Écoles juives: les hassidim sont prêts à négocier

Selon Alex Werzberger, certaines matières obligatoires au programme ne seront jamais enseignées dans les écoles juives, « point final ».
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon Alex Werzberger, certaines matières obligatoires au programme ne seront jamais enseignées dans les écoles juives, « point final ».

La communauté hassidique se dit prête à « négocier » de nouveau avec le gouvernement pour se conformer aux lois sur l’enseignement, mais certains points, comme l’enseignement de la science et des religions, seront intouchables.

 

Québec peut mettre des balises, mais il ne peut pas les « forcer » à faire quelque chose qui va à l’encontre de ce qu’a décidé la communauté, a déclaré au Devoir en entrevue téléphonique Alex Werzberger, le porte-parole de la Coalition d’organisations hassidiques d’Outremont (COHO). « Il y a toujours des choses sur lesquelles certaines écoles ne négocieront pas », dit-il en criant dans son cellulaire, comme pour enterrer le vacarme de la rue.

 

Selon lui, certaines matières obligatoires au programme ne seront jamais enseignées dans les écoles juives, « point final » affirme-t-il, très catégorique. Exit le cours Éthique et culture religieuse ainsi que les cours de biologie et de sciences. « On ne veut pas enseigner la théorie de l’évolution. À un enfant à qui on a dit toute sa vie que c’est Dieu qui avait créé la Terre, on ne va pas soudainement lui dire le contraire. »

 

Sur d’autres sujets, comme veiller à ce que tous les enseignants embauchés aient des brevets, il admet qu’ils devront « mettre de l’eau dans [leur] vin ». « Ça doit se faire des deux côtés, réitère-t-il. Dans une négociation, il faut qu’il y ait du give and take.On a l’impression que le gouvernement fait juste take, take, take. »

 

Il ne s’étonne pas non plus que le sujet refasse surface périodiquement dans les médias. « Au Québec, quand on parle de religion, les gens deviennent nerveux », déplore-t-il.

 

Deux solitudes

 

Promoteur immobilier, M. Werzberger est un homme d’affaires occupé. En plus d’être le leader de la communauté juive orthodoxe, le septuagénaire siège également au Comité consultatif d’Outremont. L’homme est aussi connu par certains parce qu’il poursuit Pierre Lacerte, un résidant du même arrondissement, pour diffamation et harcèlement. Il a d’ailleurs été débouté plusieurs fois.

 

Né à Satu mare, en Roumanie (qui a été momentanément annexée à la Hongrie pendant la Seconde Guerre mondiale), M. Werzberger est arrivé au Québec alors qu’il était encore enfant, en 1949, sa famille ayant fui la Shoah. Sa langue maternelle est le yiddish — il finira par parler six langues, dont l’hébreu, le hongrois et l’allemand — et il apprend l’anglais ici à l’école.

 

Jamais il n’aurait cru que le « très timide » garçon qu’il était deviendrait un jour porte-parole de la communauté hassidique d’Outremont. L’entretien se déroule en anglais, mais M. Werzberger a appris le français dans la rue et en lisant les journaux et en écoutant la radio. La majorité de ses employés sont francophones, et parler la langue de la société qui l’accueille lui ouvre des portes. Il en est conscient.

 

« Quelque part au Québec, j’étais allé dans un magasin pour acheter des fruits et le gars me regardait de façon très suspicieuse. Il a été si étonné et content que je lui parle en français qu’il m’a presque fait partir sans payer. »

 

Il préfère Montréal, qui combine le meilleur de l’Europe et de l’Amérique du Nord et « où il fait bon élever une famille », à New York, qui va « trop vite ». Il sait que, dans la métropole, la cohabitation, quoique parfois tendue, est beaucoup plus harmonieuse que dans certaines grandes villes du monde. Son credo : intégration, mais pas assimilation. « Je suis d’accord pour qu’il y ait plein de groupes qui cohabitent. Mais on ne doit pas devenir “un” », note-t-il.

 

Construire des ponts

 

Dans les années 1950-1960, malgré les regards obliques à leur endroit, il y avait néanmoins plus de « compréhension », selon lui. La situation s’est améliorée jusqu’à la montée au pouvoir du Parti québécois et la lutte identitaire des Québécois francophones, analyse-t-il sans grandes nuances.

