McGill et Concordia affirment que les exigences de Québec nuisent au recrutement

L'Université McGill
Photo: Neil Howard CC L'Université McGill

Des universités anglophones québécoises affirment avoir des difficultés à recruter des professeurs étrangers en raison des exigences en français qui deviennent un obstacle lorsqu’elles tentent d’attirer chez elles des individus hautement spécialisés en provenance d’autres pays. Des professeurs et recruteurs des universités McGill et Concordia affirment que le processus complexe d’immigration au Québec, qui s’appuie sur un système de points, les place dans une situation désavantageuse en comparaison avec les institutions des États-Unis et des autres provinces canadiennes.

En 2013, le gouvernement péquiste avait haussé les exigences en français pour les immigrants qui faisaient une demande de résidence permanente, une décision qui a causé des maux de tête aux recruteurs, selon des dirigeants de Concordia et McGill. En entrevue, la ministre de l’Immigration Kathleen Weil a indiqué que le gouvernement libéral avait donné plus de flexibilité au processus en décembre, mais les universités le considèrent toujours comme trop compliqué.

Ghyslaine McClure, vice-principale exécutive adjointe à McGill, affirme que son université a de la difficulté à embaucher des professeurs renommés pour des chaires de recherche. Selon elle, les candidats dans la quarantaine et cinquantaine n’ont pas nécessairement envie de suivre plusieurs cours de français par semaine, en plus de leurs tâches de recherche. Elle ajoute que les candidats doivent également remplir trop de documents et passer trop d’étapes avant de pouvoir s’établir au Québec.


Reconnaissance spéciale

« Nous aimerions obtenir une reconnaissance spéciale indiquant que les professeurs d’université sont des travailleurs hautement spécialisés et qu’ils ne devraient pas avoir à faire face à tant d’obstacles, a dit Mme McClure. Les professeurs et autres éminents spécialistes sont dans une catégorie différente. »

Le gouvernement libéral a discrètement apporté des changements en décembre, allouant davantage de « points » aux immigrants détenteurs de doctorats et permettant ainsi à certains de ces candidats de laisser tomber les exigences en français et d’obtenir une résidence permanente. Cette résidence permanente est importante pour les professeurs, et dans certaines institutions comme à Concordia, elle est essentielle à l’obtention d’une permanence.

Stanton Paddock, professeur de journalisme à l’Université Concordia, espère pouvoir profiter de ces nouvelles règles. M. Paddock dit avoir été « pris de panique » lorsqu’il a quitté les États-Unis, en 2013, pour découvrir la quantité de cours de français qu’il devrait suivre. Son doctorat pourrait maintenant lui permettre de passer outre les exigences en français.

Les nouvelles règles lui permettent de rencontrer un agent de l’immigration qui déterminera si M. Paddock est suffisamment adaptable pour vivre au Québec. D’autres professeurs, comme Emer O’Toole, de l’École des études canado-irlandaises de Concordia, ne s’en font pas avec les exigences en français. Mme O’Toole, qui vient d’Irlande, avait déjà étudié la langue avant de s’installer au Québec. « Apprendre le français a été l’une des raisons qui m’ont réjouie de m’installer ici », a-t-elle lancé. « J’aime la langue [mais] je peux comprendre que cela puisse être pénible pour quelqu’un qui ne possède pas de bases [en français] », a-t-elle ajouté.

Mme Weil prend note des recommandations visant à réformer le processus d’immigration. La ministre a ajouté que certains groupes d’employeurs estimaient que les exigences en français pour les immigrants nuisaient à leurs affaires. « Les groupes d’employeurs ont soulevé le problème au sujet des exigences de langue, a-t-elle dit. L’opinion générale [du gouvernement] est que nous devons être très prudents et qu’il est important que les gens parlent français. »

