L'homme ayant happé deux militaires s'était «radicalisé», dit Ottawa

<p>La Sûreté du Québec (SQ) a été chargée par le ministère de la Sécurité publique d'enquêter sur cette affaire impliquant le corps policier de Saint-Jean-sur-Richelieu.</p>
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

La Sûreté du Québec (SQ) a été chargée par le ministère de la Sécurité publique d'enquêter sur cette affaire impliquant le corps policier de Saint-Jean-sur-Richelieu.

L'homme qui a happé deux militaires avec son véhicule lundi midi à Saint-Jean-sur-Richelieu était un individu s'étant «radicalisé» qui était surveillé de près par les autorités sécuritaires du gouvernement fédéral.

Le suspect «est connu des autorités fédérales, notamment de l'Équipe intégrée de la sécurité nationale», a écrit lundi soir dans un communiqué Jason MacDonald, le directeur des communications du premier ministre Stephen Harper.

Les autorités fédérales «ont confirmé que certains éléments indiquent clairement qu’il s’agit d’un individu qui s’est radicalisé», a poursuivi M. MacDonald — ces renseignements ont été corroborés par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans un communiqué distinct.

Le Bureau du premier ministre et la GRC n’ont pas voulu confirmer l’identité du suspect, qui a été identifié par certains médias et présenté comme un tenant du djihad.

Le gouvernement fédéral avait rapidement évoqué aux Communes un «possible acte de terrorisme» contre des membres des Forces armées.

Aux Communes

Le premier ministre Harper venait alors tout juste d’être informé de la situation par le commissaire de la GRC, Bob Paulson, le chef d’état-major de la Défense nationale, le général Tom Lawson, et son conseiller à la sécurité nationale Stephen Rigby.

Profitant d'une question «plantée», un élu conservateur a demandé au premier ministre Stephen Harper de se prononcer sur l'incident, alors que celui-ci venait à peine de se produire.

«Il y a des informations non confirmées voulant qu'une possible attaque terroriste [aurait pu être commise] contre deux membres des Forces armées près de Saint-Jean-sur-Richelieu», a exposé le député Randy Hoback.

«Le premier ministre pourrait-il informer la Chambre sur cette question?»

Le chef conservateur s'est levé et a répondu que les informations entourant cet incident étaient «troublantes» et que le gouvernement suivait la situation de près.

Prudence, dit la SQ

Même si la piste terroriste n'est pas écartée, la Sûreté du Québec (SQ) invite à la prudence.

Selon la porte-parole de la police provinciale, Joyce Kemp, il est «vraiment prématuré» de supputer sur les motifs derrière l'incident.

«On est en tout début d'enquête, donc avant de pouvoir dire s'il s'agit de quelque chose de volontaire ou de délibéré, ça va prendre un certain temps», a affirmé Mme Kemp en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Le NPD appuie la SQ

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, abonde dans le même sens que la SQ, jugeant que l'analyse du gouvernement est prématurée.

«Je pense qu'il faut être excessivement prudent avant de tirer des conclusions. [...] Quand [la question a été posée], je me suis dit: "Quand même, laisse la police faire son travail"», a affirmé M. Mulcair en point de presse.

Le député néodémocrate de la circonscription de Saint-Jean, Tarik Brahmi, a offert ses condoléances aux familles et aux proches des militaires blessés et témoigné de sa confiance à l'égard des forces policières chargées de l'enquête.

«Les allégations entourant ce délit de fuite sont graves et je fais entièrement confiance aux enquêteurs de la Sûreté du Québec pour faire toute la lumière sur les circonstances entourant ce drame», a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Soldats blessés, conducteur abattu

Le conducteur du véhicule qui a heurté les deux militaires a été abattu quelques minutes plus tard par la police municipale qui l'avait pris en chasse.

Le fuyard a fini par perdre la maîtrise de son véhicule qui a fait plusieurs tonneaux après avoir circulé sur le boulevard du Séminaire.

L'individu serait ensuite sorti de son véhicule armé d'une arme blanche et les policiers auraient tiré en sa direction. La Sûreté du Québec (SQ) a confirmé le décès du suspect vers 17 h 30.

Il n'a toutefois pas voulu donner davantage d'informations sur l'homme ou sur les motifs de son geste.

«Ça fait à peine quelques heures que les événements sont arrivés. Il y a plusieurs hypothèses qui sont regardées par les enquêteurs. [...] Il n'y a rien de précis à ce stade-ci», a expliqué M. Brunet.

Le ministère de la Sécurité publique a demandé à la Sûreté du Québec d'enquêter sur cette affaire impliquant le corps policier de Saint-Jean-sur-Richelieu.

La SQ est en contact avec plusieurs autres corps policiers, dont la Gendarmerie royale du Canada, a précisé M. Brunet. La police militaire ne serait pas impliquée dans l'affaire pour l'instant.

L'un des deux militaires heurtés est blessé grièvement et on craint encore pour sa vie. L'autre soldat a subi des blessures plus légères.