Indignation et résistance

Illustration: Francisco J. Oleas

« Ces barbares n’auront pas le dernier mot, l’art et la liberté seront plus forts que toutes les intolérances. » Mercredi en soirée, l’association Dessins pour la paix, mise au monde par le caricaturiste du quotidien Le Monde Plantu, et dont Cabu était membre, s’est indigné devant l’attaque terroriste dont a été victime la rédaction de Charlie Hebdo, appelant à la résistance face à l’obscurantisme et ajoutant sa voix à un concert d’effrois et de stupeurs émanant du monde de la caricature et de la bande dessinée, aux quatre coins du globe.

« En tant que dessinateur éditorial pour Radio-Canada, cette tragédie me touche, a indiqué au Devoir le dessinateur Philippe Girard dans la foulée de l’attaque perpétrée contre le journal satirique français. Ça fait peur de voir ce que les gens sont prêts à faire au nom de Dieu. »

En choeur, le 9e art s’est mis au diapason pour dénoncer l’assassinat de cinq caricaturistes, mais également l’atteinte portée par ce geste à la liberté de presse et d’expression par des fanatiques religieux. « Nous saluons la mémoire des grands auteurs qui ont été lâchement assassinés, dans l’exercice de leur métier, a indiqué Gilles Ratier, porte-parole de l’Association des journalistes et critique en bande dessinée (ACBD). C’est leur liberté d’expression, fût-elle considérée comme blasphématoire par certains, et donc la nôtre à tous qui a été attaquée. »


« Avec le lâche attentat de ce matin, je réalise une chose, c’est que l’époque dans laquelle nous sommes se prend beaucoup trop au sérieux », a résumé sur son blogue le dessinateur Francis Desharnais, père du personnage caustique Burquette. L’homme a d’ailleurs offert en guise de réaction un dessin montrant son personnage en train de détruire sa burqa. « Aucune idée ne mérite de tuer ou de mourrir pour elle. L’humour sert d’ailleurs très précisément à [se souvenir] de cela. » Et c’est précisément cet humour et cette dérision qui ont été abattus mercredi, selon lui.

«Butés par des connards»

Sur le site du Monde, Zep, bédéiste et père de Titeuf, a d’ailleurs pris ce chemin, du rire, pour rendre hommage à ses collègues tombés au combat sous les balles de lâches, avec un dessin montrant le quatuor de caricaturistes montant au ciel, Cabu en tête. Sur un nuage, saint Pierre, lisant Charlie Hebdo, dit : « Cabu ? Pour une fois, vous êtes en avance. » Pour sa part, Pascal Gros, dessinateur au magazine Marianne, s’est dit dans les pages du même quotidien jeté « à terre » par la nouvelle, « comme quelqu’un qui connaît potentiellement des tas de gens qui ont été butés par des connards, a-t-il indiqué. Les tueurs ont fait irruption à l’heure de la conférence de rédaction, ils n’ont pas attaqué à n’importe quel moment ».

Une attaque en plein coeur d’une institution médiatique et démocratique soulignée également avec force par Dessins pour la paix qui, par la voix de la directrice éditoriale Laure Simoes, a rappelé que « ces assassinats ciblés sont une mise en scène visant à instaurer un régime de terreur, à museler journalistes et dessinateurs et par-delà, l’ensemble des citoyens ». Des journalistes, dessinateurs et citoyens qui mercredi ont toutefois clairement indiqué que l’intimidation, sans doute, malgré la douleur, ne fonctionnerait pas.

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