20 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 9 février 2015 05 h 16

    Le temps est venu

    Depuis toujours, les universités anglophones accaparent 30% du budget du Québec et au moins 35% de l'argent fédéral. Pour une population qui représente à peine 8% de la population totale.
    A-t-on vraiment besoin de trois universités anglophones? D'où viennent les étudiants anglophones? Une bonne partie d'ailleurs: de l'Ontario, de Colombie-Britannique, d'autres provinces, d'autres pays.
    Nous subventionnons des étudiants étrangers et nous n'avons pas assez d'argent pour les nôtres. Cherchez l'erreur.
    Chaque année, il y a des dizaines et des dizaines de médecins diplômés de McGill qui ne restent pas au Québec. Bien sûr, ils ne font que retourner chez eux. C'est normal. Nous ferions de même.
    Selon les chiffres du gouvernement , en 2013, il nous en coûte 29 942$ par année par étudiant.
    Selon la même source, la somme la plus élevée exigée des étudiants étrangers est de 16 000$ McGill voudrait hausser cette somme pour le MBA. Mais McGill n'a pas encore procédé à cette hausse.
    Nous subventionnons donc ces gens à hauteur de 13 242$ annuellement. Des gens qui ne paient et ne paieront jamais aucun impôt au Québec.
    Avant de chercher à embaucher, il faut se demander s'il n'y aurait pas lieu de licencier.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 9 février 2015 16 h 32

      Vous avez raison de relever ce scandale systémique et récurrent : alors que la population anglophone du Québec est autour de 8 % de la population totale, les collèges et universités anglophones du Québec reçoivent plus de 30 % des subventions gouvernementales. Ce qui revient à dire que les universités francophones ne reçoivent pas la juste part qu'elles devraient avoir. Le Québec finance lui-même son assimilation à l'anglais.

      Et au collégial, plus de la moitié des allophones vont au Cégep anglais.

      Pour une question de justice envers la majorité, il est grand temps que le réseau d'enseignement anglophone au Québec ne soit subventionné qu'au prorata de la proportion de véritables anglophones au Québec, et ce à tous les niveaux : primaire, secondaire, et surtout aux niveaux collégial et universitaire.

      J’espère que le PQ et les et les Québécois francophones vont réagir pour changer cet état de choses inadmissible.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 9 février 2015 05 h 46

    trop compliqué

    «mais les universités le considèrent toujours comme trop compliqué.»

    Si les universités considèrent le système trop compliqué, qu'est-ce que ça dit de la capacité mentale de nos universitaires ?

    Qui a instauré un système si compliqué qu'un universitaire ne s'y retrouve pas ?

    À quelle «grande école» est allé l'instaurateur de ce système ?

    PL

    • Jean-Pierre Corbeil - Inscrit 9 février 2015 11 h 35

      Trop compliqué ?

      Il faut plutôt parler de trop "exigeant" ou encore de trop "encombrant" en termes de capacité à oeuvrer en Français ou à s'intégrer à la réalité du Québec. Les universitaires "comprennent" très bien le système et manipulent très bien la propagande du "pauvre minoritaire" harcelé au Québec.

      Jean-Pierre Corbeil

  • Guy Vanier - Inscrit 9 février 2015 06 h 34

    Donnez un peut et ils en veulent toujours plus!

    Les universités anglaises du Québec reçoivent 29% des sous alloués a toutes nos universités québécoises, mais le pourcentage des anglophones au Québec est de moins de 10%. Cherchez l'erreur!

    • Albert Descôteaux - Inscrit 9 février 2015 08 h 58

      Il n'y a pas d'erreur M. Vanier. De nombreux québécois francophones fréquentent McGill et Concordia. Ce sont d'excellentes universités qui offrent des programmes attrayants pour tous, et uniques en Amérique du Nord dans certains cas. En vous enfonçant dans vos ornières "francophones vs anglophones" et "eux contre nous", vous ne pouvez apprécier l'apport de ces universités anglophones à la richesse de la société québécoise.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 9 février 2015 09 h 37

      @Albert Descôteaux
      C'est certains qu'ils offrent d'excellents programmes, ils sont victimes de discrimation positive parce qu'ils sont anglophones. Et que dire de l'apport du francais et de la culture canadienne francaise, québécoise dans cette mer anglophone? C'est drôle qu'ils ne savent pas l'apprécier et que nous on se sent, un peu plus à tous les jours, écraser par cette apport culturel.

      N'oubliez pas qu'en amérique il y a ~875 millions d'hispanophones, ~375 millions d'anglophone et ~8 millions de francophone.

      Pour qui est l'apport culturel?
      Et qui risque de disparaitre si on y voit pas?

      Les universités anglophones ont trop de budget. Ils grugent notre budget et n'apportent rien à notre culture. C'est plutôt le contraire ils grugent le peu que nous avons.

    • Nicole Moreau - Inscrite 9 février 2015 10 h 59

      McGill et Concordia sont des universités québécoises et devraient respecter la société dans laquelle ces organisations sont situées, faire une telle demande, c'est s'inscrire dans un cadre où les décideurs de ces établissements ne paraissent aucunement se soucier de ce fait.

