pour ne pas multiplier les interventions. »

La Fiducie doit du même souffle poursuivre son mandat d’investissement, « tout en se tournant vers des fonds plus spécifiques. Comment doit-on continuer à innover dans les produits financiers par rapport aux demandes précises qui nous sont adressées ? Quand notre produit n’est pas adapté à la demande, il importe de le revoir et de le remodeler pour arriver avec nos partenaires financiers à déposer une offre profitable à un secteur donné. »