Des minières canadiennes au banc des accusés

Pedro Landa et une quinzaine d’autres Sud-Américains sont venus témoigner des conséquences des activités des compagnies minières canadiennes sur leur qualité de vie.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Pedro Landa et une quinzaine d’autres Sud-Américains sont venus témoigner des conséquences des activités des compagnies minières canadiennes sur leur qualité de vie.

Cinq compagnies minières ont été montrées du doigt, en fin de semaine, lors du Tribunal permanent des peuples (TPP) qui se déroulait pour la première fois à Montréal. Pendant deux jours, un jury composé de huit experts internationaux a été appelé à évaluer l’impact des activités minières de Barrick Gold, Goldcorp, Tahoe Resources, Blackfire Exploration et Excellon Resources en Amérique latine.

 

Après avoir entendu de nombreux témoins et spécialistes, ils en sont venus à la conclusion que « ces minières seraient responsables de plusieurs violations des droits de l’homme et que le gouvernement canadien est en partie responsable pour ne pas les avoir empêchées et même pour avoir facilité ces violations. »

 

« Les compagnies minières canadiennes agissent souvent comme de nouveaux colonisateurs. Elles arrivent dans les pays, prennent possession des terres et violent les droits des peuples à l’autodétermination », a déploréMireille Fanon-Mendès-France, l’un des huit experts qui siégeaient dans le jury, lors de la lecture du verdict dimanche après-midi. Cette spécialiste française, qui oeuvre au Conseil des droits de l’homme à l’ONU, a principalement dénoncé les discriminations causées par les activités minières canadiennes sur les peuples autochtones et les communautés avoisinantes.

 

Gérald Larose, professeur de travail social à l’UQAM et aussi membre du jury, a pour sa part indiqué que les violations commises par les minières canadiennes pouvaient varier d’un pays à l’autre. « Après avoir entendu de nombreux témoignages, nous avons pris connaissance de plusieurs irrégularités graves allant d’actes de discrimination à des violences envers des membres de communautés affectées par leurs activités », a-t-il déclaré.

 

Témoignages

 

Lors de la fin de semaine, une quinzaine de témoins venus du Honduras, du Chili, du Guatemala, du Mexique et de l’Équateur ont d’ailleurs défilé pour raconter ce qui se passait dans leur pays et pour expliquer les conséquences des activités des compagnies canadiennes sur leur qualité de vie. L’un d’entre eux, Pedro Landa a raconté que des contaminants avaient été laissés sur l’ancien site minier de San Martin, auparavant exploité par Goldcorps et sa filiale Entre Mares, dans la vallée de Siria au Honduras. « La mine est maintenant fermée, mais ils ont laissé un dépôt de contaminants dans lequel on retrouve du sulfure et c’est dangereux pour la santé. Au moins 27 personnes ont été malades jusqu’à présent », a-t-il affirmé.

 

La sociologue Lina Solano Ortiz est pour sa part venue raconter que les femmes des communautés étaient souvent les premières victimes des activités minières. « En 2007, on a dû déplacer une partie de la population pour ouvrir la mine près du lac Isabal au Guatemala et plusieurs femmes ont été violées lors de la délocalisation », a-t-elle dit. « Ce ne sont pas nécessairement des employés des compagnies minières canadiennes qui commettent directement ces violations, mais quand les gens sont forcés de quitter leur demeure, ce genre de situation peut malheureusement arriver », précise-t-elle.

 

Certes, le TPP n’a pas le pouvoir de condamner ni même de poursuivre les compagnies minières canadiennes qui sont mises dans ce cas-ci sur la sellette. Les minières n’étaient d’ailleurs pas présentes pour assumer leur défense, quoiqu’elles aient été invitées à y assister. Ce genre de tribunal, qui est en quelque sorte une tribune pour la société civile, vise plutôt à donner la parole aux communautés, mais aussi à sensibiliser la population en ce qui concerne les violations des droits de l’homme. Depuis 1979, une quarantaine de TPP ont été organisés dans le monde sur divers sujets, notamment sur le génocide arménien, le droit d’asile en Europe ou encore les violations des droits de l’homme en Algérie.

