Rouler pour se faire une place au soleil

Suzanne Lareau (devant), présidente de Vélo Québec, a rappelé que le premier Tour se voulait une déclaration politique.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Suzanne Lareau (devant), présidente de Vélo Québec, a rappelé que le premier Tour se voulait une déclaration politique.

Le Tour de l’île de Montréal, la grande fête annuelle du vélo, célébrait dimanche sa trentième édition. Environ 25 000 cyclistes de tous les âges et de toutes les conditions ont pris le départ de différents parcours allant de 25 à 130 km.

 

« On oublie aujourd’hui, explique Suzanne Lareau, présidente de Vélo Québec, que c’était au départ un geste politique que d’organiser cette manifestation. On s’était inspirés de Bike New York pour montrer que le vélo était pratiqué par beaucoup de monde et qu’il fallait en conséquence penser aux cyclistes. Il n’était pas question alors de rassembler juste les militants, mais d’ouvrir l’événement au plus grand nombre possible, dans un esprit de fête qui, en fin de compte, conduisait encore mieux à des résultats politiques. »

 

Est-ce encore politique ce Tour de l’île ? « Les administrations des villes aménagent des voies cyclables. C’est bien. Mais il va falloir que les villes deviennent vite plus conviviales. On s’en rend compte de plus en plus. Pas seulement pour le vélo, mais aussi pour les piétons. Les populations vivent de plus en plus à la ville. Tout le monde ne pourra avoir une auto. »

 

Cohabiter avec la Formule 1

 

Le maire Denis Coderre, présent au départ de l’événement, a salué l’immense foule de cyclistes massés près du parc La Fontaine. « Bienvenue dans la capitale du vélo ! », a-t-il lancé au micro.

 

En entrevue avec Le Devoir, le maire a insisté pour dire que Montréal ajoute « environ 50 km de pistes cyclables par année à son réseau ». Il dit ne pas avoir encore pris la décision d’arrêter les vélos collectifs Bixi. « Je me laisse jusqu’à l’automne pour y réfléchir. Mais vous savez que si je n’avais rien fait, ce serait déjà fermé. »

 

Les pistes cyclables peuvent-elles espérer goûter à la sécurité d’une chaussée lisse et sécuritaire, comme celle que l’on s’affaire à préparer ces jours-ci au circuit automobile Gilles-Villeneuve ? « Mêlez pas la Formule 1 à ça », a tonné le maire Coderre. « Le vélo est capable de cohabiter avec la Formule 1. » À plus d’une reprise, le nouveau maire a promis de participer au Tour de l’île à vélo l’an prochain.

 

Le 13 octobre 1985, pour sa première édition, le Tour de l’île rassemblait seulement 3000 personnes sous une pluie froide. En 1986, l’événement a lieu en juin. Cette fois, il y a 15 000 cyclistes. « Le plus grand événement participatif de ce genre à l’époque, le marathon de Montréal, rejoignait 12 000 personnes, explique la directrice de Vélo-Québec. Personne ne croyait que nous aurions autant de monde. » Il y aura jusqu’à 45 000 participants. La formule actuelle, plus encadrée, permet de voir rouler plus de 25 000 cyclistes.

 

Il y en avait de tous les genres dimanche. Paul Dussault et sa compagne étaient venus avec leur beau tandem. « J’ai organisé des sorties de tandems pour les aveugles, dont un tour du Québec. » Simon Dugas était lui aussi le capitaine d’un tandem avec derrière sa fille de 11 ans. « Mon beau-père utilisait ce vélo avec ma blonde pour faire le Tour de l’île lorsqu’elle avait 14 ans. Elle en a 41 aujourd’hui… C’est au tour de ma fille de vivre ça sur le même vélo. »

 

Dans Hochelaga-Maisonneuve, un prêtre en longue soutane saluait les cyclistes de sa main blanche, depuis le perron de son église. Dans la 55e avenue, après avoir longé les précipices des vieilles carrières sur des routes de gravillons, on retrouvait la vie de quartier des dimanches d’été près du boulevard Duplessis. À l’eau de son tuyau d’arrosage, un homme nettoyait son entrée de cour sans se soucier des cyclistes tandis que son voisin faisait de même en tondant son gazon torse nu.

