Michael Sona n'a pas agi seul, estime un juge

Michael Sona a été victime de sa propre « arrogance », a déclaré jeudi un juge en prononçant un verdict de culpabilité contre cet ancien employé du Parti conservateur, pour avoir utilisé des appels téléphoniques automatisés afin de fournir de mauvaises informations aux électeurs lors du scrutin fédéral de 2011.

Mais en rendant son jugement, jeudi, le juge Gary Hearn, de la Cour supérieure de l’Ontario, a ajouté sa voix à ceux qui estiment que l’affaire des appels automatisés n’était pas le fait d’un seul individu agissant de son propre chef.

Sona, âgé de 25 ans, la seule personne jamais accusée dans ce dossier, a baissé la tête dans la salle d’audience du tribunal de Guelph, alors que des proches tentaient de retenir leurs larmes. Le jeune homme est passible d’une peine maximale de cinq ans de prison et d’une amende de 5000 $. Il était accusé « d’avoir volontairement empêché ou de s’être efforcé d’empêcher un électeur de voter ».

Le juge a rejeté le témoignage inégal et « largement intéressé » du témoin-vedette de la Couronne, Andrew Prescott, qui a obtenu l’immunité judiciaire avant de témoigner contre son ancien ami et collègue. Les autres témoins étaient bien plus crédibles, estime le magistrat : de jeunes employés conservateurs qui ont décrit de quelle façon Sona s’était rapidement vanté d’avoir mis au point un stratagème pour barrer le vote libéral, un plan qu’il comparait à ceux de la télésérie 24 heures chrono.

Aujourd’hui, la saga des appels automatisés de Guelph est bien connue. Au matin du 2 mai 2011, jour de scrutin national, des appels automatisés ont été faits en ciblant certains électeurs de Guelph — dont une majorité de partisans libéraux — avec des instructions erronées sur l’endroit où ils devaient aller voter. L’entreprise d’Edmonton qui a fait les appels, RackNine, avait été choisie par un client ayant donné de fausses identités — y compris le célèbre « Pierre Poutine » —, un téléphone cellulaire facturé à la minute et des cartes de crédit prépayées.

Dans leurs plaidoiries finales, la défense et la Couronne ont toutes deux dit croire que plus d’une personne avait mis ce stratagème au point. La possibilité d’une conspiration a longtemps été associée à cette affaire des appels automatisés, et le juge Hearn est bien d’accord avec cette hypothèse. « [Mais] même si les preuves indiquent qu’il n’a sans doute pas agi seul, [Sona] était quand même bel et bien impliqué dans le crime. »

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