Gabriel Nadeau-Dubois s’attaque au pétrole

Le premier défend bec et ongles la vision libérale de l’éducation. Le second prône plutôt sa gratuité. Le temps d’une séance de dédicaces au Salon du livre de Montréal, le ministre Yves Bolduc et Gabriel Nadeau-Dubois se sont néanmoins retrouvés sur la même… page. Tout cela alors que le jeune auteur s’apprête à fourbir ses armes contre le projet d’oléoduc Énergie Est.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier défend bec et ongles la vision libérale de l’éducation. Le second prône plutôt sa gratuité. Le temps d’une séance de dédicaces au Salon du livre de Montréal, le ministre Yves Bolduc et Gabriel Nadeau-Dubois se sont néanmoins retrouvés sur la même… page. Tout cela alors que le jeune auteur s’apprête à fourbir ses armes contre le projet d’oléoduc Énergie Est.

Gabriel Nadeau-Dubois a trouvé sa nouvelle cause : l’argent du Prix littéraire du Gouverneur général reçu pour son essai sur la grève étudiante du printemps 2012 sera utilisé contre les compagnies pétrolières. Et déjà, le mouvement semble bénéficier de l’aura du jeune intellectuel.

Dimanche soir, le jeune homme de 24 ans a lancé un site Web, DoublonsLaMise.org, dont l’objectif était d’amasser 25 000 $ afin de lutter contre les projets d’oléoducs en sols québécois, comme Énergie Est de TransCanada. Une somme identique à la bourse qui accompagne le Prix littéraire du Gouverneur général lui ayant été décerné mardi dernier.

Dévoilée vers 20 h, l’initiative était déjà parvenue à recueillir les 25 000 $ attendus et bien plus en moins de 45 minutes. Aux environs de 22 h, près de 80 000 $ avaient déjà été récoltés, y compris la somme offerte par M. Nadeau-Dubois.

Tous les fonds recueillis doivent être remis à « Coule pas chez nous », un mouvement d’opposition citoyenne aux projets d’oléoducs québécois. Coule pas chez nous est un collectif de groupes locaux impliqués dans la lutte contre les projets pétroliers en sols québécois, tels Stop Oléoduc et Alerte Pétrole, et bénéficiant de l’appui de groupes comme Équiterre, Nature Québec et Greenpeace.

« Ce sont plus de 1000 $ par minute que nous recevons jusqu’à maintenant, a affirmé M. Nadeau-Dubois en fin de soirée. C’est assez impressionnant. Alors, on souhaite redoubler à nouveau la cible. On vise désormais 100 000 $ plutôt que 50 000 $. Et peut-être même plus. »

Ces fonds seront employés afin d’encourager et de faciliter la mobilisation de citoyens sur le terrain. « On a un choix collectif à faire au Québec, plaide M. Nadeau-Dubois en entrevue. Le pipeline Northern Gateway vers la Colombie-Britannique a été bloqué, le projet Keystone XL est stoppé aux États-Unis, alors la pression est très forte pour que les oléoducs passent par le Québec. »

Remise en question

Dans les jours qui ont suivi le dévoilement des lauréats du Prix littéraire du Gouverneur général 2014, la semaine dernière, le lauréat dans la catégorie Essai a songé à refuser cet honneur qui porte le titre du représentant de la monarchie au pays. Mais il s’est finalement ravisé, explique-t-il dans une lettre au Devoir, qui paraît au lendemain de son passage à l’émission Tout le monde en parle.

« J’ai changé d’idée. Attribué par une institution publique, le Conseil des arts du Canada, [le prix] rappelle l’attachement de la société à la culture, à la pensée et à la littérature, qui sont des conditions essentielles à la liberté », écrit-il, au sujet de la récompense et de la bourse de 25 000 $.

Gabriel Nadeau-Dubois affirme avoir été inspiré par d’autres lauréats, dont l’auteur Fernand Dumont qui, en 1968, a remis son chèque du Prix du Gouverneur général à René Lévesque, « pour faire entrer dans la réalité les idées que ses livres défendaient ».

Plusieurs causes lui sont venues en tête. Mais celle de la lutte contre les oléoducs lui est apparue comme étant la plus urgente et la plus à même de bénéficier de ce coup de pouce financier.


