Blais coupe dans les programmes d’insertion

Quelques groupes manifestaient jeudi contre les coupes décidées par le gouvernement libéral.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Quelques groupes manifestaient jeudi contre les coupes décidées par le gouvernement libéral.

Depuis le début de l’automne, Lizanne Blanchette accompagne des personnes âgées et travaille à la caisse dans une boutique. Ces tâches lui permettent d’ajouter quelque 130 $ mensuel à son chèque d’aide sociale, à travers le programme PAAS-Action, dans lequel le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale veut couper 2 millions de dollars.

Schizophrène de 53 ans, Lizanne Blanchette est considérée par l’aide sociale comme ayant « des contraintes sévères à l’emploi ». Son travail auprès des personnes âgées et à la boutique lui permet de « socialiser » et de « sortir de la solitude ». Le supplément de 130 $ par mois à l’aide sociale, quant à lui, lui donne accès à des denrées essentielles, comme des vêtements.

Or, François Blais, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, entend économiser 2 millions dans les 14 millions consacrés annuellement à ce programme. Déjà, quelque 300 personnes, considérées comme admissibles par les organismes communautaires qui les accompagnent, n’ont pas été admises au programme PAAS-Action au cours de la dernière année.

Fausses économies

Pour le Réseau alternatif et communautaire des organismes en santé mentale (RACOR), il s’agit d’une économie fictive, puisque le fait de participer à une mesure d’insertion sociale comme le PAAS-Action permet de tenir sa clientèle loin des hôpitaux et des urgences. « Selon Statistique Canada, une personne qui souffre de problèmes de santé mentale sévères et persistants va être hospitalisée en moyenne 38 jours par année, pour un coût annuel de 20 000 $, soit bien plus que le coût du PAAS-Action d’environ 3600 $ par personne par an », disait Julie Nicolas, directrice générale du RACOR en santé mentale, au cours d’une conférence de presse de la Coalition pour l’accessibilité aux services dans les Centres locaux d’emploi.

Or, selon Roy Bhimpaul, directeur du Centre d’action et de développement et de recherche en employabilité, le fait d’être mieux intégré socialement réduit de beaucoup les risques d’hospitalisation de la clientèle. « J’emploie 50 personnes ayant des problèmes de santé mentale sévères et persistants et seulement une s’est présentée à l’urgence d’un hôpital cette année », dit-il.

« Notre organisme s’occupe d’une clientèle vulnérable qui ne pourra retourner à temps plein sur le marché du travail. On trouve ça utopique de vouloir demander aux participants du programme de se trouver un emploi, c’est difficile pour eux d’occuper un emploi à plein-temps, ceci ne peut qu’augmenter l’anxiété, le stress et l’angoisse. Pour conclure, n’oublions pas que ces personnes ont un diagnostic, dont celui d’une contrainte sévère à l’emploi », proteste Mme Lucie Couillard, directrice de la Société de schizophrénie de la Montérégie, interrogée dans le cadre d’un sondage du RACOR.

Dépassement de coûts

Au ministère, on se contente d’évoquer l’atteinte d’un meilleur équilibre budgétaire pour le programme. « Il y avait des dépassements de coûts du PAAS-Action [de 2 millions] dans les dernières années, explique Julie White, attachée de presse du ministre Blais. On a décidé de protéger l’intégrité du programme, l’enveloppe reste la même cette année, mais on ne la dépassera plus. Ceux qui en bénéficient déjà conservent leur place. Les objectifs du programme restent les mêmes. »

Du côté de la jeune clientèle, on se plaint aussi de l’abolition du programme Alternatives jeunesse, qui permettait à des jeunes sans revenu de moins de 25 ans de retourner aux études et de recevoir un montant supérieur de 80 $ par mois à l’aide sociale.

Au bureau du ministre Blais, on parle d’une « nouvelle stratégie d’accueil personnalisée », mais on admet que le supplément de 80 $ sera éliminé. « Notre objectif est de sortir le plus rapidement les jeunes de l’aide sociale, on les met en mouvement vers l’emploi. On veut qu’il y ait le moins de jeunes possible sur l’aide sociale », dit Julie White.

