«Le vélo, symbole de l’avenir»

Mikael Colville-Andersen, avec des cyclistes, lors de l’un de ses périples dans les grandes villes du monde.
Photo: dodo.org Mikael Colville-Andersen, avec des cyclistes, lors de l’un de ses périples dans les grandes villes du monde.

On le surnomme le « pape du vélo urbain ». Mikael Colville-Andersen, fier résidant de Copenhague, au Danemark, parcourt le monde pour répandre la bonne nouvelle cycliste. Le revoici à Montréal, une ville qu’il aime tellement qu’il s’est fait tatouer un plan de la rue Saint-Viateur sur l’épaule droite !

« Montréal est la ville la plus agréable en Amérique du Nord. Absolument. Je me sens chez moi ici », dit ce verbomoteur de 46 ans, attablé dans un café de la… rue Saint-Viateur, justement.

Pour être plus précis, Mikael Colville-Andersen se sent chez lui sur le Plateau-Mont-Royal et dans le Mile End, les quartiers qui ont mis Montréal sur la carte du monde. Parlez-lui de Rosemont ou de Villeray, les nouveaux coins les plus recherchés en ville, et il vous demandera de quoi il s’agit. Et qui aime bien châtie bien : il se montre très critique du peu d’empressement de l’administration Coderre à investir dans l’aménagement urbain du XXIe siècle. Dans les pistes cyclables, entre autres.

Colville-Andersen se trouve en ville pour tourner une émission pilote de Life-Sized Cities, une série qui lui fera visiter des villes « agréables à vivre » sur les cinq continents. Montréal est son premier arrêt. Parce qu’il adore la ville et parce que le producteur, l’agence dbcom, a pignon sur rue dans l’île.

« Pourquoi j’aime Montréal ? Parce que c’est grouillant de vie, dit-il. Il y avait des enfants partout à l’Halloween. Les gens aménagent des ruelles vertes accueillantes, des toits verts fantastiques, des parcs originaux comme le Champ des possibles, transforment de vieux bâtiments industriels en galeries d’art. Il se passe quelque chose ici. On assiste à la naissance d’un urbanisme citoyen. Les citoyens prennent en main le développement de leur quartier. Ils voient un espace vert inoccupé ? Ils plantent des fleurs, ils plantent des arbres, ils n’attendent pas que la Ville le fasse. »

 

L’homme qui pitonne sa vie

Il est intarissable, Mikael Colville-Andersen. Quand il commence à parler, avec son accent anglais de l’Alberta — où il a passé les 21 premières années de sa vie — il ne s’arrête pas. Hyperactif aussi : ses comptes Facebook et Twitter regorgent de photos de ses aventures sur deux roues partout dans le monde. Père célibataire, il n’hésite pas à montrer sa vie quotidienne avec sa fillette et son garçon. Le gars a le sens de la mise en scène.

Il est d’ailleurs venu au monde grâce aux réseaux sociaux : en 2006, Colville-Andersen publie sur son compte Flickr la photo d’une jolie femme à vélo, à Copenhague. L’image a été relayée des milliers de fois. Ce fut l’élément fondateur de Cycle Chic, site Web qui allait se multiplier dans plusieurs grandes villes, dont Montréal. La création de l’agence Copenhagenize, spécialisée dans le design urbain (pour faire notamment une place au vélo), a propulsé Colville-Andersen au rang de « pape ».

Mikael Colville-Andersen aime Montréal, donc. Mais il pourrait l’aimer davantage. « Il se passe beaucoup de choses en dépit de l’administration, et non à cause de l’administration. La bureaucratie peut être incroyablement stupide. Il y a toujours des problèmes de paperasse dans d’autres villes ailleurs dans le monde, mais ça semble plus extrême ici », lance-t-il.

L’attitude du Canadien Pacifique (CP), qui bloque systématiquement tout projet de passage pour piétons sur la voie ferrée entre Rosemont et le Plateau, le sidère. Il s’est amusé au cours des derniers jours à filmer le jeu du chat et de la souris entre les citoyens et la « police » du CP, qui empêche les gens de franchir les trous dans les clôtures qui bordent le chemin de fer. Ces images vont faire le tour du monde.

