Un guide pour dénoncer les modèles de beauté stéréotypés

Une immense publicité de H&M est affichée sur un édifice à Hollywood. La compagnie utilise des corps de synthèse pour ses images.
Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse Une immense publicité de H&M est affichée sur un édifice à Hollywood. La compagnie utilise des corps de synthèse pour ses images.

Les Québécois sont invités à porter plainte lorsqu’ils sont exposés à des images stigmatisantes à l’égard du poids, soit des images d’hypersexualisation ou de maigreur extrême, par exemple.

L’Association pour la santé publique du Québec a lancé vendredi un guide pour porter plainte contre la promotion du modèle unique de beauté dans l’environnement socioculturel. L’initiative est du Y des femmes, du groupe Équilibre et du groupe ANEB (Anorexie et boulimie Québec).

« Nous voulons sensibiliser la population à la présence de ces images, explique Émilie Dansereau-Trahan, de l’Association pour la santé publique du Québec. Nous voulons aussi prévenir l’habituation à ce genre d’images. »

À titre d’exemple, Mme Dansereau Trahan mentionne que la taille 000 (très très petit) est présentement en vogue à Hollywood, imposant des standards de beauté excessifs à ceux et celles qui veulent les atteindre.

« C’est la taille d’un enfant de huit ans », dit-elle.

Or, plus la population est exposée à ces images de mannequins excessivement minces, plus elle est insatisfaite de ses propres mensurations.

Et « les études démontrent que plus une personne est insatisfaite de son image corporelle, plus elle tend à consommer des outils médiatiques afin de se comparer et de chercher des solutions à son insatisfaction », peut-on lire encore dans le guide.

Contre Photoshop

Le guide s’en prend aussi à l’utilisation excessive de Photoshop, pour retoucher les corps des mannequins utilisés, entre autres, en publicité. Il vise la compagnie H&M, qui utilise des « corps de synthèse », soit des images de corps informatisés auxquelles on ajoute de vrais visages, « dans le but d’avoir des corps parfaits qui correspondent aux standards actuels ».

Le guide cite une étude intéressante réalisée aux îles Fidji, au sein d’une population qui n’avait jamais été exposée à la télévision. « Avant l’arrivée de la télévision, l’idéal pour la femme était plutôt celui d’un corps enveloppé qui représentait la maternité. [Les chercheurs] ont constaté, à peine trois ans après l’installation de la télévision dans la communauté, que les jeunes filles avaient intégré que la beauté pour une femme était synonyme de minceur et que le niveau de troubles du comportement alimentaire avait significativement augmenté. En effet, celles qui possédaient une télévision à la maison courraient trois fois plus de risques de présenter un trouble du comportement alimentaire. »

Les plaintes peuvent être acheminées à différents organismes, au CRTC par exemple, en vertu du Code canadien des normes sur la publicité. Le plus simple est sans doute de déposer la plainte à l’Association pour la santé publique, qui se chargera de l’acheminer à qui de droit.

« Les codes n’ont pas force de loi », précise cependant Mme Dansereau-Trahan. Et les plaintes ne se traduiront pas nécessairement par des amendes aux publicitaires, ajoute-t-elle. D’entrée de jeu, on veut d’abord et avant tout sensibiliser l’opinion publique au phénomène.

10 commentaires
  • Tony Arsenault - Inscrit 21 juillet 2014 07 h 34

    Et pour les hommes...

    Il serait aussi légitime de critiquer la façon dont les corps ultra-musclés courent la télévision. Si on est un homme, on est laid à moins d'avoir des biceps qui peuvent déchirer des manches de t-shirt par flexion et un six-pack.

    Les hommes ont autant de problèmes que les femmes face à l'idéal hyper-sexualisé, hyper-marketé du corps humain que nous fait avaler les médias. J'aimerais bien voir une campagne pour l'acceptation du corps qui englobe de façon égale les deux sexes.

    • Jean Richard - Abonné 21 juillet 2014 09 h 49

      Et pour les hommes...

      Et pour les enfants...

      Vous avez raison de nous faire remarquer que l'exploitation des prototypes de beauté ne s'appliquent pas qu'aux jeunes femmes. Elles s'appliquent aussi aux hommes et pire, aux enfants et ados. Cela va de l'idole préfabriquée (Justin Bieber par exemple, petite star d'une insignifiance remarquable mais à qui des millions d'ados rêvaient de ressembler) à l'enfant-modèle de la pub.

      Enfant de la pub ? Mais ils ne sont pas les seuls de qui on exige la beauté corporelle, il y a aussi les comédiens des télé-séries. Même notre télé nationale, Télé-Québec, n'y échappe pas totalement, les jeunes comédiens exploitant souvent un côté qui les rend sympathiques à leur jeune auditoire.

