Mettre en réseau l’innovation en économie sociale

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Comme son nom l’indique, TIESS est aussi préoccupé par le développement des territoires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Comme son nom l’indique, TIESS est aussi préoccupé par le développement des territoires.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Qu’en est-il de la recherche dans le domaine de l’économie sociale ? Et des connaissances acquises sur le terrain ? Comment faire pour que ces connaissances et ces expériences puissent être partagées et transférées ? C’est le mandat que s’est donné Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS).

Cette organisation, reconnue et soutenue financièrement par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations depuis 2013, est un organisme de liaison et de transfert en innovation sociale (OLTIS) et son champ d’intervention est l’économie sociale et l’entrepreneuriat collectif.

« Au début des années 2000, les praticiens et les chercheurs en économie sociale étaient regroupés dans deux organisations, l’Alliance de recherche universités-communautés en économie sociale et le Réseau québécois de recherche partenariale en économie sociale, explique Vincent Van Schendel, le directeur général de TIESS. Ces deux organismes, qui étaient financés par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, ont perdu leur financement en 2010 et ont dû mettre fin à leurs activités. Par contre, un réseau informel a subsisté. Lorsque le gouvernement québécois a signifié en 2011 son intention de créer un nouvel OLTIS, c’est ce réseau informel qui s’est organisé et qui a proposé la création de TIESS, car nous avions alors, et avons toujours, la conviction que l’économie sociale a besoin d’un organisme de liaison et de transfert. »

Triple mandat

TIESS s’est doté d’un triple mandat qui se résume en trois mots : liaison, veille et transfert. « Notre première préoccupation, celle sur laquelle nous avons consacré une bonne part de nos efforts depuis notre création, a été celle de la liaison. Il fallait d’abord mettre en place un réseau d’acteurs du domaine de l’économie sociale. Notre choix a été de travailler à la fois avec les chercheurs et avec les organisations sur le terrain. »

TIESS compte aujourd’hui trois partenaires et environ 75 membres. Les trois partenaires sont le ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, une fondation privée (la Fondation McConnell) et le Fonds de Solidarité FTQ. Les membres proviennent d’organismes promoteurs, comme le Chantier de l’économie sociale, de collèges et universités, d’organismes de recherche en milieu collégial et universitaire, d’organisations de l’économie sociale et solidaire, du milieu municipal, avec la Fédération québécoise des municipalités, d’organisations syndicales, comme la CSD, la CSN et la FTQ, et d’organisations de finance solidaire, telle la Caisse d’économie solidaire Desjardins.

« D’autres organismes et organisations se rajoutent et se rajouteront. Il est important de faire travailler ensemble le plus grand nombre de personnes et d’organisations possible, même si elles n’ont pas toutes le même but et qu’elles évoluent dans des contextes différents. L’innovation consiste souvent à mettre ensemble ce qui, à première vue, n’a pas l’air d’aller ensemble. De plus, les grandes innovations sociales sont souvent le résultat d’un travail d’ensemble. »

Veille et transfert

Le second mandat de TIESS est celui de la veille. « Par veille, nous n’entendons pas seulement une veille traditionnelle, où une personne assise devant un ordinateur répertorie des informations. La veille que nous mettons en place repose plutôt sur les membres de notre réseau et les organisations sur le terrain. Inutile de tout refaire, nous travaillons à partir de ce qui existe déjà. Nous avons créé des antennes régionales qui, en plus de favoriser le réseautage sur leur territoire, ont aussi un mandat de veille. Ce sont elles qui vont nous rapporter ce qui émerge chez elles. Quelles sont les initiatives intéressantes ? Est-ce que nous sommes les seuls ou est-ce que ça se passe aussi ailleurs ? Est-ce que ces initiatives peuvent être utiles pour d’autres ? Plusieurs expériences sur le terrain passent inaperçues parce qu’elles ne sont pas documentées. La veille que nous mettons en place va permettre de les repérer, de les documenter et ensuite de les valider. »

Une fois cette tâche accomplie, le troisième mandat, celui du transfert, entre en jeu. « La première question qu’on doit se poser est “ comment faire circuler cette information sans qu’elle soit noyée dans la mer d’informations qui nous entoure ? ”. Ensuite, la seconde question est “ comment faire circuler cette information afin qu’elle soit utilisable ? ”. Il faut donc trouver une formule et des façons de faire, ce à quoi nous travaillons présentement. Il faut aussi tenir compte du fait qu’une solution mur à mur ne fonctionne pas en ce qui concerne le transfert en innovation sociale. L’image qui me vient en tête est celle de la bouture végétale. On la place sur la plante hôtesse, mais la bouture devra s’adapter à la plante et à l’environnement de cette dernière. C’est un peu la même chose en innovation sociale. »

Développement des territoires

Comme son nom l’indique, TIESS est aussi préoccupé par le développement des territoires. « Le prochain événement que nous organisons est un forum qui aura lieu à Nicolet, le 14 mai, et qui devrait réunir entre 200 et 300 personnes. Le thème de ce forum tournera autour des façons possibles de développer ensemble les territoires. » Mais qu’est-ce qu’un territoire ? « Par territoire, nous n’entendons pas uniquement les territoires en région. Par territoire, nous entendons un espace habité par des gens et des organisations qui structurent cet espace selon leurs besoins. Et nous croyons fermement que le développement d’un territoire et la prospérité qu’il peut amener nécessitent la participation de la société civile et l’apport de l’entrepreneuriat collectif. C’est souvent une initiative de la société civile et de l’économie sociale qui sert de moteur au développement d’un territoire. L’économie sociale peut et doit influencer les politiques publiques dans le but, évidemment, de les améliorer. »