Enlever aux autos, donner aux vélos

Il considère aussi que Montréal risque de perdre son titre de meilleure ville cyclable en Amérique du Nord. « Je ne roulerais pas ici avec mes enfants. Montréal n’en fait pas assez pour agrandir son réseau cyclable. Le statu quo est inacceptable dans ce monde où tout change plus rapidement que jamais. Vous pouvez être des leaders nord-américains en matière d’aménagement urbain. D’autres villes y mettent le paquet. »

Pour lui, il n’y a qu’une façon d’encourager la pratique du vélo : aménager des pistes cyclables séparées de la chaussée. Comme dans la rue Rachel ou sur le boulevard De Maisonneuve, « la voie cyclable la plus achalandée en Amérique du Nord » avec plus de 9000 passages par jour, rappelle-t-il.

« En Amérique du Nord, vous avez un luxe qui frôle l’arrogance : vous avez tellement d’espace ! Vous pourriez facilement enlever de l’espace de stationnement pour ajouter des voies cyclables. Et ceux qui disent qu’on est au Canada et que le Canada est différent de Copenhague devraient se la fermer ! Les gens ici ont autant le droit d’avoir une ville agréable que ceux de Copenhague. »

« C’est un cauchemar de conduire ici ! Il y a de la congestion partout, poursuit-il. Je suis convaincu que les conducteurs se détestent plus entre eux qu’ils détestent les cyclistes. Et j’ai l’impression que les automobilistes réalisent que le vélo est un moyen de transport efficace. »

À Copenhague, à peine 28 % des déplacements vers le travail ou l’école se font en voiture et 41 % se font à vélo. « Je me fous un peu des vélos comme objets, dit Mikael Colville-Andersen. Pour moi, le vélo est simplement le symbole suprême de l’avenir de nos villes. Je parle de modernisation. Je dis que le vélo a du sens sur le plan économique, sur le plan des affaires, sur le plan pratique. C’est juste plus efficace que la voiture pour aller du point A au point B. Je ne fais pas de vélo pour sauver la planète, je fais du vélo parce que c’est un modèle d’affaires qui fonctionne. »

Mikael Colville-Andersen me tend la main après avoir pris une gorgée de café. Puis il retourne sur Facebook pour inviter ses amis montréalais à venir le rencontrer, rue Saint-Viateur.

3 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 4 novembre 2014 10 h 05

    Du Plateau à Rosemont

    « Parlez-lui de Rosemont ou de Villeray, les nouveaux coins les plus recherchés en ville, et il vous demandera de quoi il s’agit. »

    De quoi s'agit-il ? Rosemont-Petite-Patrie et le Plateau ont ceci en commun : ils sont gérés par des élus de Projet Montréal. Mais ils ont ceci de différent : l'approche de l'équipe de M. Croteau, maire de Rosemont-Petite-Patrie est plus souple, plus progressive et moins contestée que celle de son vis-à-vis du Plateau. Le résultat, c'est que l'arrondissement devient de plus en plus convivial pour qui se déplace à pieds ou à vélo.

    Certes, l'arrondissement a encore beaucoup à faire, beaucoup de bouts de rue et d'intersections à corriger, mais les choses vont de l'avant, sans heurts.

    Il est vrai par contre que Villeray accuse un certain retard. Mais là, on est sous la direction d'une administration beaucoup plus conservatrice. Ça ne veut pas dire qu'on n'avance pas, mais on va moins vite, on ne va pas assez vite ce qui veut dire à la longue qu'on fait du sur-place.

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 novembre 2014 10 h 18

      En fait, plus simplement, plus les quartiers sont récents (et donc loin du centre), moins ils sont denses et plus ils ont été conçus autour de la voiture.

  • François St-Pierre - Abonné 4 novembre 2014 13 h 45

    Il parcourt le monde... visite des villes sur les cinq continents...

    Ça lui fait pas une vilaine empreinte de carbone, ça?