Un répertoire en ligne des inconduites policières pourrait voir le jour

La policière Stéfanie Trudeau, alias «matricule 728», a été accusée de voies de fait après une intervention musclée en 2012.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La policière Stéfanie Trudeau, alias «matricule 728», a été accusée de voies de fait après une intervention musclée en 2012.

La technologie, la logique participative attisée dans les univers numériques, peuvent-elles réduire les inconduites policières, en les suivant à la trace pour mieux les dénoncer ? Un criminologue et un éditeur de magazine d’Ottawa le croient et souhaitent même en faire la démonstration en lançant un répertoire en ligne des inconduites des corps policiers fédéraux et provinciaux. Une première au pays.

L’objet, baptisé PoliceMisconductCanada.com, est en cours de matérialisation. Il compte pour le moment sur une campagne de sociofinancement, lancée il y a quelques jours sur le site Kickstarter, pour voir le jour en mars prochain. Le duo espère mettre la main ainsi sur 75 000 $ pour ouvrir et entretenir cet espace. Pour le moment, 14 internautes ont répondu à l’appel pour un gros total de 570 $.

Confiance sapée

« Les policiers sont soumis aux mêmes règles et lois que tout le monde, expliquent Darryl Davies, prof de criminologie à l’Université Carleton, et Dan Donovan, éditeur du magazine Ottawa Life, pères fondateurs de ce projet. Lorsqu’ils brisent ces règles, violent les lois, cela cause des dommages irréversibles au tissu démocratique », ajoutent-ils pour défendre leur cause.

Selon eux, l’augmentation des cas d’inconduites policières, lors d’arrestations un peu trop musclées ou de manifestations un peu trop réprimées, dans les dernières années au Canada, donne l’impression aux citoyens que la police n’est plus là pour « protéger et servir », mais plutôt pour contrôler et contraindre.

Dans les grandes lignes, ce répertoire vise à recenser les cas d’abus, de brutalité, les dérives policières, les bavures, mais également de suivre en temps réel le traitement de ces inconduites par les instances de régulation policières, de la dénonciation aux tribunaux. Le site Internet va être tenu par des étudiants en droit et en sociologie.

« Fourbe »

Cette documentation numérique d’un phénomène social troublant s’inspire du projet de recension des inconduites de la police nationale américaine menée par l’Institut CATO, un groupe de réflexion et de penseurs penchant un brin à droite aux États-Unis. Elle se prépare à voir le jour sur le Web, au Canada, alors qu’au Québec, la mort d’un enfant de cinq ans, tué par un policier lors d’une filature en voiture ayant mal tourné, place une nouvelle fois un corps policier sur la sellette.

Le projet de Davies et Donovan n’est pas vu d’un bon oeil par les forces policières. Dans les pages du magazine en ligne Vice, Matt Skof, président de l’Association des policiers d’Ottawa, le qualifie d’ailleurs de « fourbe ».

À voir en vidéo

5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 28 novembre 2014 08 h 57

    Bonjour la Police

    Depuis quand la police devrait-elle se justifier?

  • Jean-Martin Tremblay - Inscrit 28 novembre 2014 09 h 41

    On veut la meilleure police, pas la pire

    Ailleurs dans le monde, les policiers portent en permanence une caméra. Ça les aide à se défendre contre de fausse accusation, mais bizarrement ça fait baisser la violence policière :)

    Rien dans la littérature scientifique n’indique que les policiers sont meilleurs que le reste de la population et que ça serait normal qu'ils soient moins accusés criminellement. Le système ne marche pas. Ce n'est pas normal qu'un policier enquête sur un policier. Il faut un jury citoyen pour chaque enquête et un groupe de procureurs tirés au sort pour chaque enquête.

    Une police efficace doit avoir la confiance de la population et doit la comprendre. Peut-être est-il temps d'imposer un temps de travail communautaire obligatoire aux policiers chaque semaine question de les humaniser (dans tous les sens du terme).

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 novembre 2014 12 h 48

      La caméra, ça serait une bonne idée. Ainsi qu'un numéro matricule écrit EN GROS, par-dessus leur dossard ou leur armure (et sur leur bouclier).

  • Martine Fortin - Inscrite 28 novembre 2014 09 h 59

    Police honnête et meilleure SVP

    Il est navrant de constater qu’aujourd’hui, les policiers ont une peur bleu quand ils voient les gens bouger les bras. La phobie des humains leur met un gros stress entre les oreilles.

    Ce qui est dangereux, c’est que trop de policiers (eres) manquent de maturité et de jugement et peuvent s’imaginer bien des choses et se mettre à tirer; sans évaluer les conséquences.

    Ce sont des humains comme les autres, par contre trop payés, qui ont peur d’avoir peur. HÉ! les gars, les filles; si vous stressez trop pour mettre les gens en danger; CHANGEZ DE JOB AU PLUS SACRANT.

  • Francois Arguin - Inscrit 28 novembre 2014 11 h 58

    Ce n'est pas simplement qu'une impression

    Pour quelqu'un qui a manifesté souvent a Montréal, ce n'est pas une impression que la police n'est pas la pour protéger et servir, c'est un constat.