7 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 octobre 2014 04 h 56

    Parlons-en !

    "Au bureau du ministre Blais, on parle d’une" (Caroline M., Sarah R.C., Le Devoir)

    De cette citation, il est triste que des personnes, en possible insertion de société et travail, soient visées par des mesures d’austérité dites « personnalisées », des mesures suscitant angoisse, inquiétude, nonchalance et réserve plutôt que !

    De ces mesures,

    Parlons-en ! - 17 oct 2014 -

  • Leclerc Éric - Inscrit 17 octobre 2014 05 h 41

    Le manque de volonté n'est jamais récompensé

    Les coupures annoncées par le ministre Blais touchent une portion de la clientèle de son ministère qui recoit la somme de 80$ en guise de motivation à la poursuite des études secondaires ou collégiales.

    La VRAIE motivation que les clientèles visées par cette «bonification» devrait avoir est de poursuivre leurs études en sachant qu'avec un DES, il pourront se rendre au cégep et se voir ouvrir des portes d'avenir prometteuses et cesser de dépendre de l'aide de l'état.

    • jacques lecuyer - Inscrit 17 octobre 2014 08 h 00

      Si on suit votre résonnement jusquau bout, on devrait couper les reer, les celi, les prêts et bourses et toutes autres choses qui incitent à économiser ou à se perfectionner.

    • Annie Marchand - Abonnée 17 octobre 2014 08 h 51

      J'ai une question pour vous M. Leclerc. Ne croyez-vous pas que l'éducation comme seul canal d'accès à l'employabilité n'est pas en partie le problème? L'éducation publique servirait donc à former (ce que faisaient avant les entreprises) et non plus à transmettre la culture? Est-ce qu'un CÉGEP mène forcément à du travail? Et de quel type de travail parlons-nous? Est-il normal que des personnes qui travaillent, étant donné que vous semblez en faire le noeud de la guerre, aient besoin de fréquenter des banques alimentaires pour survivre? Et que fait-on de toutes les personnes en arrêt de travail parce qu'épuisées, parce qu'en précarité? Il y a urgence dans notre société de se questionner sur la notion de travail et de salariat. Et encore davantage ce que nous voulons offrir comme éducation à nos enfants. Veut-on formater des robots qui reproduiront le système ou éduquer des personnes critiques qui verront plus loin que le bout de leur nez pour résoudre les problèmes de l'heure, dont le salariat en est une composante importante.

    • Denyse Lamothe - Abonnée 17 octobre 2014 08 h 57

      Le manque de volonté vous dites?

      Je vous invite à consulter les vidéos communautaires sur le site du Centre de recherche sur les politiques en matière d'invalidité professionnelle (CRPIP) à l'adresse suivante : http://www.crwdp.ca/fr

      Ce sont des témoignages très éloquents sur la volonté de plusieurs personnes invalides à retourner ou à rester sur le marché du travail!

      Bonne écoute.

  • Patrick Asselin - Inscrit 17 octobre 2014 08 h 18

    Quel courage !!

    C'est beaucoup plus facile de s'attaquer aux plus démunis que d'affronter le véritable problème.

    Pour éliminer le déficit, Philippe Couillard devrait plutôt réduire le nombre de fonctionnaires, privatiser et revoir les conventions collectives blindées.

    On sait maintenant que sa réforme à venir va s'attaquer aux pauvres, aux vieux, aux jeunes, aux malades et aux payeurs de taxes. Les membres en règle du mouvement syndical peuvent dormir en paix.

  • Bertrand Desrosiers - Abonné 17 octobre 2014 13 h 58

    Couillard, Barette et Blais s'attaquent aux plus démunis

    Après s'être assuré que les médecins continuent de s'enrichir en conservant les augmentations de salaire, en leur permettant de s'incorporer pour payer moins d'impôt, ce gouvernement sans morale compte financer l'enrichissement des médecins en coupant dans des programmes de Santé mentale et de réinsertion à l'emploi pour les jeunes.