Sainte-Justine ouvrira un «hôpital de jour» pour les anorexiques

L’anorexie et l’ensemble des troubles alimentaires continuent de croître au Québec, à telle enseigne que le nombre d’enfants et d’adolescents hospitalisés au Centre mère-enfant Sainte-Justine a bondi de 44 % en quatre ans.

Le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine a dévoilé ces chiffres mardi, lors de l’annonce de la création d’un Centre intégré des troubles de la conduite alimentaire (CITCA) qui permettra de mieux coordonner les multiples services destinés aux patients et à leurs familles. Car le constat est clair : l’anorexie touche de plus en plus de patients et frappe désormais les enfants, les adolescents et les jeunes femmes enceintes.

Entre 2008 et 2012, le nombre de jeunes patients hospitalisés au Centre mère-enfant pour divers troubles alimentaires est passé de 83 à 120 par année. À la clinique externe, le nombre d’adolescentes et d’adolescents suivis par ces mêmes troubles s’est accru de plus de 10 %, soit de 252 à 282.

« On constate qu’il y a maintenant une diversité de clientèle et que le profil classique n’est plus seulement celui de la jeune fille blanche issue d’une famille aisée. L’anorexie se retrouve dans toutes les classes de la société », soutient la Dre Danielle Taddeo, chef de la section de médecine de l’adolescence au département de pédiatrie, coresponsable du nouveau Centre intégré.

Suivi serré

Le premier projet à voir le jour grâce à une subvention de 500 000 $ versée par Bell au CITCA sera la mise sur pied d’un « hôpital de jour » qui permettra d’assurer un suivi serré à plusieurs jeunes patients sans que ces derniers aient à être hospitalisés.

« L’hospitalisation demeure essentielle pour les patients en danger qui présentent une situation médicale grave ou une détresse psychologique, mais il ne faut pas avoir une approche trop drastique pour ceux qui ne sont pas en danger de mort. Dans certains cas, on constate qu’hospitaliser un adolescent peut nuire à l’acceptation du traitement et à la durée du traitement. Il y a des situations intermédiaires où il est mieux de garder les jeunes dans leurs milieux, en renforçant les services que l’on donne à l’externe », ajoute la Dre Taddeo.

Selon le Dr Pierre-Olivier Nadeau, pédopsychiatre et coresponsable du Centre, l’intégration des services permettra d’accroître les échanges entre les spécialistes du Centre mère-enfant sur diverses problématiques plus rares, comme celle des jeunes enfants anorexiques de 12 ans — aussi en croissance — et celle des mères anorexiques. « Cela demeure marginal, mais ces problématiques existent aussi. Chez les petites filles, les comportements ressemblent à ceux des ados, mais l’image corporelle n’explique pas tout. C’est un problème multifactoriel et souvent une réaction à une problématique autre comme une séparation », dit-il.

Malgré l’ajout de services externes, le nombre de lits d’hospitalisations pour les cas graves restera le même, soit de 12 à l’unité d’hospitalisation pour les adolescents et de 3 en psychiatrie. En 2010, la Société canadienne de pédiatrie évaluait à 1 % l’incidence de l’anorexie mentale chez les adolescentes, une condition qui entraîne le taux le plus élevé de décès de tous les troubles psychiatriques chez les jeunes.