Le rêve du char pâlit en Amérique

Les enfants qui ont vécu dans la banlieue préfèrent souvent se rapprocher des centres, non seulement pour le mode de vie, mais aussi pour avoir un accès facilité au transport.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les enfants qui ont vécu dans la banlieue préfèrent souvent se rapprocher des centres, non seulement pour le mode de vie, mais aussi pour avoir un accès facilité au transport.

Au Québec comme aux États-Unis, celle qu’on surnomme désormais la génération du « Millénaire » se désintéresse de plus en plus de la voiture, au profit du transport collectif. La moitié des jeunes troquerait volontiers la Camaro de papa pour le métro, s’ils pouvaient compter sur un meilleur système de transport collectif.

 

Un coup de sonde réalisé au pays qui a vu naître la Ford T. révèle que le règne du bolide est en perte de vitesse, à en croire les perceptions recueillies auprès de jeunes Américains de 18 à 34 ans, dans la foulée d’une enquête réalisée et financée par la Fondation Rockerfeller.

 

L’étude, qui a sondé des jeunes de 10 agglomérations majeures, démontre que plus de la moitié d’entre eux envisageraient déménager dans une autre ville s’ils avaient accès à de meilleurs modes de transport. D’ailleurs, l’accès au transport en commun fait partie des trois principaux critères cités par ces jeunes pour décider du lieu où ils choisiront de s’établir pour lancer leur carrière ou fonder une famille.

 

« La jeune génération est la clé de la compétitivité dans les régions urbaines et cette enquête montre que les villes qui n’investiront pas dans de tels systèmes seront perdantes à long terme », a soutenu Michael Myers, un des directeurs de la fondation américaine, lors du dévoilement des résultats en avril dernier.

 

Or, ce portrait de la génération du Millénaire états-unienne ne diffère pas beaucoup de celui des jeunes Québécois, selon plusieurs chercheurs interrogés par Le Devoir, qui y voient une tendance de fond dopée en partie par l’omniprésence des nouvelles technologies dans le mode de vie des jeunes.

 

« Ce qu’on observe partout dans le monde, comme au Québec, c’est que la jeune génération choisit de dédier une plus grande part de son budget aux nouvelles technologies, au détriment de la voiture. On ne sait pas encore si cette tendance durera où il s’agit plutôt d’un retard dans la motorisation par rapport à la génération précédente », explique Marie Demers, chercheuse associée à la Chaire en mobilité de Polytechnique.

 

Les statistiques sur le nombre de permis de conduire chez les jeunes, ici comme ailleurs, témoigne de la chute de l’attrait pour la voiture, surtout chez les 16 à 34 ans. Aux États-Unis, la plus grande dégringolade affecte les moins de 18 ans, où la proportion de conducteurs a fondu de 87 % à 70 % entre 2001 et 2009. Idem au Québec, où depuis 30 ans, le nombre de détenteurs de permis a chuté de 27 % chez les 16-17 ans, de 7 % chez les 20-24 ans, et de 11 % chez 25-29 ans, comme le rappelait Le Devoir l’automne dernier.

 

Plus connectés que motorisés

 

Selon Jean-François Boisvert, de la Coalition Objectif 22, un organisme de sensibilisation aux questions environnementales, l’usage du transport collectif a en retour grimpé de 40 % chez les 14 à 34 ans, entre 2001 et 2009, celui de la marche a progressé de 16 % et celui du vélo, de 24 %. « Les enfants qui ont vécu dans la banlieue préfèrent souvent se rapprocher des centres, non seulement pour le mode de vie, mais aussi pour avoir un accès facilité au transport », plaide ce dernier.

 

Une combinaison de facteurs expliquerait cette tendance, mais chose certaine, la possession d’une voiture ne constitue plus le symbole par excellence de l’autonomie et du grand saut vers la vie adulte.

 

« Avant, pour accéder au monde extérieur, il fallait un véhicule. Aujourd’hui, la notion même de mobilité a changé. L’accès à un bien devient plus valorisé que la propriété. C’est cette idée qui prévaut dans un monde où le téléphone cellulaire et les réseaux sociaux sont essentiellement basés sur les contacts et les échanges. D’ailleurs, le transport collectif est beaucoup plus intéressant pour des jeunes qui peuvent continuer à y utiliser leur téléphone intelligent durant leur transport », ajoute Marie Demers.

 

Les taux de chômage persistant aux États-Unis, le prix de l’essence et le coût de la vie en ville, adoptée par de plus en plus de jeunes du Millénaire, et la montée en flèche de l’« économie du partage » contribuent à gonfler ce phénomène.

 

Dans les villes bien dotées de systèmes de transport publics, le quart des jeunes estiment que l’accès à une voiture est sans intérêt, nous apprend l’étude du Rockerfeller. Dans les 10 villes sondées, 46 % des jeunes affirment même qu’ils se débarrasseraient volontiers de leurs bolides s’ils pouvaient compter sur un système de transport collectif performant.

 

Toutes ces tendances seront d’ailleurs discutées mardi prochain lors d’un dîner-conférence tenu à la Maison du développement durable... quelques jours avant que les bolides ne vrombissent à Montréal dans la foulée du Grand Prix de Formule 1.

Le transport au fil du temps

Chez les 14 à 34 ans, entre 2001 et 2009 

Le transport collectif
a grimpé de 40 %

La marche a progressé de 16 %

Le vélo a bondi de 24 %