 

« L’intolérance, le Parti québécois a beaucoup à voir avec ça, dit-il. Les Québécois pensent qu’on est strictement anglophones et strictement religieux, mais ce n’est pas tout le monde. Il y a une fausse perception de nous, qu’on vole les emplois. […] On est simplement des gens qui ont une manière de vivre différente et qui veulent une belle vie. »

 

Depuis, la situation s’est envenimée, analyse-t-il sévèrement. Alex Werzberger ne nie pas que les communautés pourraient « coopérer » davantage, créer des ponts. « On ne peut pas demander aux francophones de faire tous les efforts, mais pas plus aux juifs. Ça doit être du give and take. C’est faisable. »

 

L’élection de Mindy Pollak comme conseillère municipale pour Projet Montréal dans Outremont permettra sans doute un certain dialogue. M. Werzberger se vante d’avoir été le premier à l’appuyer. « C’est une bonne fille et une bonne communicatrice. Elle saura bien faire son travail. »

Les écoles juives en 5 dates

2005: Pierre Reid, ministre de l’Éducation, décide de faire passer le financement des écoles juives de 60 % à 100 %, soit à la hauteur de celles du réseau public, avant de reculer.

2008: Le nouveau cours Éthique et culture religieuse devient obligatoire, mais les écoles juives refusent de l’enseigner

2009: Michelle Courchesne, ministre de l’Éducation, signe une entente avec six écoles juives récalcitrantes, envisageant de leur permettre d’enseigner le dimanche.

2012: La ministre Courchesne augmente la subvention annuelle aux écoles qui enfreignent toujours la loi sur l’enseignement privé.

2014: La plupart des écoles juives visées par l’entente de 2009 détiennent toujours un permis et reçoivent encore des subventions, malgré les irrégularités qui persistent.
77 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 2 juin 2014 00 h 39

    Secte au sens stricte.

    Négocier quoi? Pas de science, refus de cours obligatoire, et ce comportement sectaire devrait être encouragé par des subventions publiques sinon les Québécois seraient intolérant, à cause du PQ par dessus le marché?! C'est tellement gros que sur Internet, ce genre de diatribe est qualifiée de ''troll''.

    Il y a des limites à prendre les Québécois pour des imbéciles.

    Dans le procès maintes-fois perdu par de très mauvais citoyens voulant bâillonner Pierre Lacerte, le juge de la cour d'appel a salué l'engagement citoyen de M Lacerte et dénoncé la mauvaise foi systématique de M. Werzberger. Tirez-en les conclusions qui s'imposent.

    J'espère que le gouvernement va enfin prendre ses responsabilités pour s'assurer que les enfants reçoivent une éducation conforme aux exigences du ministère de l'Éducation. Et non, ces exigences minimales ne constituent pas de l'antisémitisme ni de l'intolérance.

    • Nicole Moreau - Inscrite 2 juin 2014 07 h 50

      je suis d'accord avec votre commentaire, le régime pédagogique est supposé représenter des normes minimales et communes pour tous les enfants, pourquoi les membres de cette communauté en seraient-ils privés? surtout que nous vivons dans une société où la science et la technologie qui en découlent ont une importance majeure.

      je ne comprends pas au nom de quoi cette communauté pourrait-elle avoir le droit de "négocier" avec le gouvernement dûment élu un régime particulier, il me semblait que les "accommodements raisonnables" ne pouvaient être accordés qu'à des individus, au cas par cas, et non pas à une communauté.

      où en serions-nous si chaque communauté s'arrogeait, en dépit du consensus sur le régime pédagogique (celui-ci est le produit de multiples consultations d'un grand nombre d'intevenants) le droit d'y déroger, il ne pourrait plus y avoir d'éducation publique, sans doute.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 2 juin 2014 10 h 44

      Bien d'accord avec vous. J'ajouterais que cette communauté est riche. Ils ont de l'argent alors qu'ils paient pour leurs propres écoles. Fini les subventions puisqu'ils ne veulent pas se conformer au programme d'étude du Ministère...Leur refus d'enseigner les sciences en particulier n'est pas la meilleure façon de faire apparaître un futur Einstein, lui-même Juif, parmi leur rang...En outre cette attitude autoritaire de leur leader M. Werzberger équivaut à faire de l'emprisonnement intellectuel, mental et moral...

