Les groupes de femmes écopent

Réginald Harvey Collaboration spéciale
« Il y aura en région un manque de la contribution des connaissances en condition féminine sur le plan des décisions politiques touchant le développement social, économique et culturel; une expertise se perd », explique la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi.
Photo: Gunther Gamper « Il y aura en région un manque de la contribution des connaissances en condition féminine sur le plan des décisions politiques touchant le développement social, économique et culturel; une expertise se perd », explique la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée de la femme

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) forme de nos jours un mouvement diversifié au sein duquel est regroupée toute une panoplie de groupes de femmes du Québec. Pour sa part, le Réseau des tables régionales de groupes de femmes du Québec réunit des membres en provenance de 17 régions administratives. Ces gens-là sont malmenés par la gouvernance actuelle.

Alexa Conradi occupe la fonction de présidente de la fédération depuis 2009 et quittera son poste en 2015 après avoir rempli trois mandats. Quel regard pose-t-elle aujourd’hui sur ce mouvement historique ? « On se donne les moyens pour être toujours à l’affût et à l’avant-plan des enjeux que rencontrent les femmes. Nos membres se diversifient au fil des années. »

Que sont-ils devenus ? « Au tout début, ils venaient d’une certaine classe sociale et d’un certain milieu. Maintenant, ils sont en provenance de toutes sortes de classes et leurs origines sont multiples. Il y a des femmes hétérosexuelles et d’autres qui sont lesbiennes ; les âges sont variables. Il y en a qui oeuvrent dans des milieux très différents : certaines travaillent auprès de femmes victimes de violence conjugale, d’autres sont des militantes auprès de personnes non syndiquées dans des secteurs d’emplois précaires et d’autres encore se penchent sur la sexualité et la santé. »

Elle pose ce regard sur cette organisation à caractère hétéroclite : « La FFQ se veut un reflet de la société québécoise ; il s’y déroule des débats vigoureux qui engendrent parfois des consensus et, en d’autres occasions, ils soulèvent des passions et font naître des divisions. » Sur le plan des coupes qui frappent ces divers groupes, « il n’y a pas vraiment de controverse dans nos rangs quant à savoir si l’austérité a un impact particulier sur les femmes : c’est entendu comme une réalité qui suscite des effets négatifs ». L’égalité hommes-femmes est malmenée : « Le tiers des travailleuses trouve de l’emploi auprès de l’État qui supprime actuellement un ensemble de ses programmes et services. On coupe aussi des subventions dans les groupes de femmes et dans les organismes communautaires. Nombre de ces mesures sont appliquées dans des secteurs à prédominance féminine, là où elles entraînent des pertes d’emploi ou des reculs sur le plan des conditions de travail. »

On coupe les vivres tous azimuts

Alexa Conradi déplore que plusieurs groupes de femmes soient victimes actuellement de coupes sévères dans les allocations budgétaires qu’ils recevaient de l’appareil gouvernemental. Elle cite entre autres le Réseau des tables régionales, dont le budget prévu a fondu : « Du fait que le gouvernement décide de détruire la plupart des lieux de concertation régionale par manque de financement, la majorité de ces tables passeront de trois travailleuses à une seule d’ici la fin du mois de mars. » Elle mesure les conséquences prévisibles d’une telle mesure : « Il y aura en région un manque de la contribution des connaissances en condition féminine sur le plan des décisions politiques touchant le développement social, économique et culturel ; une expertise se perd. »

Le réseau québécois d’action pour la santé des femmes est pareillement affecté : « Il a subi des coupes importantes ; son personnel a été réduit à deux personnes plutôt que sept ou huit dans le passé, ce qui a évidemment un impact sérieux sur le travail qu’elles accomplissaient, par exemple sur les conséquences de l’utilisation des produits pharmaceutiques et de l’environnement sur la santé des femmes. » La Fédération des femmes qu’elle dirige n’a pas été épargnée, tant sur le plan fédéral que provincial : « Il y a quatre ans, on était sept travailleuses permanentes et on disposait toujours d’un certain budget pour utiliser les services de contractuelles ; nous ne sommes plus que quatre pour une organisation qui a des assises partout au Québec et qui traite l’ensemble des dossiers en condition féminine. »

 

Le couperet en d’autres lieux

Blanche Paradis coordonne, à partir de Saint-Jérôme, les activités du Réseau des tables régionales de groupes de femmes du Québec, dont elle trace ce portrait : « On couvre toutes les régions administratives du Québec, incluant la Baie-James. On retrouve dans notre mouvement plus de 400 groupes de femmes présents sur ce territoire. En fait, c’est tout ce qui bouge en condition féminine et en féminisme se réunissant autour d’une même table dans les régions. »

Elle signale de son côté une série de coupes budgétaires qui affectent les femmes : « Il y a d’abord les bureaux régionaux du ministère de l’Éducation qui ont fermé, ce qui a entraîné la suspension du concours « Chapeau, les filles ! », qui était coordonné par ceux-ci. » Une telle initiative valorisait la diversification du choix des carrières possibles pour les femmes, et c’était aussi un endroit où il y avait un programme en parcours innovateurs pour celles-ci. Tout cela s’est arrêté.

Elle sert un autre exemple mal connu : « Il y a toute la question du projet annoncé de la fusion des commissions scolaires. Mine de rien, il s’agit de la seule instance élective au Québec où les femmes ont atteint la parité de représentation ; on touche là une forme de gouvernement où elles sont paritaires. » Entre de plus en ligne de compte la fermeture des bureaux régionaux du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion : « Évidemment, cette mesure va atteindre directement l’intégration à la société de toutes les femmes immigrantes. »

Blanche Paradis cite encore à titre d’exemple la fermeture des quatre bureaux régionaux restants du Conseil du statut de la femme : « Il y en a déjà eu 15, et c’est une perte d’expertise pour chacune des régions. » L’inventaire ne s’arrête pas là et la coordonnatrice ajoute à la liste le couperet qui a amputé de moitié son faible budget de un million de dollars pour le programme « À égalité pour décider », qui favorisait l’accès des femmes aux instances décisionnelles. Elle déplore du même souffle les coupes dans les programmes d’aide aux milieux dévitalisés, « qui donnaient un peu d’air aux citoyens et aux citoyennes parmi les plus pauvres du Québec ; les femmes et les enfants habitant dans ces municipalités sont particulièrement touchés ».

« Il y a toute la question du projet annoncé de la fusion des commissions scolaires. Mine de rien, il s’agit de la seule instance élective au Québec où les femmes ont atteint la parité de représentation ; on touche là une forme de gouvernement où elles sont paritaires. »