Immigration: l’Europe sous tension

Arrivée massive de réfugiés, politiques d’intégration déficientes, économie au ralenti, appels à la guerre sainte venus du Moyen-Orient : l’attentat meurtrier contre Charlie Hebdo à Paris, attribué à des extrémistes musulmans, survient dans une ère de troubles extrêmes en Europe.

Bien avant l’attaque de mercredi, les tensions raciales se sont multipliées depuis plusieurs mois dans tout le continent. La France, l’Allemagne et la Suède — des pays prospères et réputés pour leurs généreux programmes sociaux — ont vu des mouvements d’extrême droite prendre de l’ampleur. L’attentat contre Charlie Hebdo risque de raviver les sentiments contre l’islam, notamment en France, qui compte la plus grande communauté musulmane d’Europe, et renforcer les groupes racistes, croient des experts.

« Je vois monter les fascismes et les intégrismes partout en Europe », dit Nicole Morgan, professeure de philosophie au Collège militaire royal de Kingston.

« Il y a un problème de migration ingérable en France et en Europe. Je vois les Français aller dans le mur. Ils ne savent plus comment s’en sortir. Ça fait 10 ans que je dis que Marine Le Pen [chef du Front national] a des chances, parce que personne ne fait rien pour gérer l’immigration en France », ajoute-t-elle.

Pour cette philosophe d’origine française, l’Europe doit s’inspirer du modèle canadien et québécois d’intégration des immigrants. « En Europe, on me traite de nazie quand j’explique qu’au Canada, on a des quotas et qu’on sélectionne les nouveaux arrivants », dit Nicole Morgan.

Bref, la gauche française et européenne fait comme si les immigrants n’existaient pas — ou s’intégraient comme par magie —, tandis que la droite met de l’avant des solutions à saveur racistes. Le polémiste Éric Zemmour attribue ainsi tous les malheurs de la France à l’immigration dans son livre Le suicide français. Marine Le Pen, chef du Front national, a affirmé mercredi de son côté que « cet attentat doit […] libérer notre parole face au fondamentalisme islamique ».

«Spirale infernale»

Le voisin allemand, qui compte comme la France une importante communauté musulmane, notamment d’origine turque, est aussi agité par une vague anti-islam inquiétant ses dirigeants. Lundi à Dresde, capitale de la Saxe, un nouveau défilé d’une mouvance qui s’est appelée Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (PEGIDA) a rassemblé 18 000 personnes. C’est un record depuis octobre, date du début du mouvement ciblant l’islam, les médias (« tous des menteurs ») ou les élites politiques, et accusés de diluer la culture chrétienne allemande.

En Suède, des incendies dans trois mosquées ont été perçus comme le signe d’une islamophobie grandissante, même si le premier de ces sinistres serait en fait accidentel. En solidarité avec leurs compatriotes musulmans, de nombreux Suédois sont descendus dans la rue vendredi.

« Contrairement à ce qu’on a dit et répété, on est en plein dans le conflit de civilisation », affirme Marc Pierini, membre de la fondation Carnegie Europe. « On est dans une sorte de spirale infernale », ajoute-t-il à propos de l’attentat de Paris et des manifestations contre l’islam en Allemagne.

« Cet attentat va peser sur le jeu politique en France, il va faire le jeu du Front national », le parti d’extrême droite, selon lui, car « dans ce contexte de tensions, nos démocraties libérales, comme biens d’exportation, sont malmenées ».

Des démocraties malmenées, peut-être, mais convoitées : pas moins de 207 000 Africains ont traversé la Méditerranée par bateau en 2014 dans l’espoir de trouver refuge en Europe. La plupart des survivants à la traversée débarquent sur les plages du sud de l’Italie, où ils sont laissés à eux-mêmes dans des camps de fortune. Avant d’être renvoyés dans leurs pays d’origine souvent déchirés par la guerre. De quoi fabriquer des révoltés.

« La moitié de la population d’Afrique a moins de 24 ans. Dans les conditions politiques actuelles, ça s’appelle une bombe atomique », souligne Nicole Morgan.

2 commentaires
  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 8 janvier 2015 02 h 15

    « En Europe, on me traite de nazie quand j’explique qu’au Canada, on a des quotas et qu’on sélectionne les nouveaux arrivants », dit Nicole Morgan.

    Pourtant Marine Le Pen et Éric Zemmour tiennent le même langage, c'est à dire qu'ils proposent un contrôle de l'immigration, mais ils sont diabolisés et traités de tous les noms les plus infâmes et traînés en justice pendant que des chanteur comme Médine crient leur haine pour la France et les "Blancs", et qu'un ministre français déclare que faire la promotion du djihad n'est pas un crime. Dégoûtant.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 9 janvier 2015 04 h 06

      Oui c'était particulièrement loufoque dans les commentaires sur la décision des Suisses de poser un quota d'immigration.

      Un intervenant prétendait qu'il existait un droit inaliénable d'immigrer n'importe où, et que c'était un crime contre l'humanité et illégal que de poser quelque limite que ce soit en matière d'immigration.

      Quand j'ai tenté de lui expliquer le concept de capacité d'accueil et de droit d'un peuple à décider de son modèle d'intégration, les insultes sont arrivées.

      Quand je lui ai parlé des critères d'Immigration Canada et de ses quotas, ainsi que le pourquoi de ces critères, il m'a d'abord traité de menteur, puis de crypto-nazi criminel tentant de semer le chaos en Suisse. Il menaçait de prévenir la police de mon «crime» imaginaire. Rien de moins.

      On aurait crû à un troll s'il n'y avait pas tellement de commentateurs tenant des discours similaires animés d'un intense désir de faire taire toute pensée discordante.