  • simon villeneuve - Inscrit 2 juin 2014 01 h 23

    Et bien

    Comme ca moi aussi je pourrais faire du "give and take" , comme dit M. Werzberger, avec la loi si je decide de devenir religieux ?

    La loi P-6 contres les manifestations, les lois de securite routiere, loi des impots, etc ?

    Que M. Werzberger m'indique ou se trouve le sanctuaire religieux pour que je puisse me convertir au plus vite a sa religion ...

  • André Chevalier - Abonné 2 juin 2014 04 h 05

    Qu'ils enseignent ce qu'ils veulent...

    ...mais pas à nos frais !

    Je ne comprends pas la complaisance de nos gouvernements à leur égard... où, plutôt, j'ai peur de comprendre !

    • François Dugal - Inscrit 2 juin 2014 07 h 43

      Pas de conformité, pas de subvention.
      Comme le disait mon ancien professeur de géographie, l'abbé Primeau: "c'est-y clair?"

    • Lise Bélanger - Abonnée 2 juin 2014 07 h 44

      Je vous comprends, quand on lit l'encadré qui informe sur les moyens utilisés par le gouvernement libéral de 2005 à 2014, j'ai peur moi aussi.

      Tout s'achète n'est-ce pas?

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 juin 2014 07 h 47

      Même pas. Leurs enfants ont des droits.

    • Sylvain Bolduc - Abonné 2 juin 2014 09 h 47

      Négocier???

      Il doit y avoir des ententes secrètes avec les libéraux que l'on ne connaîtra jamais :(

    • Nicole Moreau - Inscrite 2 juin 2014 10 h 51

      je crois, à l'instar de monsieur Auclair, que les enfants ont des droits et que la communauté ne peut passer outre à ces droits, qu'il s'agisse des juifs hassidiques ou des Québécois, pris dans leur ensemble, les juifs hassidiques vivant au Québec, doivent, après tout, être considérés comme des Québécois.

    • Patrick Boulanger - Inscrit 2 juin 2014 11 h 11

      @ M. Bolduc

      « Il doit y avoir des ententes secrètes avec les libéraux que l'on ne connaîtra jamais (M. Bolduc) »?

      M. Bolduc, le problème des écoles illégales existait également quand le PQ était au pouvoir. Par conséquent, ce dossier-là ne se réduit pas à une « affaire libérale ».

    • Pierre Rouve - Inscrit 2 juin 2014 12 h 21

      Pasq de conformité, donc pas de subvention, mais surtout pas d'autorisation d'exister, fermeture obligatoire des établissements concernés et inscription d'office des enfants dans des écoles "conformes"

    • Richard Laroche - Inscrit 2 juin 2014 13 h 02

      100% d'accord. Coupez les subventions et laissez les écoles 100% privées décider de ce qu'ils veulent enseigner. Si vraiment les parents jugent qu'une telle éducation est meilleure, soit. Cette communauté n'aura aucun scientifique dans ses rangs d'ici 20 ans. Est-ce un bon choix ou pas? Malgré toutes nos intuitions, seul l'avenir nous le dira.

      C'est pas à vous d'imposer votre vision personnelle de force pour faire l'éducation des enfants des autres. Même si les manières des autres vous paraissent bizzare. Tant que les enfants ne sont pas victimes d'agression et de violence, il n'y a aucune intervention moralement admissible dans cette affaire.

      C'est triste pour ces enfants si ils veulent apprendre les sciences, mais ils auront toujours la possibilité de prendre des cours de rattrapage quand ils seront adultes (ou au moins à 16 ans) et auront un droit légal de prendre leurs propres décisions.

    • Louise Gagnon - Inscrite 2 juin 2014 15 h 27

      "...j'ai peur de comprendre !"
      Je crois comprendre la même chose que vous M. Chevalier.
      Quand quelqu'un a frayé avec les paradis fiscaux, nous sommes en droit de croire que sa priorité c'est d'abord et avant tout non le bien de ses concitoyens mais son propre profit personnel.
      Tous ceux qui se présentent aux élections devraient passer par une évaluation complète de leurs choix financiers antérieurs avant d'être admissibles à la gouvernance de millions de personnes. Et seuls les parfaitement honnêtes devraient passer la barre.
      De plus, la ligne de partie devrait être immédiatement abolie afin de permette aux députés honnêtes de faire leur véritable devoir de citoyen. Ce ne sont pas des esclaves quand même !!! Suivre sa conscience, c'est certainement le droit humain le plus fondamental.