      Pourtant, ces deux universités bénéficient de fonds publics très importants.

      De s'attendre à ce que ces universités respectent la société québécoise, il me semble que c'est la moindre des choses et ça ne remet pas en question la qualité de la formation qui y est donnée. Dire que ça prend des accommodements, c'est dire qu'il est impossible de trouver des spécialistes qui communiquent efficacement en français ou qui acceptent d'apprendre à communiquer en français, je trouve ça plus que douteux

    • Hélène Paulette - Abonnée 9 février 2015 11 h 07

      @Descôteaux:''De nombreux québécois francophones fréquentent McGill et Concordia''. Raison de plus pour respecter la Loi 101...

    • Gilles Théberge - Abonné 9 février 2015 11 h 54

      Ils n'ont pas besoin de se forcer il y a une multitude de gens qui comme vous monsieur Descôteaux militent pour que ces gens restent en marge de notre société, même sous le prétexte d'une compétence, qui cependant exclue celle de pouvoir s'intégrer pleinement au Québec français.

      Ça me fait penser à l'argument qui a servi au gouvernement fédéral pour nommer à la Cour Suprême, des unilingues anglophones au prétexte que «nous nous priverions» de compétences incontournables.

      Je voudrais vous faire remarquer que le moindre petit joueur de hockey francophone qui a leprivilège d'être choisi pour jouer par exemple pour le «Canadien» de montréal réussit pour survivre dans cet univers, à parler anglais dans les six mois suivant son arrivée dans le club de Hockey qui «nous représente» dans la NHL.

      Et je voudrais finalement vous faire remarque que malgré votre militance, ces gens dont vous défendez vos intérêts n'auront même pas la capacité de prendre connaissance de votre plaidoyer.

      Comme grandeur d'âme, difficile de faire mieux...

    • Albert Descôteaux - Inscrit 9 février 2015 12 h 12

      Mme Paulette, mon commentaire est en lien avec l'opinion de M. Vanier au sujet de la part de financement de McGill et Concordia et le pourcentage d'anglophones au Québec.

      Ceci dit, je considère problématique le fait que des professeurs d'universités québécoises (peu importe que ce soit McGill ou l'UdeM) ne puissent avoir une conversation de base en français.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 9 février 2015 17 h 16

      Toutes proportions prises en compte, le réseau universitaire anglophones du Québec est six fois mieux financé que le réseau universitaire francophone du RoC.

      Il faut donc cesser de faire dans le déni, on est plus du tout dans la ''richesse'' mais dans l'assimilation institutionnelle.

      En passant, le réseau universitaire francophone du Québec aussi participe à la richesse culturelle du Québec, malheureusement il est sous-financé par rapport au réseau anglophone.

      Enfin, le 25% qui frequente le réseau anglophone bénéficie de 30% du budget. C'est donc une double discrimination que subissent ceux qui étudient en français.

      Il n'est pas question de subventions qui suivent platement des ''choix individuels'' de s'angliciser librement, mais bien de mesures d'anglicisation marquées encourageant délibérément l'assimilation des francophones par un déséquilibre systématique.

    • dietrik reinhardt - Inscrit 10 février 2015 11 h 48

      Pour Albert Descôteaux: la cohorte francophone de mcgill est de moins de 20% des étudiants de McGill. Donc vos nombreux francophones, on les cherche...

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 9 février 2015 07 h 52

    Pas d'obstacle pour la connaissance

    Tout devrait être fait afin de faciliter l'entrée au pays de sommités en quelque domaine que ce soit.
    La règle devrait être de vérifier que le degré de connaissance de ces nouveaux arrivants est unique et atteint des niveaux recherchés.
    De toute façon ces gens sont intelligents et sauront s'adapter facilement à leur nouvel environnement multiculturel et bilingue.

  • Sylvain Auclair - Abonné 9 février 2015 09 h 27

    Je ne comprends pas.

    Pour vivre et enseigner au Québec, il faut savoir le français (rappelons que les étudiants de ces universités ont théoriquement le droit de remettre leurs travaux en français). Va-t-on accepter des professeurs qui n'ont pas de doctorat, s'ils promettent de le finir en un ou deux ans? Jamais de la vie. Alors, pourquoi agir ainsi avec une autre exigence?