Quand le cirque sort les jeunes de la rue

Chaque année, le cirque Hors Piste accueille en moyenne 200 jeunes pour participer à leurs divers ateliers burlesques.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Chaque année, le cirque Hors Piste accueille en moyenne 200 jeunes pour participer à leurs divers ateliers burlesques.

Avec ses « dreads » bleus et ses boucles d’oreille dans le nez, Mélissa Blais a passé une partie de sa semaine à distribuer des dépliants pour inviter le public à assister, ce samedi, au spectacle du cirque Hors Piste qui fera place aux jeunes marginalisés et dans la rue. Depuis quelques semaines, cinq d’entre eux ont préparé de petits numéros de jonglerie, d’acrobaties et de comédies qui seront présentés dans la rue Sainte-Catherine, ce samedi après-midi, dans le cadre de Montréal complètement cirque.

 

À quelques heures du grand jour, Angie était très excitée de pratiquer, avec le reste de son groupe, les chorégraphies devant les curieux réunis à la place Émilie-Gamelin. « J’ai développé plus d’habileté au cerceau ces derniers temps », lance la jeune infirmière auxiliaire dans son costume de pirate. En 2008, elle avait décidé de participer à des ateliers du cirque Hors Piste alors qu’elle était incertaine de ses choix professionnels. « Je me demandais ce que j’allais faire et devenir. Moi, je voulais faire du cinéma, du théâtre, quelque chose d’artistique, mais mon milieu familial était trop contraignant. Ma famille voulait que j’aille en santé, mais je ne voulais pas être dans un cadre trop strict », raconte Angie qui revendiquait son droit à la différence. Dans ce tumulte familial, le cirque Hors Piste a permis à la jeune femme de se libérer de ses frustrations, de prendre plus confiance en elle et de s’accomplir.

 

En regardant ses jeunes protégés, la coordonnatrice du cirque Isabelle Massé avait les yeux qui brillaient de fierté. « Pour certains d’entre eux, c’est l’une des rares fois qu’ils se rendent jusqu’au bout d’un projet, souligne-t-elle. C’est tout un accomplissement qui leur a demandé énormément de courage et de persévérance. »

 

Chaque année, le cirque Hors Piste accueille en moyenne 200 jeunes pour participer à leurs divers ateliers burlesques. Ces « nouveaux artistes » sont parfois directement recrutés dans la rue, mais aussi auprès des organismes d’aide tels que Chez Pops ou Le refuge des jeunes. Le but n’est pas de dénicher la prochaine star du Cirque du Soleil, mais bien de leur offrir un cadre dans lequel ils peuvent développer leurs habiletés sociales et leur montrer une autre voie à suivre. La plupart des jeunes souffrent souvent d’une variété de problèmes, qu’ils concernent la consommation, la violence, la santé ou encore la communication. « Quand ils viennent, on ne leur demande pas de tout arrêter, mais on essaie en même temps de les aider à prendre conscience de leur difficulté », indique Mme Massé.

 

Au fil des années, elle aremarqué que ce cirque à vocation sociale était un bon moyen d’aider ces jeunes marginaux à progresser et même à lutter contre l’itinérance. À Montréal, on estime qu’il y a des milliers de jeunes de 15 à 30 ans qui vivent dans la rue ou dans une situation extrêmement précaire, et dont 30 % sont des filles. Des jeunes de partout au pays viennent aussi se réfugier pendant l’été dans la métropole. Selon les dernières données, on compte au moins 150 000 jeunes sans-abri au Canada qui vivent dans la rue ou dans des foyers.

 

Cette situation est heureusement loin d’être irréversible. Entre deux remises de dépliants, Mélissa raconte qu’elle a abouti volontairement dans la rue à l’âge de 17 ans. « J’ai consommé énormément de drogue de 10 à 16 ans et je suis tombée dans l’alcool à 19 ans. À partir de là, j’ai été pas mal sur le party », confie-t-elle avec la plus grande candeur. Pendant quelques années, tout y est passé : PCP, kétamine, GH, MDMA… « Ces drogues de synthèse sont faciles à trouver dans le milieu de la rue », reconnaît Mélissa qui consomme toujours, dit-elle, de façon « récréative ». Lorsquele cirque l’a approchée, sa vie a alors pris un autre tournant. « Ça m’a donné un boost. Veut, veut pas, quand tu décides de t’impliquer, tu n’as pas le choix d’avoir une certaineorganisation. Le soir tu ne peux pas brosser parce que tu as des choses à faire le lendemain », dit-elle. Cette nouvelle discipline inculquée au cirque lui aura même permis deretourner sur les bancs d’école. Mélissa s’est inscrite au certificat en psychologie sociale à l’université pour continuer d’oeuvrer auprès des jeunes de la rue. « Je crois beaucoup à l’intervention alternative que ce soit le cirque, la cuisine, le sport, la musique. Peu importe le médium utilisé, ça permet aux jeunes de s’ouvrir et c’est vraiment un grand dépassement de soi. »