      Et si on faisait le contraire ? Et bien, on l'a fait. Il y a quelques années, une série américaine, Malcolm, a quasiment fait le tour de la planète. C'était probablement voulu, dans la famille de Malcolm, le plus beau était aussi le plus idiot et à l'inverse, le plus rusé était celui qui, avec son regard inexpressif et ses oreilles généreuses, ne suscitait probablement pas les envies de l'auditoire, à moins qu'on ne s'y trompe et qu'au fond, une telle approche ait permis à bien des enfants à qui on n'avait jamais dit qu'ils étaient beaux, de se faire une meilleure image d'eux-mêmes.

      Revenons à l'homme adulte. Récemment, dans les minutes qui ont suivi la victoire de l'Allemagne au championnat mondial de footbal au Brésil, les caméras se sont braquées sur un jeune joueur d'une façon un peu insistante. On s'est sûrement posé la question : dans quelle pub à la télé verra-t-on bientôt ce jeune homme ?

    • Benoît Gagnon - Inscrit 21 juillet 2014 10 h 30

      J'abonde dans le sens de M. Arsenault. Et j'en rajoute...

      Cette manière qu'ont certains groupes de pression au Québec de renier (ou d'omettre volontairement) la situation masculine dans des problématiques sociales qui touchent pourtant les deux sexes commence à m'agacer fortement (ici la beauté, auparavent la prostitution, et quoi d'autres encore?). Comme si on essayait de hyérarchiser les problématiques (d'abord les problématiques féminines, ensuite celles masculines).

  • André Martin - Inscrit 21 juillet 2014 08 h 38

    Hyperréalistes contre Surréalistes.

    Les publicitaires nous vendent des voitures qui se comportent comme des F-18, ou des humains qui vivent dans des corps de dieux et déesses photoshoppés, c’est un monde idéalisé ou un « statement »: une plus-value qui n'ajoute strictement rien au produit mais que les gens sont prêts à payer. À l’autre bout, une nouvelle député à l’Assemblée nationale porte la moustache : c’est un « anti statement », mais « statement » quand même.

    Vous dites que: « Avant l’arrivée de la télévision, l’idéal pour la femme était plutôt celui d’un corps enveloppé qui représentait la maternité ». À ce compte-là, les rondeurs de notre ministre de la Santé serait un gage de santé, mais ce n’est pas les cas.

    Dans l’antiquité, il y avait toute une variété de dieux et demi-dieux qui avaient tous en commun d’être plus que des humains. Comme aujourd’hui. Les super-héros Marvel d’Hollywood ont exactement la même fonction : les humains ordinaires font la queue au cinéma pour vivre autre chose que « de l’ordinaire ou du normal ».

    C’est la condition humaine : de l’être au néant, en passant par le rêve. À part devoir composer avec, je vois mal comment on pourrait réglementer l’aspect fantasmagorique de nos vies.

  • Julien-Félix Carrier - Inscrit 21 juillet 2014 09 h 35

    Les parents n'ont qu'à assumer leur rôle

    L'être humain est influençable, dépourvu de balises et de bon jugement, il cherche à plaire ou à se conformer en égards à ce qui lui est servi.

    L'élimination de publicité truquées, de magazine de variété/mode, ou de «modèles» de société, comme les vedettes de cinéma ou les stars de la musique, n'enrayera pas le problème de perception négative que vivent certaines personnes. L'on pourrait certainement intervenir au niveau de l'hypersexualisation des jeunes mais ici aussi les parents ont le pouvoir d'intervenir, ils ont la responsabilité d'éduquer convenablement leurs enfants.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 22 juillet 2014 06 h 48

      Il me semble qu'il y des gens qui sont totalement le contraire de ce que vous affirmez et qui réussissent justement à cause de cela.

      Dois-je citer des noms? - et cela ici comme ailleurs. Et ça existe aussi dans le monde ordinaire.

  • Pierre Marcotte - Abonné 21 juillet 2014 09 h 54

    Je ma rappelle Francine Ruel

    Qui a déjà dit, par rapport à ses courbes : "Les filles comme elle (en signifiant une modèle maigrichonne), ça se trouve sur tous les calendriers de garage. Les femmes comme moi, il y en a sur les tableaux de tous les musées du monde."
    Pour une rare fois, j'ai applaudi chez moi un événement à la télé.

  • Louise Gagnon - Inscrite 21 juillet 2014 14 h 44

    Le beau coté des choses a peu à voir avec l'esthétisme.

    Avoir juste ce qu'il faut de gras et se sentir léger, c'est bien agréable.
    Manger et boire juste ce dont notre corps a besoin, c'est bon pour la santé, cela diminue le risque d'avoir des cancers et prévient l'usure prématurée de nos articulations. Tout est plus agréable dans la vie quand on a atteint notre poids santé. Les assiette à double portion dans les restaurants ne sont pas une bonne idée. Il y a trop de gaspillage dans la culture d'hyper-abondance qui est la nôtre en ce moment.
    Les extrêmes ne sont pas rentables. Le juste milieu rend heureux.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 22 juillet 2014 06 h 55

      "Le juste milieu rend heureux"

      Je crois plutôt qu'en général, être heureux nous tient loin des extrêmes... Autrement on compense.