 

« On a voulu organiser ce TPP pour que les Canadiens sachent ce qui se passe à l’étranger et pour dénoncer par le fait même le virage de la politique étrangère canadienne qui est de plus en plus axée sur ces entreprises », explique Gérardo Aiquel, le coordonnateur du TPP de Montréal. « Que ce soit Exportation et Développement Canada, qui aide les minières par divers soutiens financiers, ou l’ACDI, qui appuyait les démarches dans certains pays de l’Amérique latine pour alléger les lois minières, le TPP permet de voir quelle est notre part de responsabilité », ajoute-t-il en rappelant que plus de 230 entreprises minières canadiennes opèrent en Amérique latine. À vrai dire, près de 1500 projets miniers y étaient enregistrés en 2013 et étaient exploités par des entreprises inscrites à la Bourse de Toronto.

 

Direction Ottawa

 

À ce sujet, la représentante du secrétaire international de la FIAN à Genève, Ana Maria Suarez Franco, note que les Canadiens ont le pouvoir de demander des comptes et même d’influencer les activités des minières canadiennes. « Comme ces activités sont en Bourse, les contribuables canadiens ont souvent des actions dans ces entreprises via leurs fonds de pension. Ils ont le droit de demander des comptes aussi au gouvernement qui favorise le climat d’affaires des minières », rappelle-t-elle.

 

Le professeur de droit international à l’Université de Tarragona Antoni Pigrau Solé a pour sa part tenu à dire que les Canadiens ont le devoir de s’informer sur les activités des minières et aussi de leur gouvernement qui crée les conditions de violations des droits de l’homme en Amérique latine. « À la lumière des conventions internationales et des nombreux témoignages, nous pouvons juger que l’État canadien a une responsabilité à la fois par ses actions favorisant à outrance l’industrie extractive et son inaction face aux violations des droits commis par les minières canadiennes », a-t-il dit lors de la lecture des conclusions.

 

Ces prochaines semaines, les membres du TPP feront parvenir leurs conclusions et leurs recommandations au gouvernement Harper, de même qu’à la Commission interaméricaine des droits de l’homme et aux Nations unies. Ce mardi, un petit groupe de militants se rendra aussi à Ottawa pour remettre au gouvernement un rapport sur les violations des droits de l’homme commises par les minières canadiennes en Amérique latine, où 22 cas ont été examinés dans divers pays.

13 commentaires
  • Denis Miron - Inscrit 2 juin 2014 04 h 10

    La défense des droits de l’homme, c’est toujours plus intéressant de faire cela ailleurs que chez nous, tout comme la démocratie d’ailleurs

    Va-t-il falloir envoyer John Baird, ministre des affaires étrangères, en Amérique du sud comme on l’a mandaté pour défendre les droits de l’homme et la démocratie en Ukraine..?

    N’oublions pas que l’aide humanitaire est maintenant confier aux entreprises.

    Va-t-il falloir envoyer John Baird, ministre des affaires étrangères, en Amérique du sud comme on l’a mandaté pour défendre les droits de l’homme et la démocratie en Ukraine..?

    N’oublions pas que l’aide humanitaire est maintenant confier aux entreprises.

    Le gouvernement canadien a envoyé 350 représentants pour surveiller les élections en Ukraine et pas un seul au TPP à Montréal.

    La défense des droits de l’homme, c’est toujours plus intéressant de faire cela ailleurs que chez nous, tout comme la démocratie d’ailleurs


    La défense des droits de l’homme, c’est toujours plus intéressant de faire cela ailleurs que chez nous, tout comme la démocratie d’ailleurs

    • Jean-Marc Simard - Abonné 2 juin 2014 11 h 08

      D'accord avec vous !