« Oui, il y a un enjeu de protection du territoire, de protection de nos sources d’eaux, de nos rivières, mais il y a aussi un enjeu planétaire. Si on permet le passage de cet oléoduc chez nous, c’est qu’on accepte de participer comme Québécois à l’expansion de l’industrie des sables bitumineux. À l’inverse si on dit non, on pose un geste tangible dans la lutte contre les changements climatiques. »

À 24 ans, Gabriel Nadeau-Dubois est le plus jeune lauréat dans la catégorie Essai de l’histoire des Prix. Rappelons qu’Andrée A. Michaud, José Acquelin, Carole Fréchette, Linda Amyot, Daniel Poliquin et Marianne Dubuc sont les autres lauréats francophones des Prix littéraires 2014 du Gouverneur général.

24 commentaires
  • Richard Laroche - Inscrit 24 novembre 2014 05 h 30

    question

    Est-ce que dans un Québec indépendant, un prix littéraire pourrait être remis à une personne qui prône les bienfaits de la fédération canadienne? Ou est-ce qu'un fédéraliste pourrait se voir remettre une haute distinction québécoise, des mains d'un haut dignitaire québécois?

    • Claude Smith - Abonné 24 novembre 2014 09 h 23

      M. Laroche, à la cette question, vous et moi ne pouvons y répondre parce qu'elle est purement hypothétique. Je vois dans votre intervention, une tentative de discréditer cette éventualité d'un Québec indépendant.


      Claude Smith

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 novembre 2014 09 h 43

      On peut bien louanger le système politique des pays étrangers, n'est-ce pas?

    • Gilles Théberge - Abonné 24 novembre 2014 09 h 43

      Alors voyez-vous monsieur Laroche comment cette patente fédérale tente de faire croire aux québécois qu'ils sont canadiens, en faisant des gestes qui pourraient en soi être une menotte efficace contre la dénonciation de ces manoeuvres manipulatoires. Et la lettre de GND que j'ai lue avec plaisir est univoque.

      C'est comme le passeport. Quand je voyage, moi l'indépendantiste, je dispose d'un passeport canadien. Mais dans mon cas et dans celui de bien d'autres ce n'est qu'un document administratif pas une déclaration d'appartenance.

      Vous demandez «Ou est-ce qu'un fédéraliste pourrait se voir remettre une haute distinction québécoise, des mains d'un haut dignitaire québécois?». C'est le problème du pouvoir fédéral, faire comme si de rien n'était, faire comme si tout baignait dans l'huile.

      Enfin monsieur Laroche, les Québécois paient des taxes et des impôts au fédéral même si cela ne plaît pas. Ces prix sont une forme de redistribution. C'est de l'argent public. Alors quoi?

    • Pierre Martin - Inscrit 24 novembre 2014 09 h 48

      Diantre monsieur Laroche! Votre mémoire fédéraliste doit être bien sélective. Combien de sommes d'argent provenant de nos impôts ont servi à financer tous les groupuscules d'opposants à la Loi 101, sans parler du scandale des commandites, le poste et les dépenses du gouverneur général du Québec, plus récemment le financement des soins de santé dispensés en anglais au Québec, et tout le reste que nous ignorons encore. Eh bien! Vous savez, ce prix de 25,000$ vous pouvez le conserver si vous craingnez d'être en reste dans un Québec souverain...

  • Denis Paquette - Abonné 24 novembre 2014 07 h 03

    Une lecon de cohérence

    Monsieur Nadeau-Dubois que vous me faites plaisir de donner une lecon de cohérence a nos politiciens, ca vous distingue de tous ces gens qui ne vivent que pour eux memes, qu'elle culture que la culture libéral, on dirait que c'est plus fort qu'eux, que l'argent est leur seule motivation, surtout a un moment ou le Québec a a defendre sont droit d'etre et d'exister, nos adversaires ne sont pas de petits joueurs, des grandes banques sont impliquées, du federale, on n'en parle pas, ils sont depuis le début, des complices.

  • Lise Bélanger - Abonnée 24 novembre 2014 07 h 08

    Tout mon appui et admiration à Gabriel N-D.

  • Louis Major - Abonné 24 novembre 2014 07 h 57

    Un beau geste écologique!

    Merci GND pour ton geste, un geste écologique empreint d'espoir et de solidarité!

  • François Dugal - Inscrit 24 novembre 2014 08 h 08

    GND

    GND est contre l'oléoduc: bonne nouvelle!