Les demandes des autorités se multiplient chez Facebook

L’oeil des autorités canadiennes se fait de plus en plus insistant sur l’existence numérique des citoyens. À preuve : depuis le début de l’année, les demandes d’accès à des renseignements personnels d’un compte Facebook, demandes orchestrées par les forces policières ou un organisme public au pays, ont augmenté de 77 %, selon le plus récent Rapport des demandes gouvernementales publié cette semaine par la multinationale américaine. Le géant de la socialisation en format numérique a d’ailleurs acquiescé à ces entrées légales dans l’intimité des internautes dans plus de la moitié des cas, 54 % pour être précis.

Entre janvier et juin dernier, près de 390 abonnés canadiens du réseau social Facebook ont été la cible des autorités canadiennes, qui ont réclamé l’accès aux données de leur compte, et ce, dans le cadre d’enquêtes policières et autres procédures légales. Cela représente 170 abonnés de plus placés sous la loupe des instances sécuritaires au pays, par rapport à la même période l’année précédente.

Dans l’ensemble, entre 2013 et 2014, le nombre de demandes provenant d’un corps policier et adressées à Facebook a grimpé de 37 % au Canada, indique le rapport, passant de 192 dans les premiers mois de l’année dernière à 263 pour les six premiers mois de 2014. Une demande peut cibler plusieurs abonnés d’un coup, ce qui semble se produire le plus souvent.

Pouvoirs publics et polices

Sans plus de détails, Facebook précise dans ce troisième rapport de transparence des demandes gouvernementales que ces appels au dévoilement de données émanant des pouvoirs publics et des forces de l’ordre du Canada s’inscrivent dans des enquêtes pénales, mais touchent également des limitations de contenu lié au « non-respect présumé de législation locale ». Les autorités ont pu réclamer des informations de base sur ces comptes, mais également le contenu complet de ces comptes (contacts, abonnés, photos, détails des connexions, partages…) tout comme les adresses IP — ces portes d’entrée au réseau Internet — auxquelles ils étaient associés. Contrairement au rapport produit aux États-Unis, Facebook ne précise pas au Canada la nature et la motivation de chaque demande.

Notons qu’au pays de Barack Obama, les demandes d’accès à des comptes Facebook par les autorités ont crû de 18 % entre le début de 2013 et la même période de 2014, ce qui est moindre qu’au Canada. En France, le nombre de comptes « visités » par les autorités a grimpé de 62 % en un an. Cette progression n’est que de 12 % en Grande-Bretagne, indique le rapport semestriel de Facebook.

Le document produit par la multinationale américaine, qui depuis près de 10 ans exploite à des fins commerciales les données personnelles de ses clients, arrive dans l’espace public quelques jours à peine après le dévoilement du rapport du Commissariat à la vie privée du Canada qui, la semaine dernière, déplorait l’étonnante opacité dans laquelle la collecte d’informations sans mandat était orchestrée par la GRC dans les univers numériques. Le gardien des libertés civiles au Canada y soulignait d’ailleurs l’importance pour les autorités de montrer un peu plus de rigueur dans ce genre de pratique afin de ne pas mettre en péril des droits fondamentaux au pays au nom de la sécurité nationale.

Avec 17 millions de comptes enregistrés sur le territoire, c’est près de la moitié des Canadiens qui ont aujourd’hui une existence numérique sur Facebook, selon la firme eMarketer. Au début de l’année, cette compagnie américaine prévoyait d’ailleurs que, fin 2014, près de 63 % des internautes canadiens allaient déplacer leur socialisation sur ce réseau.

Une tendance mondiale

Nombre de comptes visés par les gouvernements entre janvier et juin 2014

États-Unis 23 667

Inde 5958

Allemagne 3078

Italie 2658

Grande-Bretagne 2619

France 2599

Brésil 2269

Espagne 860

Australie 650

Source : Facebook


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