      Faire la morale aux pays qui ne respectent pas les valeurs démocratiques n'est pour le Gouvernement Harper qu'un prétexte à faire son "power trip"...Démocratie bien ordonnée commence par soi-même...Le Gouvernement Harper devrait se regarder dans le miroir plus souvent et réfléchir plus ardemment sur ses propres politiques, au lieu de se vanter d'être le plus démocrate des partis politiques...En outre tout le monde sait très bien qu'il n'y a rien de plus autoritaire qu'une entreprise économique qu'elle soit minière, financière ou autre...

  • Daniel Houx - Inscrit 2 juin 2014 05 h 58

    Idem

    Pourquoi ces compagnies se conduiraient elles d'une autre façon ailleurs?? N'est pas ce qu'elles font dans leur propre pays?

    • simon villeneuve - Inscrit 2 juin 2014 11 h 27

      Exactement.

      Et les gouvernements (dont le notre) font encore confiance a ces compagnies ...

  • Guy Vanier - Inscrit 2 juin 2014 06 h 03

    Perte de temps!

    <Ces prochaines semaines, les membres du TPP feront parvenir leurs conclusions et leurs recommandations au gouvernement Harper, de même qu’à la Commission interaméricaine des droits de l’homme et aux Nations unies. Ce mardi, un petit groupe de militants se rendra aussi à Ottawa pour remettre au gouvernement un rapport sur les violations des droits de l’homme commises par les minières canadiennes en Amérique latine, où 22 cas ont été examinés dans divers pays.>

    harper est au courant de tout ça depuis longtemps! Et continu de protéger les minières contre toutes attaques légales ou autre.
    Attention les amis barrick Gold pourrait vous poursuivre comme il l'ont fait pour les auteurs du livre NOIR CANADA, Écosociété.

    www.ledevoir.com/culture/livres/363912/chut-on-exp

  • Jacques Morissette - Abonné 2 juin 2014 08 h 12

    Quand une culture dénaturée de colonisateurs sert à écraser les autres.

    Ces compagnies minières se considèrent comme "normales", de même qu'un gouvernement complice, en leur facilitant les choses de mille et une façons. Beaucoup de chemin resterait à faire pour leur faire prendre vraiment conscience pour que la place des entreprises ait du sens. Il faudrait qu'elles tiennent plus compte de la qualité de vie des autochtones qui sont tout simplement exploités, au nom du dieu capital. De ce point de vue, les minières sont un peu comme des pantins, d'agir comme des colonisateurs sans contraintes, devant l'autel du dieu capital. À force d'abuser des autochtones, elles érigent au final des murs de la honte.

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 2 juin 2014 08 h 37

    Et nos régimes de retraite ?

    À l'époque de la poursuite-bâillon de la minière BARRICK GOLD contre la maison d'édition Écosociété et les auteurs du livre NOIR CANADA, certains fonds mutuels du Mouvement Desjardins avaient alors des actifs dans cette minière. Est-ce que le mouvement Desjardins a mis en place, depuis, des pratiques d'investissement équitable pour TOUS ses fonds d'investissement ?

    Est-ce que les régimes de retraite du secteur public investissent dans ces compagnies qui sont encore aujourd'hui au banc des accusés ?

    Est-ce que le gouvernement du Québec soutient directement ces compagnies par ses placements ?

    Est-ce que quelqu'un, au gouvernement, a ses préoccupations en tête ou est-ce plutôt l'argent, et rien d'autre, qui mène le monde ?

    • Jacques Morissette - Abonné 2 juin 2014 09 h 17

      Monsieur Vaillancourt, vos questions sont très pertinentes. Ajoutons à cela que ce tribunal internationnal est quasiment virtuel, d'un certainpoint de vue. Est-ce pour simplement se déculpabiliser qu'on le fait?

    • Renelle Gagnon - Inscrite 2 juin 2014 13 h 27

      Voici une action en ligne appelant au désinvestissement public de la Caisse de dépôt et placement et du Fonds de pensions du Canada dans Goldcorp. À partager!
      http://www.blueplanetproject.net/lefildelargent/in