La SAQ accusée de laisser tomber les brasseurs du Québec

À la SAQ, on rétorque que ce sont les microbrasseries qui la boudent.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir À la SAQ, on rétorque que ce sont les microbrasseries qui la boudent.

Le député péquiste Pierre Karl Péladeau reproche à la Société des alcools du Québec (SAQ) de ne pas soutenir suffisamment les microbrasseries québécoises. Un point de vue partagé par l’Association des microbrasseries du Québec (ABMQ).

« La grosse problématique à ce sujet […] c’est que nous ne pouvons trouver ces produits fabriqués au Québec à la SAQ », écrivait-il dimanche sur sa page Facebook. Selon lui, la SAQ devrait mieux « promouvoir les produits d’ici » et leur donner une « préférence nationale ».

M. Péladeau réagissait au dossier du Devoir de samedi sur les microbrasseries du Québec. Dans ce dossier, l’ABMQ plaidait que malgré l’engouement actuel pour leurs bières, elles ne parvenaient pas à gagner des parts de marché. Un problème qu’elle attribuait surtout aux résistances des grandes chaînes d’alimentation et de dépanneurs qui réservent leurs frigos aux grosses marques.

Un outil de développement

Interrogé sur la proposition de M. Péladeau, le président de l’ABMQ, Frédéric Tremblay, concède toutefois que la SAQ n’est pas très coopérative. Selon lui, elle pourrait servir « d’outil de développement pour les microbrasseries en démarrage ».

Il ajoute qu’en Ontario, l’équivalent de la SAQ (la LCBO) a une politique de soutien aux produits locaux. « Quand tu entres dans une LCBO, la première chose que tu vois, c’est les présentoirs de vins ontariens et de bières ontariennes, dit-il. Leur politique fait en sorte qu’ils se prennent des marges de profit moins grosses sur les microbrasseries canadiennes. »

À la SAQ, on rétorque que ce sont les microbrasseries qui la boudent. Le hic, c’est que les produits vendus à la SAQ ne peuvent pas être distribués ailleurs, explique le porte-parole Renaud Dugas. Dès lors, la plupart des microbrasseries préfèrent s’installer en épicerie et dans les dépanneurs.

« Nous, on a la volonté d’en avoir plus, mais dans le dernier appel d’offres, il y a seulement une microbrasserie qui a été sélectionnée, dit-il, le choix leur revient. »

De toute façon, ajoute-t-il, la SAQ est d’abord une « destination vin ». Les bières ne comptent d’ailleurs que pour 1,7 % des ventes de la société d’État (par rapport à 80 % pour les vins, 15 % pour les spiritueux et 3,3 % pour les panachés et autres produits du genre).

À la grandeur du Québec, la SAQ offre sept variétés de bières québécoises et environ 90 marques de bières étrangères. Du côté des vins, on parle de 9000 variétés au total, dont une centaine du Québec.

Frédéric Tremblay juge qu’il y a de la place pour un « compromis ». Selon lui, la SAQ n’est pas intéressante pour les microbrasseries les plus grosses, mais elle pourrait servir de rampe de lancement aux petites nouvelles. « On pourrait permettre à celles qui sont en région éloignée de les vendre aux détaillants de leur marché de proximité tout en étant distribuées dans les SAQ à l’extérieur de leur région, dit-il. Ça pourrait être un bel outil de développement. »

Les ventes de la SAQ décortiquées

Vins: 80 %

Spiritueux: 15 %

Bières: 1,7 %

Autres produits: 3,3 %

Nombre de bières québécoises en vente: 7

Nombre de bières
étrangères: 90
4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 7 janvier 2015 03 h 17

    Un empire

    Depuis quand les empires s'abaissent a prendre soin des humbles et des inconnus, n'est ce pas plutot le contraire, c'est un organisme de pouvoirs, entre le menu fretin et les glorieux elle sait qui choisir

  • Marc Gagnon - Abonné 7 janvier 2015 09 h 38

    Prudence: l'exemple du vin québécois

    Si l'industrie des micro-brasseries se développe bien au Québec, n'est-ce pas parce qu'elle n'est pas sous le joug de la SAQ?

    Comparées à l'industrie du vin québécois qui subit les diktats des fonctionnaires de la SAQ, les micro-brasseries peuvent vendre leurs bières partout au Québec.

    Les brasseries fonctionnent selon les règles du libre marché, pendant que les vignerons du Québec doivent obéir aux règles fixées de manière despotique par des fonctionnaires de la SAQ qui les empêchent de vendre dans les épiceries et autres commerces.

    Nous observons que les dirigeants de la SAQ ne veulent pas suivre les règles du marché, mais veulent fixer arbitrairement leurs propres règles et les imposer au marché.

    Alors, les microbrasseurs devraient agir avec prudence et y songer deux fois avant de se placer sous la coupe de la SAQ.

    Marc André Gagnon
    vinquebec.com

  • André Michaud - Inscrit 7 janvier 2015 10 h 33

    Les dépanneurs et épiceries

    N'enlevez pas le pain de la bouche aux dépanneurs en faisant vendre la bière par le monopole étatique, de grâce!

    Plusieurs dépanneurs sont spécialisés en bières de microbrasserie, et mon IGA du coin en vend maintenant 75 sortes différentes...donc l'accès à ces bières est bien là.

    Cependant avec dix nouvelles microbrasserie par semaine, ou presque, elles ne seront sûrement pas toutes rentables. On ne peut boire 10 bières différentes en même temps.

    La SAQ c'est pour les vins, le cidre...pas pour concurencer de façon déloyale les dépanneurs et épiceries ! Heureusement pour les petits dépanneurs que PKP n'est pas au pouvoir...pour les pousser vers la faillite.

  • Julien-Félix Carrier - Inscrit 7 janvier 2015 12 h 58

    La beauté des microbrasseries...

    C'est leur petite échelle. Elles offrent des produits distingués et une diversité phénoménale qui permet de rejoindre les goûts de tous et chacun. Les microbrasseries s'apparentent donc à l'artisanat.

    Doit-on toujours souhaiter augmenter la production, augmenter les ventes, et augmenter les profits? Peut-on dans ces conditions assurer le même degré d'innovation et de qualité du produit? À regarder les autres grosses compagnies et multinationales, il est difficile de ne pas soulever de doutes.