Plusieurs Québécois à la rue le 1er juillet

Alors que certains peinent à trouver un logement, d’autres ont posé leurs boîtes ce week-end. Ci-dessus, Jeanne Goullieux et Arthur Malvolti ont déménagé sur le Plateau-Mont-Royal dans une chaleur intense.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Alors que certains peinent à trouver un logement, d’autres ont posé leurs boîtes ce week-end. Ci-dessus, Jeanne Goullieux et Arthur Malvolti ont déménagé sur le Plateau-Mont-Royal dans une chaleur intense.

Quelques matelas, chaises colorées et tables de bois ornent les trottoirs québécois depuis quelques jours, alors que des déménagements s’opèrent discrètement. C’est le calme avant la tempête. Le 1er juillet, toutes les boîtes sortiront des logements, mais une quarantaine de familles québécoises ont signalé aux services d’urgence de leur ville qu’elles ne savent pas où elles les déposeront.

 

Depuis le début du mois de juin, une centaine de familles ont contacté les services d’urgence de leur ville parce qu’elles n’auront plus de logement à partir du 1er juillet. Ces services ont permis à plus de la moitié de ces ménages de régler leur problème, mais une quarantaine de cas persistent. « Le problème se situe surtout à Gatineau, rapporte François Saillant, coordonnateur du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). Là-bas, le taux d’inoccupation des logements est de 5,8 %, ce qui est au-delà de la normale. Le problème n’est donc pas la disponibilité, mais le coût des logements, qui a augmenté de 40 % entre 2000 et 2013 alors qu’il était déjà très élevé, en raison de la proximité avec Ottawa. » Jeudi dernier, à Gatineau, 16 familles n’avaient pas de logis. Elles étaient donc pour la plupart « installées temporairement chez des parents, des amis ou des connaissances », détaille-t-il.À Québec et à Montréal, la situation est, selon lui, assez similaire à celle de l’an dernier.

 

En région aussi

 

En Abitibi-Témiscamingue, une crise dure depuis près de dix ans, indique François Saillant. « [La crise] est très liée […] au développement minier », indique-t-il. Ce secteur d’activité « a attiré des travailleurs d’ailleurs et ça a causé une rareté des logements très, très, très, très grande », ajoute-t-il.

 

En s’entretenant avec des responsables des services d’urgence de Val-d’Or, François Saillant a appris « qu’une dizaine de ménages s’étaient manifestés parce qu’ils n’arrivaient pas à se trouver quelque chose ».

 

Le FRAPRU n’a toutefois pas été très sollicité durant le week-end. « Depuis la crise des années 2000, où plus de 1000 ménages avaient dû recevoir de l’aide financière pour trouver un logement, les gens connaissent davantage les services et les contactent d’avance », explique M. Saillant. La majorité des personnes ont donc contacté les services municipaux ou le FRAPRU au début du mois de juin.

 

« Les appels d’urgence viendront surtout le 1er juillet et les jours suivants », craint néanmoins le coordonnateur. Il exhorte ceux qui se trouvent dans une mauvaise situation à passer à l’action sans tarder. « Il ne faut pas attendre à mardi prochain. Quelqu’un qui ne s’est toujours pas déniché de place doit absolument contacter les services d’habitation de sa municipalité », dit-il d’un ton insistant.

 

Trouver des déménageurs

 

Le souci d’autres citoyens a été de trouver un service de déménagement disponible le 1er juillet. « Lorsque j’ai appelé les entreprises de déménagement au milieu du mois de mai, on m’a dit que je m’y prenais trop tard pour avoir des déménageurs le 1er juillet, ou qu’ils ne seraient disponibles que tard le soir », raconte Catherine Lafortune, qui travaille dans le domaine des communications. La jeune femme a donc choisi de déménager le 3 juillet seulement, puisque cela convenait à la nouvelle locataire et lui permettait en même temps d’économiser 30 $.

 

David Fortin Côté, étudiant en science politique à l’Université du Québec à Montréal, a quant à lui décidé d’y aller graduellement. « Je déménage à dix minutes de marche de mon ancien appartement. J’ai donc utilisé une minivan pour transporter mes meubles, et pour tout le reste, un panier d’épicerie que m’a donné ma grand-mère », explique-t-il.

 

Les propriétaires de logements, quant à eux, craignent de retrouver les logements vandalisés ou mal nettoyés. Le président de l’Association des propriétaires du Québec (APQ), Martin Messier, raconte avoir personnellement dû se rendre dans un appartement dans lequel il y avait notamment « de la nourriture en train de pourrir dans l’évier et sur le comptoir ».

Dépôts illégaux

À l’approche de la journée du déménagement, le 1er juillet, le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec met en garde les locataires contre certains dépôts « illégaux » exigés par les propriétaires. Ainsi, à la signature d’un bail, il est courant que des propriétaires immobiliers demandent un montant d’argent en dépôt, notamment pour obtenir les clés ou pour des bris éventuels. Le Regroupement rappelle qu’il s’agit d’une pratique illégale et que les locataires qui ont déjà accepté ces dépôts sont en droit de récupérer les sommes versées. Selon le Code civil du Québec, un propriétaire ne peut exiger un dépôt autre que celui du premier mois du loyer. Ainsi, réclamer lors de la signature du bail le paiement de quelques mois de loyer à l’avance est aussi interdit. Selon le Regroupement, il s’agit d’une entrave majeure à l’accès au logement, particulièrement pour les ménages pauvres qui n’ont pas les moyens de verser les sommes demandées. L’organisme s’indigne donc des demandes formulées par les associations de propriétaires en faveur de l’instauration d’un dépôt de garantie, une caution qui serait conservée par le propriétaire s’il juge que le logement n’a pas été laissé dans un état convenable au départ du locataire.


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