  • Daniel Houx - Inscrit 2 juin 2014 05 h 54

    Xénophobie

    Avec de tels propos, c'est plus difficile de ne pas devenir xénophobe.

    Si je m'installe au Québec, j'obéis au loi du Québec. Et ça ce n'est pas négociable.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 2 juin 2014 07 h 54

      Je ne veux pas "casser votre party" mais nous sommes malheureusement encore dans ce Canada multiculturaliste et plusieurs religions prennent avantage de ce fait.
      Pourquoi pensez-vous que ces religions ne voulaient pas de la CHARTE??
      Il y a aussi les "dons" que font ces religions aux partis politiques. Cette pratique leur permet de demeurer puissantes et quasi incontrôlables et ce dans beaucoup de pays supposémment démocratiques.

    • Nicole Moreau - Inscrite 2 juin 2014 08 h 22

      la position de ce groupe me semble, à moi aussi, inacceptable et je ne crois pas que c'est faire preuve de xénophobie de le penser

      accepter les lois de la communauté dans laquelle on vit, c'est la base de la société, sans ça, on retourne à la loi du plus fort

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 juin 2014 09 h 23

      Monsieur Lachaine,
      Des parents catholiques ont contesté en cour le cours d'ÉCR et ont perdu. Ça augure mal pour ces hassidim.

    • liberal nul - Inscrit 2 juin 2014 16 h 37

      vrai

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 2 juin 2014 05 h 58

    Société d'accueil ou de convenance

    Ils ne veulent pas enseigner la théorie de l'évolution et par le fait même, pas de cours de biologie et de sciences. Ils ont leur propre religion et ne veulent pas de cours d'éthique et culture religieuse.
    Ils seront intolérants sur ces points pendant une négociation avec le gouvernement.

    M. Werzberger est au Québec depuis 1949, il connait donc les problèmes que les francophones ont vécus avec leur langue, leur religion catholique bistournée, leur système d"éducation et de santé.

    Nous sommes heureux qu'il parle 6 langues et qu'il ait fait de l'anglais sa langue primaire au Québec en plus d'être un homme prolifique et respecté sur sa terre d'accueil.
    Nous sommes heureux qu'il préfère Montréal et qu'il la considère plus harmonieuse que certaines grandes villes du monde.
    Seriez-vous plus Montréalais que Québecois ?
    Maintenant, sachez que les Québecois ne vous feront pas vivre l'assimilation que le Canada anglais cherche à leur imposer depuis lors Durham.
    Sachez aussi que le parti Québécois n'est pas intolérant et ne veut pas imposer une vision unique au Québec. Si nous avons bien compris, il cherchait avec sa "charte des valeurs", a ce qu'il n'y ait pas d'influence religieuse à l'intérieure des institutions de l'état. Nous savons que le reste était électoraliste.
    "La fausse perception de vous" comme vous dites, ce n'est pas le parti québécois qui la diffuse et vous le savez. Toutes les sociétés ont leurs voyous et nous avons les nôtres.
    Cependant, il y a des règles d'intégration qui s'appliquent à tous ceux qui viennent s"établir au Québec. Nous avons un système d'éducation avec des règles. Vous avez amorcé des négociations avec les libéraux de Mme Courchesne, vous avez pris le financement, mais vous refusez les règles. Vous refusez la "charte du parti Québécois" en raison des signes ostentatoires.
    Finalement, vous prenez ce qui vous convient de votre société d'accueil et le reste ...
    Le Québec est-il une société d'accueil ou une société de convena

    • Estelle Bernier - Inscrite 2 juin 2014 10 h 35

      D'une part, je ne comprends pas pourquoi vous évoquez Lord Durham et l'assimilationnisme en faisant un parallèle avec le Canada anglais. Le Canada n'a pas un modèle d'intégration assimilationniste, mais multiculturaliste. D'autre part, la communauté juive est implantée au Québec depuis longtemps, alors pourquoi parler de règles d'intégration? On parle ici de laïcisation, et non d'immigration.

    • Pierre Rouve - Inscrit 2 juin 2014 12 h 24

      Je dirais qu'à ce que je comprends, la "société d'accueil" est devenue une "société de connivence", grâce à la complicité, la lâcheté, l'irresponsabilité, l'aveuglement des gouvernants et de ceux qui les élisent