Les espions en ligne du gouvernement inquiètent les Canadiens

Une majorité de Canadiens envoie un message clair au gouvernement : la quête de la loi et de l’ordre ne doit pas se faire au mépris de la vie privée des citoyens.
Photo: iStock Une majorité de Canadiens envoie un message clair au gouvernement : la quête de la loi et de l’ordre ne doit pas se faire au mépris de la vie privée des citoyens.

Alors qu’Ottawa se prépare à modifier certaines lois au nom de la sécurité nationale et de la lutte contre les extrémismes, une majorité de Canadiens envoie un message clair au gouvernement : la quête de la loi et de l’ordre ne doit pas se faire au mépris de la vie privée des citoyens, indique un sondage national mené à la fin de l’année dernière pour le compte du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada. Sondage qui, plus d’un an après les révélations de l’ex-espion de la NSA Edward Snowden, met en lumière des préoccupations croissantes au pays face aux intrusions de toutes sortes dans l’intimité des gens.

Le document a été dévoilé mercredi, à l’occasion de la Journée de la protection des données. En substance, 57 % des répondants y font part de leur inconfort face à la collecte de renseignements personnels par des ministères et organismes gouvernementaux auprès de compagnies de télécommunication, et ce, sans mandat judiciaire. Pis, 78 % des 1520 personnes passées à la question, entre le 21 octobre et 10 novembre derniers, d’un océan à l’autre, se disent également très inquiets par l’utilisation par le gouvernement, à des fins de surveillance, de données personnelles en ligne les concernant. Ce niveau de préoccupation est en croissance au pays depuis 2012, soulignent les auteurs du sondage.

Touche pas à mes courriels

« Les Canadiens acceptent que le gouvernement prenne des mesures pour assurer leur sécurité, a indiqué en entrevue au Devoir Daniel Therrien, commissaire fédéral à la protection de la vie privée. Ils sont même prêts à accepter certains mécanismes, par exemple la collecte de données aux frontières et le partage de ces données avec des organismes fédéraux, mais ils ne veulent pas que leurs communications personnelles se retrouvent sous le regard du gouvernement. Le message est donc clair. »

Les révélations des dernières années sur des systèmes de surveillance institutionnalisée, orchestrés par les États avec la complicité des géants du numérique, dont Google, Apple, IBM, Microsoft, Facebook font partie, mais également les cas de piratage de bases de données de grandes chaînes du commerce de détail, ont visiblement échaudé les Canadiens qui désormais sont plus réticents qu’avant à communiquer des renseignements personnels avec des organisations publiques ou privées. Huit répondants sur dix l’avouent. 73 % des gens estiment par ailleurs que leur intimité est désormais moins bien protégée qu’il y a 10 ans lors de leurs activités quotidiennes. Une proportion qui « est la plus élevée depuis que [le commissariat] a commencé » à sonder le coeur et l’âme des Canadiens sur ce sujet, en 2005, peut-on lire.

Le Québec dans le noir

Enfin, dans l’année qui a précédé l’envoi du coup de sonde, la moitié des Canadiens avait vu, lu ou entendu parler d’activités de surveillance et de collecte de renseignements aux fins de la sécurité nationale, indique le document. Cette sensibilité est significativement bien moindre au Québec, où un tiers des répondants a avoué une sensibilité pour ce sujet, contre 54 % en Ontario et 58 % en Colombie-Britannique. Une disparité que ne s’explique pas le Commissaire. « En matière de protection de la vie privée, il y a un travail constant d’information et d’éducation à faire, dit-il. Au Québec, comme dans les autres provinces ».