Le Québec joint son silence aux hommages

Le maire de Montréal, Denis Coderre (au centre), et le consul général de France Bruno Clerc (à gauche) ont ouvert la marche en mémoire des victimes de l’attentat contre «Charlie Hebdo» en se tenant tous par les bras.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le maire de Montréal, Denis Coderre (au centre), et le consul général de France Bruno Clerc (à gauche) ont ouvert la marche en mémoire des victimes de l’attentat contre «Charlie Hebdo» en se tenant tous par les bras.

Des dizaines de milliers de manifestants ont marché en silence à Montréal, à Québec et dans d’autres grandes villes du pays, dimanche, en mémoire des victimes de l’attentat de mercredi contre le journal satirique Charlie Hebdo.

À Montréal, les participants, munis tantôt de drapeaux canadiens, québécois et français, tantôt de leurs crayons et de leurs affiches avec le slogan planétaire « Je suis Charlie », ont convergé dans le quartier des spectacles avant de se diriger vers le Consulat général de France.

Les dignitaires présents — dont le maire, Denis Coderre, le consul général de France, Bruno Clerc, ainsi que plusieurs ministres québécois — ont ouvert la marche, en se tenant tous par les bras. « Après le deuil, le sursaut », a lancé M. Clerc à la foule, rassemblée devant le consulat général. Il a remercié les Montréalais « du fond du coeur » pour leur solidarité.

Après avoir observé une minute de silence, les manifestants ont spontanément entonné La Marseillaise, l’hymne national de la France.

Attaque contre un pilier

Plusieurs Montréalais d’origine française sont venus dénoncer ce qu’ils considèrent comme une attaque à l’un des « piliers » de leur démocratie, la liberté d’expression. « Un attentat contre les valeurs de notre pays, c’est un attentat contre chacun d’entre nous », a tranché Anne-Sophie Courtois, qui a participé à l’organisation de la marche, avec le collectif « Je suis Charlie Montréal ». La liberté d’expression n’était pas une valeur « propre » aux Français ; elle est universelle, a d’ailleurs relevé le Français d’origine malgache Thierry Brucker.

Laurent Beltritti, un agent de bord parisien, qui était à Montréal seulement 24 heures, a tenu à participer à l’événement, à défaut d’être à Paris. Il dit ne pas avoir peur de revenir chez lui, malgré les perturbations des derniers jours. « C’est ce qu’ils [les assaillants] veulent. Il faut vraiment être présent et continuer à vivre sa vie […]. Il ne faut pas les laisser gagner », a-t-il souligné.

Plusieurs marches

Denis Coderre s’est dit « fier » que ses concitoyens soient si nombreux pour la marche. Il croit qu’il faut rester vigilant pour qu’un drame semblable ne se reproduise pas à Montréal.

La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, qui ne s’est pas dite inquiète outre mesure de la situation à Montréal, croit toutefois qu’il faut rester prudent. « On est inclusifs. On se sent forts au Québec à ce chapitre-là. Mais comme on l’a appris ces derniers mois, tout le monde est à risque », a-t-elle conclu.

À Québec, près de 2000 personnes, dont le premier ministre Philippe Couillard, ont manifesté, et une affiche géante marquée du slogan « Je suis Charlie » avait été accrochée sur le bâtiment du parlement. « Nous disons surtout non au fanatisme, non à la violence aveugle, à la violence inhumaine », a déclaré le chef libéral.

À Toronto, un demi-millier de personnes se sont réunies devant l’hôtel de ville, ayant en main pancartes, crayons et fleurs. « Si nous avons accompli quelque chose aujourd’hui, c’est bien de nous unir pacifiquement, malgré toutes nos différences. On a fait exactement le contraire de ce que souhaitaient les terroristes », a remarqué Fabienne Thuet, qui cumule les nationalités française et canadienne.

Dans la capitale fédérale, près de 500 personnes venues d’Ottawa, Gatineau et d’ailleurs ont investi la place de la Confédération pour manifester leur appui à la France ainsi qu’à la liberté de presse.

La communauté juive de Montréal tenait aussi en soirée une vigile à la mémoire des victimes à la synagogue Beth Israël Beth Aaron, à Côte-Saint-Luc.

Plusieurs autres rassemblements se sont aussi déroulés dans d’autres villes du Canada, dont Vancouver et Halifax.

10 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 12 janvier 2015 07 h 51

    La laïcité, tout a fait.

    Le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Gérard Biard, a souhaité que « maintenant, tout le monde, toutes les institutions, tous les politiques, tous les intellectuels [soient] avec nous pour défendre la laïcité. Parce que c’est ça qu’on défend ! »

    • Djosef Bouteu - Inscrit 12 janvier 2015 09 h 25

      Nous l'espérons de tout coeur pour le mieux vivre-ensemble.

      Le message de M. Biard fera peut-être réfléchir ceux qui ont encore tenté immédiatement après l'attentat -comme la Gazette- de dénigrer une fois de plus la laïcité et de nier tout rapport avec l'attentat. (La laïcité protège le droit de critiquer la religion.)

      C'était une réaction d'un manque total de respect envers les victimes, mortes pour la liberté d'expression, de la part de certains anti-charte primaire qui sont immédiatement retombés dans leurs vieux travers. (Avec l'incontournable fraude intellectuelle que de comparer laïcité et Front national.)

  • Christian Montmarquette - Abonné 12 janvier 2015 08 h 50

    Les Tartuffes de la parade


    Ils auront beau parader tant qu'ils voudront ces Tartuffes de la liberté d'expression Kathleen Weil, Couillard, Coderre etc Cie.. Cela n'effacera de l'histoire que les libéraux ont frappé à coups de matraques, de gaz et de balles non létales les étudiants qui voulaient exprimer leur opposition au gouvernement lors de la grève étudiante et Denis Coderre d'avoir endossé la loi P-6 toujours en vigueur.

    Christian Montmarquette

    • Robert Beauchamp - Abonné 12 janvier 2015 10 h 51

      Três juste. N'importe quoi pour l'image; même celle qui ment. Nous verrons bien de quoi il en retourne lors des toutes prochaines mnifestations. En fait, je n'ai cucun doute.
      Robert Beauchamp

  • Carole Dionne - Inscrite 12 janvier 2015 08 h 53

    Coderre?

    Ça c'est de la vraie récupération politique. " Y é tomber dedans quand il était jeune"

  • Serge Lemay - Inscrit 12 janvier 2015 08 h 55

    Le silence !

    Dénoncer en silence la liberté de parole !!! Il me semble qu'il y a quelque chose qui cloche là dedans ...

  • Carmen Labelle - Abonnée 12 janvier 2015 11 h 09

    L'hypocrisie du monde politique

    Dénonçer les attaques à la liberté d'expression alors que l'on en fait autant!Si Denis Coderre est sincère, qu'il abroge le règlement P-6.