 

Mais à peu près partout, on trouvait surtout des curieux nombreux qui encourageaient les cyclistes en criant à s’arracher les poumons, comme si tous ces vélos se trouvaient au coeur d’une épreuve comme le Tour d’Italie dont le nouveau champion, couronné dimanche de l’autre côté de l’Atlantique, est pour la première fois un Sud-Américain, le Colombien Nairo Quintana. Le Tour de l’île, lui, n’a rien d’une compétition.

 

Boulevard Gouin, le long des anciennes maisons de ferme aux toitures à coyaux, Éloïse Telosse, 28 ans, m’explique en roulant ne pas rater ce rendez-vous depuis l’âge de 8 ans. « Je faisais les parcours pour enfants et ensuite le tour régulier. » Le vélo, ce dimanche, était dans les rues de Montréal l’affirmation d’une réalité sous forme de puissants rayons de soleil.

Automobilistes en colère

Le Tour de l’île de Montréal, qui s’est déroulé dimanche dans les rues de la métropole, n’a pas fait que des heureux. De nombreux automobilistes et usagers du transport en commun ont ragé de la congestion occasionnée par l’événement. Certains ont déversé leur colère sur le réseau Twitter. « Après 1 h 30 à “gosser” dans les rues de Montréal, je peux dire que j’ai fait le tour de l’île », a écrit l’un d’eux sur les réseaux sociaux. « Ça s’appelle le Tour de l’île parce que si tu veux aller quelque part en char, faut que tu fasses le tour de l’île ! », a ironisé un autre mécontent. Même les adeptes du cyclisme en avaient gros sur le coeur : « Je suis cycliste, mais couper la ville en deux une journée complète, c’est tellement pas une bonne façon de faire apprécier le vélo ! » Le Devoir
10 commentaires
  • André Dumont - Abonné 2 juin 2014 04 h 38

    Vélo et accidents

    Oui, je suis pour le vélo mais je dois constater qu'avec ce grand accroissement de cyclistes sur nos pistes qu'il y a un nombre croissant d'accidents. Dimanche dernier en trois heures seulement de piste à Québec dans le secteur de la chute Montmorency sur la piste cyclable verte deux accidents graves. Je venais tout juste de mentionner mon inquiétude grandissante à mon ami qui me suivait et vlan sur un bout pourtant très droit , une dame lui rentre de plein front dedans. Sur le chemin du retour sur la même piste je croise un regroupement de cyclistes et aperçoit un jeune le visage ensanglanté gisant par terre. Ça tue un peu la joie de ce rare beau dimanche de ce printemps tardif. Et je ne parle pas des autres nombreuses fois de ce même jour ou j'ai pu constater des situations ou l'accident a été évité de justesse.

    Il faut peut-être commencer à penser que nos pistes même dite cyclable sont loin d'être sécuritaire surtout les fins de semaine. On y croise maintenant de tout, des marcheurs, des joggueurs, du patin roulette , des véhicules électriques à trois roues pour personnes handicapées ou âgées , des enfants dans des carrosses , des enfants apprenants à conduire, des personnes peu agiles sur deux roues, etc et au milieu de tout ça des experts olympiques qui en trombe et en file serré dépassent et rencontrent tout ce beau monde à plus de 40 kilomètres heure. Alors bonne chance aux cyclistes du dimanche et n'oubliez pas de sortir avec votre carte d'assurance. santé. A quand une réglementation plus sévère sur ces pistes cyclables qui ne sont pas des pistes de course.

    • Jean Richard - Abonné 2 juin 2014 08 h 00

      Les pistes cyclables sont de plus en plus hantées par les mêmes démons que les routes et autoroutes : la vitesse, l'insouciance des autres et le refus de partager l'espace.

