Une Mexicaine risque d’être expulsée sans ses filles

Sheila a lancé un cri du cœur, dimanche. Son avocate croit cependant qu’elle a encore des chances d’obtenir un sursis.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Sheila a lancé un cri du cœur, dimanche. Son avocate croit cependant qu’elle a encore des chances d’obtenir un sursis.

Visée par un avis d’expulsion, Sheila, 27 ans, sera renvoyée dans son pays samedi, sans pouvoir emmener ses deux filles avec elle. Se sentant victime d’injustice, la Mexicaine a lancé un appel à la solidarité dimanche pour obtenir un sursis.

 

Arrivée à Montréal il y a neuf ans, à 18 ans, pour fuir un conjoint violent et le souvenir de deux viols collectifs, elle a rejoint son père installé ici, où elle apprend qu’elle est enceinte. Elle décide donc de rester. « Pour être plus proche de ma famille et protéger mon enfant à naître », dit-elle.

 

Elle rencontre alors son futur mari, Mexicain aussi, qui la parraine pour sa demande de résidence permanente.Une demande annulée après que son mari a plaidé coupable pour violence conjugale, selon son avocate.Celui-ci avait brisé la jambe de leur fille de trois semaines en changeant une couche.

 

« La Direction de la protection de la jeunesse [DPJ] a fait son enquête et, voyant qu’il la battait, a poussé Sheila à le quitter », sans que sa cliente sache les répercussions que cela aurait, indique Me Angela Potvin, son avocate. « Citoyenneté et Immigration Canada [CIC] ne m’a jamais donné de nouvelles. Je les ai appelés de nombreuses fois et on m’a dit que je pouvais rester. Je n’ai eu aucun risque d’expulsion en trois ans », indique la jeune mère.

 

En mai dernier, le couperet tombe pourtant : elle doit partir au plus tard le 30 août. « J’ai tout fait pour me régulariser, […] mais on veut me punir pour les crimes d’une autre personne. »

 

Sans les enfants

 

En instance de divorce, elle ne peut pas partir avec ses enfants de 8 et 5 ans, nés au Canada, car le jugement sur leur garde n’a pas été encore rendu. « Le père se bat pour la garde et repousse constamment la date, parce qu’il n’a pas d’avocat, explique Me Potvin. Si elle partait avec ses enfants, elle serait accusée d’enlèvement international. » En cas d’expulsion, les enfants seraient alors à la charge du père ou remis à la DPJ. « CIC veut prendre ma femme et mes enfants pour les perdre dans le système et peut-être même les séparer. Qu’est-ce que le Canada fait au monde que j’aime ? » s’indigne Mike, le nouveau parrain et conjoint de Sheila depuis deux ans.

 

La Cour fédérale du Canada rendra son verdict sur la demande de sursis mardi, le dernier recours pour Sheila. Me Potvin est optimiste, même si 99 % des demandes sont refusées. « Il y a tellement de faits saillants au dossier. Et puis, récemment un sursis a été accordé à une personne pour des faits quasi similaires. » Sheila souhaite aller au bout de ses démarches en cours. La garde de ses enfants et sa nouvelle demande de parrainage, mais aussi une demande de résidence permanente à titre humanitaire pour un accident de vélo en 2013 qui l’empêche d’exercer son métier de massothérapeute, et un diagnostic de cellules précancéreuses.

 

« Je suis une Canadienne qui est née dansle mauvais pays », dit-elle, rappelant que ses amis ne croyaient pas qu’elle était étrangère lors de leurs premières rencontres. Certains sont venus apporter leur soutien lors de la conférence, dépeignant Sheila comme une personne impliquée dans la société et l’éducation de ses enfants — dont l’une souffre d’un trouble du langage. « Je veux apporter des choses positives à la société », ajoute-t-elle.

 

Sheila ne voit rien de bon à un retour forcé au Mexique, même si le pays est considéré comme un pays sûr selon CIC, malgré un taux d’homicides et de disparitions parmi les plus élevés du monde. « Là-bas, je serai sans ressources et sans contacts. Je vais vivre dans la rue, je peux disparaître à tout moment, s’effraie la Mexicaine. Je ne sais même pas comment l’expliquer à mes enfants. Ils vont vivre un cauchemar. »

 

CIC a transféré notre demande d’entrevue au ministère de la Sécurité publique.

9 commentaires
  • Guy Mineault - Inscrit 25 août 2014 05 h 33

    La loi n'est pas toujours humaine

    C'est incroyable combien l'application "bébête" d'une loi peut aboutir à quelque chose de complètement inhumain. Séparer une mère de ses enfants parce que le père a été violent. Cela n'a pas de bon sens. Honte à la loi. J'espère que quelqu'un d'autorité pourra corriger tout cela.

  • Francois Parent - Inscrit 25 août 2014 07 h 38

    Un moyen d obtenir la citoyenneté qui échoué

    Elle n est pas la première à avoir des enfants sans avoir le droit de résidence en passant recevoir la citoyenneté canadienne par la naissance des ses enfants en territoire canadien et faire appel à un organisme humanitaire pour recevoir la citoyenneté. Une femme irresponsable elle cré des déchirures par ses décisions. Ce n est pas immigration Canada qui inhumain, les règles en matière en la matière sont claires et elle s'applique à tous. Elle a pris un gros risque avec des conséquences grave et malheureuse.

    • Luc Fortin - Inscrit 26 août 2014 06 h 28

      "Ce n est pas immigration Canada qui inhumain, les règles en matière en la matière sont claires et elle s'applique à tous."

      Ah oui! Ces règles sont-elles claires quand la parrain agresse des enfants? Aurait-elle dû éviter d'aller faire soigner son enfant, de se séparer du conjoint violent afin d'éviter de ne pas obtenir sa citoyenneté du Plus-Meilleur-Et-Plus-Empathique-Pays-du-Monde?

  • Catherine Paquet - Abonnée 25 août 2014 08 h 07

    Devenir canadienne.

    On peut se demander pourquoi, cette personne n'a pas demandé à devenir officiellement canadienne. La durée de sa résidence au Canada lui aurait permis de faire une demande. On lui a même dit qu'elle pouvait rester. Alors, on demande à comprendre...

    • Sylvain Auclair - Abonné 25 août 2014 12 h 41

      Non. Il faut le statut de résident permanent pour pouvoir faire une demande de citoyenneté. Elle n'a pas encore réussi à obtenir ce statut.

  • Peter Kavanagh - Inscrit 25 août 2014 15 h 37

    Le vrai probleme

    ''Le père se bat pour la garde et repousse constamment la date, parce qu’il n’a pas d’avocat'' Est-ce que ce n'est pas ça le vrai probleme?? On repousse la date car il n'a pas d'avocat, il ne prend pas d'avocat pour faire repousser la date.....Pourquoi laisser faire ça?? Est-ce que ça, ça ne devrait pas changer???

  • Michaël Lessard - Abonné 25 août 2014 15 h 47

    Il faut interdire les séparations forcées enfants/mères

    Il y a certainement de bonnes raisons légales et morales pour interdire ces séparations forcées où des mères sont déportées sans leurs enfants. C'est clairement cruel pour les enfants et la mère.

    Ce n'est pas la première fois et, à mon humble avis, les citoyen-nes du Québec devraient réagir fortement et tenter de bloquer ces situations.