Le ministre Bolduc laisse planer l’incertitude

Le ministre Yves Bolduc n’a pas voulu confirmer les rumeurs sur la fusion ou l’abolition des commissions scolaires.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre Yves Bolduc n’a pas voulu confirmer les rumeurs sur la fusion ou l’abolition des commissions scolaires.

Interrogé en marge du lancement de la Semaine pour l’école publique, le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, a refusé de confirmer l’une ou l’autre des mesures que son ministère envisage d’imposer au réseau de l’éducation dans le but d’aider le gouvernement à atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016.

Il a simplement affirmé que le réseau subira « des transformations au cours des prochaines années », mais il n’a pas voulu en préciser la teneur. « Nous sommes dans la période d’évaluation. En temps et lieu, on tirera des conclusions et on prendra les décisions nécessaires », a-t-il répété aux journalistes qui le pressaient de clarifier les rumeurs de réduction du budget du ministère de l’Éducation d’environ un milliard de dollars.

Le ministre attendra les élections scolaires du 2 novembre avant d’annoncer quelles seront les victimes de sa réforme, parmi lesquelles pourraient figurer les commissions scolaires dont la fusion, voire l’abolition, n’est pas exclue. « À ce stade-ci, ce ne sont que des hypothèses », a-t-il dit avant de réfuter également une possible réduction du financement qu’il accorde aux écoles privées. « Ce n’est pas parce qu’une hypothèse a été proposée dans un rapport [Champoux-Lesage] qu’elle sera nécessairement mise en place.Il ne faut pas mettre en opposition le réseau public et le réseau privé. On veut améliorer les deux réseaux et les financer de façon adéquate », a-t-il soutenu.

Invité à commenter les rumeurs, Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), a fait remarquer que « ce n’est pas la première année que l’école publique subit des compressions. Nous sommes toutefois à la limite de franchir un point de rupture. On confie une mission à l’école publique, qui est celle d’accueillir tous les élèves et de leur fournir tous les services dont ils ont besoin. Mais on constate que cela devient de plus en plus difficile, voire impossible, parce que les ressources ne sont pas suffisantes. Les directions sont amenées à faire des choix déchirants entre deux besoins légitimes. »

 

Pas de grandes économies

Bien que la FAE préconise une révision du fonctionnement des commissions scolaires, M. Mallette croit qu’« il y a un danger à laisser croire que la fusion des commissions scolaires se traduit automatiquement par une économie d’échelle. C’est faux. On l’a vu en 1997, lors du passage des commissions scolaires du statut confessionnel au statut linguistique, le gouvernement en avait profité pour fusionner quelques commissions scolaires, car on prétendait que ça permettrait d’économiser. On se rend compte que ce n’est pas nécessairement vrai. »

La FAE rêve par ailleurs que le gouvernement mette fin au financement public des écoles privées. « Il faut cesser de croire que ça coûterait plus cher d’accueillir les élèves qui proviennent du privé », affirme M. Mallette.

Pour sa part, la Fédération des commissions scolaires du Québec regarde comment elle « pourrait améliorer l’efficience de l’organisation par différents regroupements de services ou certaines fusions », assure sonvice-président,Richard Flibotte. La possibilité que certaines responsabilités, comme la gestion des infrastructures et le transport scolaire, soient transférées aux municipalités inquiète toutefois la fédération. « On a la chance d’avoir au Québec une structure qui est dédiée exclusivement à l’éducation. Transférer à des municipalités des services dont ce n’est pas la préoccupation première est inquiétant, car, au final ce sera le parent ou l’élève qui écopera. On travaille déjà avec les municipalités pour le partage de nos équipements sportifs et culturels. Si tout cela est transféré aux municipalités, est-ce qu’on ne perdra pas au profit de la Ville ces équipements-là qui sont nécessaires pour la réussite des jeunes ? » se demande M. Flibotte.

Pour Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissements scolaires (AMDES), les commissions scolaires jouent un rôle stratégique et essentiel. « Nous avons besoin d’un intermédiaire entre le ministère de l’Éducation et les directions d’écoles pour gérer le transport, la construction, etc. Les commissions scolaires ont des expertises que les directeurs d’école, qui sont le plus souvent des enseignants, n’ont pas nécessairement et qui sont appréciées », dit-elle.

Maternelle 4 ans

Lors de son allocution, le ministre Bolduc a reconnu le succès de « la maternelle 4 ans » qui est le thème de cette 6e édition de la Semaine de l’école publique. « Pour les enfants qui ont de nombreux besoins, il ne faut pas attendre la maternelle cinq ou six ans, car le retard sera difficile à rattraper. Je vais demander à chaque commission scolaire du Québec d’ouvrir au moins une classe de maternelle quatre ans », a-t-il affirmé avant d’ajouter que « l’existence des services destinés aux élèves les plus vulnérables [handicapés ou en difficulté] ne sera pas remise en question ».

 

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