    • Gilles Parent - Inscrit 2 juin 2014 08 h 09

      @André Dumont,
      Alors que dans la Capitale politique du Québec, les accidents se multipliaient et le sang se voyait à tant d'endroits aux dires de l'auteur de ce commentaire, plus de 25000 cyclistes, dont j'étais, ont parcouru les rues de Montréal. C'était magnifique à voir ! Quelques chutes et des écorchures rapidement soignées ici et là, par les encadreurs de Vélo-Québec. Quant admettrons-nous, surtout dans cette Capitale, que tous les efforts pour amener notre société à adopter de saines habitudes de vie doivent être encouragés ? doivent être soutenus ? Alors qu'à Montréal, souvent maladroitement, on recherche et adopte des mesures favorables au transport en commun et au transport alternatif, dictées par le poids du nombre dans une métropole qui grandit, dans la capitale on réclame plus d'autoroutes urbains, plus de place pour l'automobile. On réclame plus de reglementations pour les pistes cyclables, plus de place pour les carosses de bébé, plus d'espace pour les trois roues des handicapés et des vieillards ! À Amsterdam ou Copenhague, les gens de 75 ans vont à vélo et ne sont pas obèses. Pour ma part, à 68 ans, mon vélo m'est de plus en plus précieux et me permettra sans doute de retarder mon utilisation des triporteurs électriques. Je tenterai alors de partager les pistes avec les ... autres. C'est ainsi dans une société moderne.

    • Jean Lacoursière - Abonné 2 juin 2014 09 h 01

      Sur la piste cyclable, j'ai de la difficulté à "partager l'espace" avec les personnes y prenant une marche. Par rapport à la vitesse d'un vélo, ces personnes (parfois deux de large pour pouvoir jaser!) sont pratiquement immobiles. Je crois qu'elles devraient marcher sur le trottoir situé juste l'autre côté de la rue.

  • Claude Kamps - Inscrit 2 juin 2014 07 h 29

    Magnifique le vélo, j'adore !!!

    mais quellle anarchie, il s'impose sans foi ni loi et par pur calcul électorale on tordra le bras du reste du monde pour continuer de supporter des vélos sans frein, sans casque, sans phare de nuit, et n'importe ou sur la route.... et en final ça leur coûte pas plus qu'un piéton sans assurance obligatoire....

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 juin 2014 09 h 34

      Des vélos sans phares la nuit? Personnellement, je vois très souvent des automobiles circuler sans feu de positions la nuit, sans oublier les feux rouges arrière non fonctionnels ou les clignotants oubliés...

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 juin 2014 09 h 34

      Des vélos sans phares la nuit? Personnellement, je vois très souvent des automobiles circuler sans feu de positions la nuit, sans oublier les feux rouges arrière non fonctionnels ou les clignotants oubliés...

    • Simon Chamberland - Inscrit 2 juin 2014 11 h 05

      M. Kamps,

      Ce matin, en attendant l'autobus, j'ai vu 9 voitures ne pas faire un arrêt complet au panneau «stop». Un seul cycliste est passé et a fait un arrêt complet. Qui est sans foi ni loi ?

      Ce printemps, il y a eu 2 accidents graves impliquant des cyclistes. Lors du premier, la cycliste avait un très visible et très illuminé BIXI. Lors du second, malgré la rumeur, la cycliste avait un vélo équipé de freins et roulait où ? Sur une bande cyclable.

      Dans les circonstances, vous auriez pu avoir la décence de ne pas écrire ce genre de commentaire.

  • Jean-Daniel Bourgault - Abonné 2 juin 2014 15 h 38

    Le casque de Vélo-Québec

    Curieux, tout de même, que la présidente de Vélo-Québec roule sans casque jusque dans les pages du Devoir.

    • Simon Chamberland - Inscrit 2 juin 2014 19 h 12

      Ce n'est pas exceptionnel. Je vois toujours les membres du CAA conduire sans casque.