Aborder l’autisme cas par cas

Stevens, un jeune autiste, crie tout son bien-être de passer du temps dans la piscine. Avec lui, les cours de natation constituent l’approche qui lui permet de communiquer. Dans une communauté autistique hétérogène, chaque personne devrait d’ailleurs être abordée distinctement, préconise le psychologue Tony Attwood.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Stevens, un jeune autiste, crie tout son bien-être de passer du temps dans la piscine. Avec lui, les cours de natation constituent l’approche qui lui permet de communiquer. Dans une communauté autistique hétérogène, chaque personne devrait d’ailleurs être abordée distinctement, préconise le psychologue Tony Attwood.

Il a appris des personnes autistes plus encore qu’il ne leur a enseigné. Et il tente de montrer aux intervenants à faire de même.

Car chaque personne autiste est unique. La communauté autistique est à ce point hétérogène qu’il faut pratiquement développer une approche de cas par cas. « Chaque personne est complètement différente », dit Tony Attwood, psychologue reconnu internationalement pour ses travaux auprès des personnes autistes. M. Attwood était récemment l’invité du Service québécois d’expertise en troubles graves de comportement. Son livre intitulé Le syndrome d’Asperger, guide complet, vient d’être traduit en français chez Chenelière éducation.

Tony Attwood a élaboré sa théorie à partir de son expérience clinique auprès des personnes autistes, et non l’inverse. « Ce qui fonctionne avec les personnes autistes, c’est de les observer et de les écouter, dit-il. Essayer de voir le monde à travers leurs yeux. Essayer de comprendre la logique à laquelle ils répondent et qu’ils ont beaucoup de mal à expliquer. Ils répondent toujours à une logique ».

« […] J’ai trouvé un moyen de supprimer presque toutes les caractéristiques constitutives du syndrome d’Asperger chez n’importe quel enfant », lance-t-il en boutade dans son livre. « Laissez-le seul dans sa chambre, et fermez la porte derrière vous en sortant de la pièce. Les symptômes du syndrome d’Asperger de votre fils ou de votre fille ont déjà disparu. Lorsqu’il est seul, un enfant n’a pas de handicap qualitatif dans les interactions sociales. »

Mais les amitiés offrent aussi un rempart important à de nombreux problèmes d’intégration sociale. Aussi Tony Attwood offre-t-il plusieurs clés aux parents qui souhaitent accompagner leur enfant autiste dans ses démarches d’intégration.

« Cela prend huit ans pour obtenir un doctorat. Les parents ont passé plus de huit ans à comprendre leurs enfants. Ils sont devenus des experts auprès de cet enfant. Ils doivent donc être à pied d’égalité avec le médecin dans l’équipe traitante », dit-il.

M. Attwood s’est spécialisé dans le traitement de personnes autistes atteintes du syndrome d’Asperger, considérées comme les autistes les plus aptes intellectuellement. Selon lui, il n’y a pas de métier que les personnes atteintes ne peuvent pas pratiquer. « Ils peuvent pratiquer les métiers qu’ils souhaitent, d’astronautes à zoologistes. Je connais même quelques journalistes. Ils peuvent aussi être psychologues ou psychiatres », dit-il. La constatation ne vaut pas pour les autistes dits « classiques », qui n’ont pas le même niveau de performance que les autistes souffrant du syndrome d’Asperger.

Au moment de l’évaluation, et parce que chaque cas est différent, il faut observer les habiletés sociales, les réactions sensorielles, les problèmes de mouvement, les troubles de communication.

Quant à l’intégration des personnes autistes dans la société, elle devrait passer encore largement par l’emploi, dit-il. Aussi faut-il particulièrement soutenir les personnes autistes à la fin de leur secondaire, alors qu’elles vivent une transition importante.

« La vie à l’extérieur de la maison peut leur être toxique. Ils peuvent vivre une confusion sociale ou souffrir de problèmes sensoriels. Parce que la vie dans la maison est sous contrôle, ils peuvent refuser d’en sortir », dit-il. Les causes de la mésadaptation à un emploi, par exemple, peuvent être davantage de nature psychologique que liées à un problème de compétences.

Quant à l’explosion des cas d’autisme dépistés au cours des dernières années, M. Attwood les attribue à différentes sources. D’abord, le dépistage s’est affiné. « Il y a beaucoup de gens qui ont un double diagnostic, d’autisme et de syndrome de Down par exemple, d’autisme et de trisomie 21, ou d’autisme et de cécité ». Alors que les diagnostics de déficience intellectuelle sont en baisse, ceux d’autisme ou de troubles envahissants du développement augmentent, ce qui traduirait une plus grande précision du dépistage.

« Je crois cependant qu’il y a une vraie croissance du nombre de cas d’autisme », convient-il. Au chapitre des causes, il y a la prématurité des bébés, qui peut avoir une incidence sur le développement de la maladie. Signe des temps, les parents plus âgés ont aussi plus de risques de donner naissance à un enfant atteint. M. Attwood n’exclut pas non plus les causes environnementales. On montre du doigt la pollution, même si la recherche reste à développer à ce chapitre.

3 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 28 octobre 2014 09 h 20

    À la mode de chez nous...

    Pollution, meilleur dépistage et avantage pécunier.

    Je pense qu'on peut facilement faire le parallèle du syndrome d'Asperger avec le TDAH. L'incidence de celui-ci est à 5% de la population mais 20% des garçons du primaire consomment du ritalin. D'ailleurs n'avons nous pas, au Québec, 10 fois plus d'Asperger/TED qu'ailleurs dans le monde.

    Ils sont vraiment bons nos psychiatres,...ou pas. Peut-être devrait-il y avoir plus d'Asperger parmis eux, ils seraient plus objectifs. Peut-être le québécois moyen aiment se faire prendre en charge et cela expliquerait ces statistiques. Quoi qu'il en soit, de l'aide et de l'écoute devraient être apporté à chaque jeune en développement.

    La vision psychiatrique de la nature humaine étant si restrictive qu'une bonne partie de la population serait considérée comme malade mental selon le nouveau DSM-5. La pose d'étiquettes stigmatisent des individus, qui font peut-être uniquement partie du continuum de la nature humaine.

    Un enfant ayant eu un traumatisme, de l'anxiété, de la douance, de la dépression aura des symptômes d'autisme...d'Asperger notamment. Le besoin de notre système scolaire d'enseigner à des enfants uniformes, et d'avoir du financement pour les autres, justifiera une classification avec étiquetage des enfants.

    Monsieur Attwood vient sûrement en aide à ses enfants avec beaucoup d'humanité mais le cas des Aspergers et le surdiagnostic des cas de TED au Québec devrait porter à réflexion...et rendu là, des TDAH aussi.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 octobre 2014 15 h 27

      Avantage pécuniaire, voulez-vous sans doute dire...

  • Renaud Blais - Inscrit 28 octobre 2014 11 h 54

    Que peuvent faire LES PARENTS ?

    J'ai un enfants de ce type. J'ai appris, lorsqu'il avait 9 ans, que les parents pourraient faire une grande différence si ceux-ci surstimulaient leur enfant, avant l'âge de 5 ans. L'information m'est parvenue d'un groupe communautaire. Je me suis insurgé à l'endroit de notre ministre de la santé à l'époque. J'espère qu'il en est différent aujourd'hui...
    Renaud Blais
    Québec