Des enjeux du cinéma autochtone d’aujourd’hui

Une scène du tournage du documentaire Escale à Kitcisakik, de l’équipe du Wapikoni mobile
Photo: Source TQ Une scène du tournage du documentaire Escale à Kitcisakik, de l’équipe du Wapikoni mobile

Est-il plus délicat pour un non-autochtone que pour un membre des Premières Nations de mettre en scène la réalité des Premières Nations au cinéma ? Et quel est l’avenir du cinéma des Premières Nations ? Ce sont quelques-unes des questions qui ont été soulevées jeudi à une table ronde du colloque « Regards autochtones sur les Amériques », organisé par le festival Présence autochtone en collaboration avec le Wapikoni mobile, à Montréal.

 

Dans le documentaire Real Injun, diffusé en 2011, Neil Diamond, documentariste cri du Québec, montrait à quel point l’image des autochtones au cinéma était en grande partie fabriquée à Hollywood.

 

Il se souvenait d’avoir joué aux cow-boys et aux Indiens, dans sa communauté crie de Waskaganish, et du fait que les enfants de la communauté, qui étaient sans conteste des Amérindiens, souhaitaient plutôt jouer les rôles des cow-boys.

 

Aujourd’hui, les cinéastes autochtones sont plus nombreux à mettre en scène leur propre réalité. Autour de la table ronde, on retrouvait entre autres les cinéastes Yves Sioui Durand, Jeff Barnaby, Kim Obomsawin et Sonia Boileau, tous issus d’une communauté autochtone.

 

« On a des histoires dramatiques et le drame est un aspect majeur du cinéma », convient Yves Sioui-Durand, qui a réalisé entre autres le film Nana Mesnak. « J’ai essayé de rendre la réalité dans laquelle j’avais grandi, dit pour sa part Jeff Barnaby, qui signait récemment le film Rhymes from Young Ghouls. Et je me fichais de savoir ce que les non-autochtones en pensaient. »

 

Kim Obomsawin, réalisatrice du documentaire La ligne rouge, sur le hockey chez les jeunes autochtones, dit s’être donné pour mission, au moment de faire ce film, de montrer les aspects positifs de la communauté et les gens qui l’incarnent.

  

Wapikoni mobile

 

Et, depuis 10 ans, l’équipe du Wapikoni mobile travaille d’arrache-pied pour redonner aux autochtones leur voix et leur place dans le cinéma, en mettant à la disposition des jeunes des communautés quatre roulottes ambulantes et en leur enseignant les rudiments de la vidéo.

 

Kevin Papatie, un Anishnabe de Kitcisakik, y a appris à maîtriser la caméra. Son dernier film, Kokom, est en anishnabe, sous-titré en français, et aborde la question de la perte, puis du regain de l’identité anishnabe (algonquine).

 

Jeff Barnaby explique, quant à lui, que dans la culture autochtone tout est animé et que tout peut avoir une dimension spirituelle. « La réalité n’est pas ce qu’elle est, mais ce qu’elle représente », dit-il.

 

Quand un cinéaste autochtone s’adresse à des publics non-autochtones, il doit tracer un pont pour les rejoindre. Car, sans public non autochtone, le marché du cinéma est trop restreint.

 

« Si tu parles à un arbre, explique-le avant », dit-il à titre d’exemple.

 

Plusieurs réalisateurs ont aussi souligné le besoin criant de former des acteurs autochtones, en plus de ceux qui le sont déjà, pour bien incarner les réalités de ces communautés autochtones.

On a des histoires dramatiques et le drame est un aspect majeur du cinéma